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Quand l'événement tourne au spectacle

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Les attentats du 13 novembre ne sont déjà plus dans l'actualité, mais Caroline Eliacheff a souhaité revenir sur leur traitement.

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Au lendemain des attentats parisien. Boulevard Voltaire, près du Bataclan où se trouve des journalistes du monde entier. Crédits : Thomas BREGARDIS

Oui je ne suis pas très bonne pour réagir à chaud mais il y a un moment que je m’interroge sur ce que je ressens et observe lorsqu’un événement sensationnel survient au sens où il produit stupéfaction et émotion.

Prenons l’information en continu : je ne suis pas la dernière à allumer la télévision et la radio et à zapper. Personne ne m’oblige à y rester scotchchée lorsque la même information passe en boucle. Quelle est cette étrange excitation provoquée par la répétition une fois que l’événement a fait irruption ? certes on attend d’en savoir davantage car il y a une suite, une chasse à l’homme, des précisions sur les victimes ou sur les tueurs. Alors que la télévision est censée abolir les distances, l’intérêt reste à dimension variable selon que l’événement est proche comme à Paris ou lointain comme à Bamako, à Tunis voire même à Bruxelles. Nous ne nous sentons pas aussi égaux que nous prétendons l’être.

Cette excitation, on la ressent à des degrés variables chez les journalistes dépêchés sur place. Selon Guillaume Dubois, directeur de l’information sur BFM TV interviewé dans le Monde du 29 novembre, il faut je le cite « mettre de côté les sentiments et travailler intensément » fdc Lors de la prise d’otages dans l’Hypercacher , nous, spectateurs n’avons pas compris immédiatement que la révélation de la présence de personnes cachées les mettaient en danger. Erreur laborieusement reconnue par la suite par le journaliste et sa direction. Mais la concurrence entre les chaînes et nous-mêmes, si avides d’être rassasiés sans jamais l’être, n’y sont pas pour rien. Il semble que trop mettre de côté les sentiments de côté au profit d’un journalisme concurrentiel puisse faire perdre la tête. Je ressens parfois dans le ton de certains journalistes, une modalité jouissive du sensationnel et ça me contamine. Le même Guillaume Dubois reconnaît implicitement que l’élargissement du périmètre interdit aux médias le 13 novembre a limité de fait d’éventuels excès consistant à faire de l’information un spectacle. C’est cette limite au-delà de laquelle, il faudrait se forcer à éteindre tous les postes sauf pour écouter le préfet Mollins dont le sobre accent de vérité n’a échappé à personne.

EST-CE QUE LES COMMENTAIRES ECRITS PEUVENT AUSSI ENTRER DANS LE CADRE DU SPECTACLE?

Même quand je ne suis pas d’accord, j’ai apprécié tous ceux – fort nombreux – qui ont travaillé sur ce qui les a affecté. Mais les mots dont on use pour se faire entendre ont leur importance. Et quand Michel Houellebecq réagissant aux attentats dans Le Point du 26 novembre parle de « l’insignifiant opportuniste qui nous tient lieu de chef de l’Etat (sic) et du demeuré congénital qui fait office de Premier Ministre », il annihile le fait que la parole fait de nous des êtres de dialogue. Michel Houellebecq paraît jouir du plaisir d’exclure ou de s’exclure à moins qu’il ne se laisse envahir par la bouderie d’une résistance à mort (comme le dirait le psychanalyste Denis Vasse). Idem pour le « retrait médiatique » fort médiatisé de Michel Onfray qui me paraît aller davantage dans le sens de la mort que de la vie.

SI JE COMPREND BIEN CE QUI VOUS GÊNE CAROLINE, C’EST À CHAQUE FOIS QU’UN ÉVÉNEMENT TRAGIQUE EST RÉCUPÉRÉ DU CÔTÉ DU SPECTACLE, DE LA MISE EN SCÈNE OU DE LA RANCŒUR PERSONNELLE ?

Oui, je crois que c’est ça mais la limite est parfois ténue et n’est probablement pas perçue de la même façon par tout le monde. Par exemple, les personnes qui ont affirmé et montré qu’elles continueraient à sortir et à s’amuser ou celles qui sont venues se recueillir sur les lieux des attentats en apportant qui une bougie, qui des fleurs, ont manifesté à leur façon qu’elles étaient touchées dans leur chair même si elles ne connaissaient directement aucune victime. Celles qui viennent en badauds voir les lieux du drame pour les photographier et certainement poster ces photos mettent en scène de façon quelque peu mortifère un spectacle dont elles ne font pas partie, à regret probablement.

Dernier exemple : nommer chaque personne disparue à la cérémonie des Invalides leur rendait leur individualité masquée par le chiffre froid du nombre de morts. Je ne ressens pas de la même façon mais peut-être ai-je tort, les hommages individuels rendus dans les journaux. Je n’y sens pas l’authenticité d’une rencontre avec des sujets qui ne sont incarnés que pour ceux qui les connaissaient.

VOUS EMPLOYEZ SOUVENT LE MOT « JOUISSIF » MAIS C’EST QUOI LA JOUISSANCE ?

La définition du psychanalyste Denis Vasse est la plus courte et c’est ma préférée car quand on la connaît, il est facile de repérer ce dont il s’agit : « La jouissance est à entendre comme jouissance contre la vie. C’est là qu’on se sent le plus fort et qu’on est le plus touché ».

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