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Stupeur et joie

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À retrouver dans l'émission

Qui peut, à deux jours d’intervalle, plonger la France dans la stupeur puis dans la joie ? Les sportifs bien sûr. Par leurs qualités et non par leur naissance ou d’autres privilèges, ils ont su s’extraire de la masse de leurs semblables et dans notre société égalitaire, ce sont des héros.
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Chelsea contre le Paris Saint-Germain à Stamford Bridge à Londres Crédits : FACUNDO ARRIZABALAGA

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Le 10 mars, une collision entre deux hélicoptères, (entre parenthèse le moyen de transport le plus dangereux du monde) faisait dix morts dont trois anciens sportifs que toute la France aimait. Qu’allaient-ils faire dans cette émission de téléréalité mal nommée « Dropped » qui signifie selon le contexte, parachuté, tombé ou écroulé ? Ils allaient s’amuser et accessoirement gagner de l’argent, ce qui est bien leur droit. Si le héros est celui qui se distingue de ses semblables, subir un accident peut aussi faire de vous un héros, bien qu’il ne s’agisse pas d’un choix. Les dix victimes médiatisées du crash sont des héros modernes bien que de façon inégalitaire : les sportifs sont doublement héroïques puisqu’ils étaient déjà des héros avant le crash. Il ne reste plus qu’à trouver des coupables.

Le 11 mars, le match retour du huitième de finale de la Ligue des champions entre le PSG et Chelsea a suscité une forte émotion collective comme seul le spectacle du sport mais surtout du football peut le faire.

Pour ceux à qui cela aurait échappé, le PSG avait fait match nul décevant à l’aller à Paris sur le score de 1-1. Idem au retour sur le score de 2 à 2. Ceux qui ne comprennent pas comment deux matches nuls valent une qualification pour les quarts de finale ignorent qu’un point gagné à l’extérieur vaut le double d’un point marqué à domicile.

Mais en quoi ce match-là a entrainé des superlatifs comme héroïque, sublime, magique...

D’abord parce qu’il y a eu du jeu et du suspense : Zlatan Ibrahimovic a été exclu au bout d’une demi-heure de jeu, le PSG a égalisé à 1-1 cinq minutes avant la fin du temps règlementaire, d’où les prolongations qui n’ont pas été de tout repos. Mais pour qualifier un match de « match d’anthologie », il faut un retournement spectaculaire : selon les statistiques basées sur des années d’historique, le PSG avait 31% de chances de se qualifier. Les clubs anglais perdent rarement sur leur sol. Gagner chez eux surtout après un match nul à domicile est l’exception qui fait mentir les statistiques. L’entraîneur de Chelsea est réputé invincible contre les clubs français et enfin Zlatan Ibrahimovic censé faire des merveilles n’a jamais brillé dans un match européen. Son élimination, unanimement jugée abusive, aurait pu être fatale mais c’est l’inverse qui s’est produit. Compenser l’infériorité numérique c’est bien, gagner dans ces conditions relève de l’exploit.

Que s'est-il passé avant et après le match ?

Oui, parce que d’autres matches se sont joués et notamment le match psychologique entre les entraîneurs. On ne peut imaginer entraîneurs plus dissemblables que Laurent Blanc pour le PSG et José Mourinho pour Chelsea. Laurent Blanc a parfaitement intégré que la fonction d’entraineur ne dépend que des résultats à venir. Quand une équipe perd, c’est la faute de l’entraîneur, quand elle gagne, c’est grâce aux joueurs dit-il non sans lucidité. Il est vivement critiqué depuis son arrivée au PSG en 2013, sans égard pour son palmarès mais sans être détesté et il encaisse en silence. Mourinho dit de lui-même « I am a special one », autant dire le meilleur entraîneur de la planète et son palmarès est époustouflant. Il mène une guerre psychologique à coup de déclarations provocantes voire méprisantes et de pression sur l’arbitrage. Ça passe quand son équipe gagne. L’homme est craint mais il n’est pas aimé, pas plus que son club. Il a entraîné Ibrahimovic à l’Inter de Milan et David Luiz quand il était à Chelsea. Voulant s’en débarrasser, il avait déclaré que le PSG l’avait surpayé. Or le charmant brésilien a marqué le but d’égalisation à 1-1, engrangeant un capital de sympathie pour le PSG qui a son prix. La presse anglaise s’est déchaînée contre Mourinho après la défaite qu’il a dignement reconnue. Il a répliqué en mettant en avant son palmarès passé oubliant que seul l’avenir compte. Laurent Blanc a gagné en respect et sympathie tandis que sur ces deux plans, Mourhino a perdu.

Un autre match s’est joué entre les supporters. L’augmentation du prix des places et une politique de tolérance zéro ont quasiment éradiqué le hooliganisme des stades anglais. Il n’empêche que des supporters de Chelsea se sont distingués à Paris en empêchant un homme noir de monter dans le métro aux cris de « on est racistes et c’est comme ça ». Les 2000 supporters Français présents à Stamford Bridge ont enflammé sans incident le très sage stade anglais. Au retour, des fans du PSG ont tourné une parodie de l’acte raciste des supporters de Chelsea : l’accès au métro est refusé à un homme qui porte le maillot de John Terry, le capitaine des Blues aux cris de « you, get out ! ». Ils prennent ensuite fièrement la direction de Berlin où aura lieu la finale.

S’il est difficile de trouver un sens à un accident d’hélicoptère, on peut dire que dans le match qui a opposé le PSG à Chelsea, la morale a gagné et que le moral n ‘y est pas pour rien.

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