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Toutes harcelées ?

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« 100% des femmes ont déjà été harcelées ou agressées sexuellement dans les transports en commun » peut-on lire dans l’avis du Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes remis le 16 avril dernier à Marisol Touraine et Pascale Boistard, la discrète Secrétaire d’Etat chargée des droits des femmes. 100% des femmes, vraiment ? D'ailleurs, harceler, ça veut dire quoi au juste ?

« 100% des femmes ont déjà été harcelées ou agressées sexuellement dans les transports en commun »
« 100% des femmes ont déjà été harcelées ou agressées sexuellement dans les transports en commun » Crédits : OLIVIER ARANDEL

Loin de moi l’idée de nier que ce phénomène existe tant les témoignages sont nombreux. Lorsqu’en 2012, une étudiante, Sofie Peeters, a filmé en caméra cachée les remarques et les insultes qu’elle a subies en un après midi dans une rue de Bruxelles, le gouvernement a réagi en instaurant une amende de 250 € pour les contrevenants sous réserve qu’une plainte soit déposée. Six mois plus tard, aucune plainte n’avait été enregistrée, ce dont il ne faut pas tirer de conclusion hâtive.

En France, on a d’abord considéré que comme le nuage de Tchernobyl, ces comportements indésirables s’étaient arrêtés à la frontière. Hélas, en 2013, une journaliste d’Envoyé Spécial, Virginie Villard a réalisé un reportage similaire sur les Champs Elysées et dans le métro montrant que les hommes, comme la radioactivité, ignorent les frontières.

Et vous, faites-vous partie des 100% ? 

On ne m’a pas interrogée mais aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai jamais été harcelée dans les transports en commun. Question d’âge ou de laideur ? je ne crois pas, peut-être à tort ! Question de trajet ? je ne crois pas non plus. Je prend le métro et le RER pour me rendre dans les quartiers, les banlieues ou les gares dont on dit qu’ils sont « à risque » sans me poser de questions. C’est en lisant l’article publié le 27 avril par la ravissante Altana Otovic sur le site de[]() Causeur que j’ai compris que le problème venait de la définition du harcèlement. Altana Otovic a une vingtaine d’années et écrit-elle « la féminité plantureuse et communicative, je m’habille comme bon me semble et ne me refuse rien  » et plus loin : « *j’ai vécu ce que vivent toutes les femmes, en particulier celles dont la féminité est assumée. Les klaxons, les regards, les sifflets, les compliments murmurés à l’oreille et les invitations en tous genres…et je ne me sens pas harcelée le moins du monde. * » Eh bien si Altana Otovic, ses copines, moi-même et mes copines ne font pas baisser la statistique, ce n’est pas parce qu’on ne nous a pas interrogées c’est parce que nous ne sommes pas conscientes du fait qu’il s’agit bel et bien de harcèlement. En voici la définition officielle de l’avis: « le harcèlement sexiste se caractérise par le fait d’imposer tout propos ou comportement à raison du sexe (…) qui a pour objet ou pour effet de créer une situation intimidante, humiliante, dégradante ou offensante portant atteinte à la dignité de la personne. Il peut prendre des formes diverses comme des sifflements ou des commentaires sur le physique, non punis par la loi, ou des injures, punies par la loi  ». Déclarer ne jamais avoir été harcelée c’est ne pas avoir intégré que toute approche est une agression, l’expression de la domination masculine reposant sur le pouvoir des hommes à traiter les femmes comme des objets sexuels. Pas question de distinguer celui qui, même lourdement, tente sa chance, cherche à séduire ou à se faire remarquer souvent de façon plus maladroite qu’agressive et abandonne plus ou moins rapidement en cas de refus de celui qui, vexé d’être repoussé, dépasse les bornes en injuriant voire en frappant. Il est vrai qu’à force d’être draguée une femme peut se sentir harcelée. Mais si les dragueurs sont nombreux, l’effet de répétition qui est le propre du harcèlement ne peut être imputé à une seule personne. Faut-il pour autant que les jeunes filles et les femmes voient en chaque homme un éventuel prédateur en mettant sur le même plan sifflements dans la rue, paroles flatteuses, tentative de séduction et les agressions sexuelles physiques en affirmant – toujours dans l’avis - que la frontière est ténue ?

Dans le reportage d’Envoyé spécial, la journaliste s’est intéressée aux « frotteurs », ces hommes qui profitent de la cohue pour réaliser leur fantasme de frotter leur sexe en érection dans le dos des femmes. La journaliste accompagne des agents en civil qui pistent les frotteurs et arrivent à en attraper un sur trois. Les femmes interrogées expriment leur surprise et disent qu’elles n’ont rien senti ! On apprend que le frotteur ignore risquer 5 ans de prison et 75000€ d’amende. Pas la peine d’en rajouter.

Mais c'est quand même une bonne idée d'assurer la sécurité des femmes ? 

Bien sûr. Dans les transports en commun, deux tiers des voyageurs sont des femmes. Mais pourquoi les cibler plutôt que de traiter globalement les problèmes qui peuvent se poser allant des vols aux incivilités et aux dégradations en passant par agressions dont les hommes sont parfois victimes ?

L’essayiste américaine, Katie Roiphe écrit dans The Morning after : « pour recevoir une attention sexuelle désirée, il faut en donner et en recevoir pas mal de non désirées. Si on ne permettait à personne de prendre le risque d’offrir une attention sexuelle non sollicitée, nous serions tous des créatures solitaires.  » À méditer sans crainte!

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