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TRICK OR TREAT, une farce ou une gâterie

6 min
À retrouver dans l'émission

Je ne sais pas si vous avez remarqué que nous sommes à mi-chemin entre Halloween et Noël bien qu’en France, la fête d’Halloween soit plutôt en perte de vitesse depuis 2006 pour cause de surmédiatisation commerciale.

Aux Etats-Unis où Halloween est une institution, les enfants, inspirés par les classiques du cinéma d’horreur, se déguisent en Dracula, squelette et autres fantômes et vont de porte en porte quémander des bonbons, des fruits ou de l’argent avec la formule « trick or treat », farce ou friandise. Ce sont eux qui mènent le jeu et peuvent faire des farces à ceux qui ne leur donnent pas de sucreries.

Et si c’était les parents qui faisaient des farces aux enfants ? On a vu récemment en France des clowns délinquants qui ont effrayé petits et grands mais ceci est une autre histoire. Un célèbre humoriste américain, Jimmy Kimmel, a imaginé un autre dispositif. Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de Jimmy Kimmel, il est célèbre comme le sont en France les animateurs des émissions de dernière partie de soirée associant humour, interview et musique. Il intervient chaque jour sur la chaîne ABC mais produit également des émissions diffusées sur youtube vues par des millions de personnes. Dans ce cadre, Jimmy Kimmel a proposé aux parents de dire à leurs enfants qu’ils avaient mangé tous leurs bonbons, de filmer leurs réactions et de les mettre en ligne.

Lui-même se dit surpris des torrents de larmes de désespoir qu’il a vu. Cette blague n’ayant rien d’humiliant sauf d’exposer les vidéos sur youtube, on rit presque sans arrière pensée au spectacle de ces jeunes enfants frustrés de sucreries qui s’effondrent instantanément en larmes, larmes qui dégénèrent en colère voire insulte aux parents. Ces parents d’enfants très gâtés n’hésitent pas à s’exposer à des réflexions comme « Dad you are ugly, tu es un affreux papa ». Certes c’est par jeu mais on peut supposer que ces parents ont la force de poser quelques limites sans être détruits de ne pas être aimés à 100%. A contrario, les réactions explosives des enfants frustrés de bonbons jettent quelque doute sur l’autorité des parents au quotidien. Il m’a paru surprenant qu’aucun enfant ne mette en doute le fait que les parents aient mangé tous leurs bonbons. Est-ce parce qu’ils sont assez jeunes pour croire inconditionnellement leurs parents ou parce qu’ils trouvent confirmation que leurs parents ne sont pas totalement fiables? Je penche pour la seconde hypothèse.

Seuls deux frères, je dirais de 6 ou 7 ans et 3 ans restent très calmes bien que dépités. Scène d’anthologie qui vaut la peine d’être regardée jusqu’à ce que la mère dévoile la supercherie. L’aîné, qui a mangé raisonnablement deux bonbons la veille demande à sa mère pourquoi elle a mangé tous les bonbons et combien il y avait de paquets. Deux répond-t-elle. Il lui rétorque qu’elle ne devrait pas manger autant de bonbons, tandis que le plus jeune fait le compte : 2 2= 5 et ajoute « tu es une maman sournoise ». Il part quand même vérifier qu’il n’y a plus un seul bonbon tandis que l’aîné continue à discuter avec sa mère pour comprendre avant de trouver une autre occupation. Et après un instant d’incrédulité, ils ont même l’air d’apprécier la blague quand elle est révélée. Liberté de parole, intériorisation des interdits, capacité à supporter la frustration en essayant d’en comprendre le sens, humour, relation protectrice sans être dominatrice de l’aîné envers le plus jeune, une belle leçon d’intelligence sinon d’éducation.

Jimmy Kimmel ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Noël approchant, il a proposé aux parents d’offrir en avance un cadeau « pourri » mais bien emballé. Des millions de personnes ont posté leurs vidéos et regardé le best off. Ils ont même continué à offrir des cadeaux pourris après l’émission comme s’ils s’autorisaient, non sans un certain sadisme, à être spectateur de la déception qu’ils engendrent après avoir conditionnés leurs enfants à attendre des cadeaux merveilleux. Le jeu m’a paru plus discutable que le précédent bien que les enfants ne paraissent nullement surpris de recevoir un cadeau de Noël bien avant Noël. Alors bien sûr, ils sont déçus et se mettent à pleurer quand ils reçoivent qui une boîte de cornichons, qui une banane pourrie, qui une éponge. Mais ce qui déchaîne leur fureur, c’est chez les garçons de recevoir un cadeau de fille, comme une poupée Barbie et réciproquement. À mon avis, ils ont raison et ce jeu n’est pas si innocent: un enfant qui veut affirmer son appartenance de sexe par des jeux traditionnellement garçon ou fille est dérangé d’être contrarié dans ses identifications. Mais il n’y a pas à s’inquiéter qu’une fille veuille un camion ou un garçon une dînette.

D’autres parents mettent en ligne les réactions de garçons de 8 à 10 ans ouvrant fébrilement leur cadeau de Noël et cette fois pas n’importe lequel: une Xbox 360, une Nitendo 64 ou une Wii. Les réactions sont identiques : hurlements sauvages, agitation frénétique, bref une excitation motrice incontrôlable frisant l’hystérie sans qu’aucune parole ne soit prononcée.

Devant une telle démesure face à la possession d’un jeu dernier cri ou devant un cadeau décevant, on peut s’interroger du pouvoir des objets à provoquer des émotions chez les enfants.

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