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Un enfant si je peux !

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À retrouver dans l'émission

Vous avez intitulé votre chronique « un enfant si je peux ». Est-ce que le slogan n’est pas : « un enfant si je veux » ?

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Dons de sperme de d'ovocyte Crédits : NATHALIE SAINT-AFFRE

C’était avant la dépénalisation de l’IVG en 1975 quand les femmes étaient obligées de partir avorter à l’étranger. Aujourd’hui, elles vont à l’étranger faire vitrifier leurs ovules pour avoir des enfants plus tard. Preuve qu’aucune frontière ne résiste au désir d’avoir ou de ne pas avoir d’enfant. Mais si l’on compare l’encadrement juridique international de ces pratiques, très variable selon les pays, on constate que nous ne sommes pas les seuls à cultiver les paradoxes.

ET À QUEL PARADOXE PENSEZ-VOUS AUJOURD’HUI ?

L’actualité me donne l’occasion de parler de la vitrification des ovules. Il s’agit d’une technique de congélation ultra rapide et surtout très efficace : au moment de la décongélation en vue d’une fécondation in vitro, 90% des ovules sont en bon état ce qui n’était pas le cas auparavant. La vitrification est autorisée en France depuis 2011 notamment pour les jeunes filles atteintes d’une affection dont le traitement risque de les rendre stériles. Mais pas seulement : le décret du 13 octobre 2015 enfin signé quatre ans après le vote de la loi, autorise les hommes et les femmes qui n’ont pas d’enfants à faire un don de sperme ou d’ovules. Le but est d’augmenter le nombre des donneurs – environ 400 de chaque sexe par an - cruellement insuffisant au regard de la demande. Quel rapport avec la vitrification des ovules ? le voici : les donneurs seront en quelque sorte « récompensés » : ils pourront conserver une partie de leurs dons pour eux-mêmes, sous réserve que ces dons soient en quantité suffisante. Jusqu’à présent, le droit de conserver ses gamètes est fondé sur le risque médical d’infertilité y compris avant une vasectomie pour les hommes. La possibilité de conserver ses gamètes contre un don entrouvre la porte sur ce qu’on appelle « l’autoconservation sociétale », qui est autorisée dans de nombreux pays.

PARCE QUE ACTUELLEMENT, UNE FEMME OU UN HOMME QUI NE VOUDRAIT PAS DONNER SES GAMÈTES N’A PAS LE DROIT DE LES FAIRE CONSERVER SANS RAISON MÉDICALE?

En effet, sauf à aller dans un pays comme l’Espagne où une femme, quel que soit son statut, peut faire conserver ses ovules moyennant finance.

ET POURQUOI PAS LES HOMMES ?

Je reconnais votre souci d’égalité entre les sexes! si la vitrification des ovules est devenue aussi efficace que la congélation des spermatozoïdes, les hommes et les femmes n’en restent pas moins différents quant à leurs possibilités de procréation : un homme produit des spermatozoïdes toute sa vie tandis qu’une femme possède à la naissance une quantité limitée et variable d’une femme à l’autre de futures ovules. Ses capacités procréatives diminuent avec l’âge, notamment à partir de 35 ans. Et comme les Françaises ont leur premier enfant de plus en plus tard, le collège des gynécologues et obstétriciens français est favorable à ce que les femmes jeunes puissent conserver leurs ovules car leurs incantations concernant l’horloge biologique n’ont aucun effet : beaucoup de femmes ne sont pas encore mères à 35 ans et pourraient avoir des difficultés à procréer. Les études montrent que les ovules vitrifiées à 25 ans conservent le potentiel de fécondité de cet âge, ce qui peut néanmoins nécessiter un certain nombre d’essais parfois éprouvants avant d’aboutir à une grossesse à un âge plus avancé.

EST-CE QUE LES FEMMES LE SAVENT ?

Eh bien justement un sondage de l’institut Odoxa commandé par la clinique espagnole Eugin qui a tout intérêt à se faire connaître pour profiter de la législation restrictive de la France montre que 81% des femmes ont entendu parler de la vitrification - probablement grâce à internet - et savent qu’elle est interdite sauf indication médicale. Les Français souhaitent-ils une modification de la loi ? même chez les 30 à 45 ans, a priori les plus concernés, ils ne sont que 49% à être favorables à la légalisation de l’autoconservation sans discrimination.

ET POURQUOI ?

Outre ceux qui sont hostiles à toute méthode considérée comme « pas naturelle », ce sont des arguments moraux qui sont avancés : les personnes interrogées pensent que les bénéficiaires sont les femmes homosexuelles ou soucieuses de leur carrière ou préférant profiter de la vie. Bien qu’on ne voit en quoi ce serait répréhensible, ces idées sont fausses : le profil des clientes françaises d’Eugin sont à 97% des hétérosexuelles diplômées sans partenaire fiable. Leur âge moyen est de 39 ans ce qui réduit leurs possibilités d’avoir un enfant car le résultat dépend de l’âge au moment de la vitrification et du nombre d’ovocytes qui peuvent être prélevés. Comme quoi, elles ne sont pas si bien informées.

VOUS, CAROLINE, VOUS EN PENSEZ QUOI ?

Aucun parti politique ne se hasardera à lancer ce débat d’autant que la demande collective est pour l’instant faible. Mais la France ne pourra pas indéfiniment ignorer les causes sociales d’infertilité et ne pas tenir compte de ce qu’on peut considérer comme un progrès.

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