LE DIRECT

Bilan de la saison économique

4 min
À retrouver dans l'émission

A la veille de la pause estivale, quel est le bilan d'un an d’évolution de l’économie française ?
En première analyse, ce flash back donne toutes raisons de se réjouir, entre juin 2014 et juin 2015, notre situation s’est nettement améliorée. Deux chiffres pour résumer ce changement : à la mi année 2014, la croissance se traînait à 0,7% environ, un chiffre vraiment très bas, aujourd’hui on est plutôt sur un rythme de 1,5%, c’est deux fois plus. Le problème, c’est que, même après une aussi spectaculaire embellie, ce niveau de croissance reste bien plus faible que ce que nous connaissions avant la crise, bien trop faible pour que la situation s’améliore sur le front de l’emploi – nous en avons hélas régulièrement la preuve avec les chiffres du chômage, toujours aussi catastrophiques mois après mois.

Comment expliquer cette faiblesse ?

Pour bien comprendre ce qui nous arrive aujourd’hui, et c’est souvent le cas, les comparaisons internationales sont très utiles. Première observation : notre taux de croissance est nettement inférieur à celui que connaissent presque tous nos voisins. L’Allemagne a ralenti un peu mais sa croissance avoisine les 2%, le Royaume-Uni et la Suède se promènent tranquillement autour de 2,5%, et plusieurs pays qui avaient beaucoup souffert pendant la crise, comme l’Irlande ou l’Espagne, oscillent maintenant entre 3% et 4%, vu de chez nous, tout ça fait rêver ! Le résultat, c’est que eux créent massivement des jobs, et pas nous. L’an passé, pendant que nous détruisions les emplois par dizaines de milliers, l’Allemagne, elle, en créait 380 000, l’Espagne 430 000 et le Royaume-Uni 610 000, soit près d’un million et demi de nouveaux emplois rien que dans ces trois pays, le contraste avec la France est vraiment saisissant.

Mais là, vous n’expliquez rien, vous retournez le fer dans la plaie…

C’est bien pourquoi je vous propose une deuxième observation dans l’ordre des comparaisons. Vous l’avez sans doute remarqué, les pays que je viens d’évoquer et qui occupent les trois premières places du podium européen en termes de dynamique de l’emploi sont très différents les uns des autres : il y a une Allemagne qui caracole depuis des années, une Espagne qui a rebondi il y a 18 mois après une crise épouvantable et puis un Royaume-Uni qui a derrière lui un plongeon sévère, mais aussi depuis 3 ans un redressement solide et régulier. En revanche, il y a UN point que ces trois pays ont en commun, et il se trouve que c’est un critère sur lequel nous divergeons fortement, nous Français, ce critère, c’est celui de la confiance. Dans toute l’Union, on mesure désormais de la même manière la confiance des industriels, des entreprises de service, du commerce et aussi bien sûr des consommateurs, et on agrège tout cela pour avoir un indicateur unique qui est à 100 quand les optimistes sont aussi nombreux que les pessimistes, qui tombe en dessous de 100 quand les inquiets l’emportent et qui, au contraire, passe au-dessus de 100 quand la majorité des sondés ont une vision positive de l’avenir. Sans surprise, à l’été 2012, cet indicateur était partout dans le rouge, et même souvent rouge vif – tout le continent sortait alors péniblement de la crise de l’euro. Or, trois ans après, absolument tout le monde est repassé au-dessus de 100, souvent même nettement au-dessus, tout le monde… sauf la France qui se traine toujours autour de 98. Nous sommes donc les tout derniers à broyer du noir, c’est vrai des patrons, et c’est particulièrement vrai des ménages français qui sont beaucoup, beaucoup moins confiants que tous leurs homologues…

Pas étonnant, vu la croissance et le chômage !

Et bien je dirais plutôt le contraire. Il faut savoir en effet que la confiance des agents économiques est en effet ce qu’on appelle un indicateur avancé de la conjoncture, autrement dit, même si elles se nourrissent l’une l’autre, il faut d’abord de la confiance pour que, ensuite, la croissance revienne. Le problème français est donc avant tout un problème de confiance des agents : si, dans notre pays, les producteurs et les consommateurs avaient confiance, comme partout ailleurs en Europe, alors ils produiraient et ils consommeraient plus, et nous aurions plus de croissance.

Et comment s’explique ce manque de confiance des Français ?

C’est là où une troisième comparaison internationale est utile. Si l’on regarde ce qui s’est passé en France depuis quelques années par rapport à ce qui s’est passé ailleurs, la principale différence vient de l’évolution des Finances publiques. Partout, en Allemagne, au Royaume-Uni, et même en Italie, partout, les dépenses publiques ont baissé, parfois un peu, comme en Suède, parfois beaucoup, comme en Irlande… mais le SEUL pays où elles aient augmenté, le seul et l’unique, c’est la France. Or, le citoyen-consommateur ou le citoyen-entrepreneur est aujourd’hui suffisamment malin pour savoir que, dans un pays qui a accumulé les déficits, plus de dépenses publiques, à terme, cela veut dire plus d’impôts, c’est inévitable, d’ailleurs, cela se confirme dans les chiffres, en 5 ans, le pays d’Europe où les impôts ont le plus augmenté, et de loin, c’est la France !

Si l’on se résume, on peut dire en ce début d’été que notre économie va moins mal, oui, mais pas qu’elle va bien. La vérité est qu’elle n’ira pas bien tant que notre pays persistera dans une prolifération anarchique de la dépense publique qui, loin de les rassurer, inquiète aujourd’hui tous les agents économiques, ménages et entreprises, au point de les paralyser et de bloquer ainsi tout vrai redécollage de la croissance.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......