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Ancien électrophone à 4 vitesses

Books et vinyls

5 min
À retrouver dans l'émission

Au lendemain des fêtes de Pâques, l’on parle de résurrection ! Vous conviendrez que c’est de circonstance, mais rassurez-vous, resterai très laïque, je ne vais pas vous parler d’objets cultuels mais simplement de produits cultuRels …

Ancien électrophone à 4 vitesses
Ancien électrophone à 4 vitesses Crédits : Wikicommons

Souvenez-vous, il y a quelques années seulement, on nous annonçait la mort de ceux que nous connaissions, le disque noir avait été remplacé par le CD puis par la musique achetée en ligne, laquelle était à son tour en train de céder le pas au streaming – quant au livre papier, ses ventes diminuaient et beaucoup considéraient qu’il ne tarderait pas à succomber aux coups de boutoir des kindle et autres kobo. L’analogique était tout naturellement en train de s’effacer devant le numérique, le support physique devant le produit dématérialisé - en un mot, le passé devant le futur, et rien ne pourrait arrêter le mouvement. Cette vision darwiniste était sans doute un peu irénique, en tout cas exagérée car, partout, le bon vieil analogique, le livre, l’appareil photo et le disque de papa reprennent du poil de la bête…

 Êtes-vous en train de nous annoncer la fin du numérique ? 

Ce serait même délirant… Non bien sûr le numérique n’est pas menacé, il se porte même très bien, c’est l’évidence. Mais en même temps, depuis un an et demi environ, on constate des phénomènes troublants qui montrent une résistance inattendue des supports traditionnels. Ceux de nos auditeurs qui ont des enfants de 15 à 25 ans, voire qui le sont eux-mêmes, savent bien par exemple que le disque vinyle a fait un grand retour auprès de cette génération qui se ré-équippe aujourd’hui en bonnes vieilles platines et fréquente avec gourmandise les magasins de plus en plus nombreux qui se spécialisent dans le commerce désormais branché de la bonne vieille galette noire. Economiquement, c’est une goutte d’eau dans la mer par comparaison aux centaines de millions de morceaux téléchargés chaque année, il n’empêche, la force symbolique de cette résurgence très inattendue est là, et puis, le marché croît, il y a même des entreprises qui se sont repositionnées sur ce créneau, dont une française, et qui se portent très bien. Dans l’ordre de la curiosité, le retour de la photo analogique est presque aussi impressionnant, on vend aujourd’hui deux ou trois plus de pellicules photos qu’au début de la décennie, mieux, les clichés instantanés de Polaroïd, entreprise qui a plusieurs fois frôlé la disparition, n’ont plus rien de ringard, ils font même eux aussi aujourd’hui partie de la panoplie du « hipster » 2016.

 Tout cela est assez symbolique…

Certes, mais il y a un domaine dans lequel on dépasse le symbolique, et c’est le livre. Là encore, les statistiques sont parlantes, depuis près de deux ans maintenant, la part des ventes de livres numérique plafonne, aux Etats-Unis, à 20%, aux dernières nouvelles, elle aurait même amorcé une érosion, le bon vieux livre de papier tient donc solidement les quatre cinquièmes du plus grand marché mondial qui est aussi le plus technologique. Les ventes de kindle sont en nette baisse, on voit même aujourd’hui les librairies rouvrir par centaines tous les ans aux Etats-Unis, personne ne s’attendait à cela. Clairement, l’écrit résiste donc beaucoup, beaucoup mieux que la musique, par exemple, au basculement numérique.

 Comment expliquer ces phénomènes ?

D’abord, une observation, une très grande partie des utilisateurs de supports physiques sont en fait « bi », si je puis dire, ils reviennent à la consommation traditionnelle pour une petite part de leurs achats mais ils n’abandonnent pas le numérique – cela est spécialement vrai des amateurs de vinyle ou de polaroïd qui continuent, je vous rassure, à télécharger de la musique comme des furieux et à utiliser leur smart phone pour photographier leur chat ou leur petit déjeuner et mettre le résultat en ligne avec toute l’urgence que cela requiert. Reste à expliquer pourquoi le numérique ne leur donne pas toutes les satisfactions qu’ils attendent et, là, se combinent au moins deux séries de raison. La première est très triviale, c’est celle de la sécurité appliquée à l’intimité. Les premières études montrent ainsi que les polaroïds sont très souvent utilisés pour des autoportraits coquins qu’il ne serait pas sans risque de poster online ou d’envoyer par mail. Un gros plan anatomique sur papier photo, ça n’est pas compromettant parce que ce n’est pas signé ni imputable, et ça ne peut pas circuler de manière proliférante – on mesure d’ailleurs bien là en creux l’importance des inconvénients du numérique. La seconde série de raisons est beaucoup plus sérieuse, elle s’applique au disque comme au livre, et elle ressortit à la nature même d’un produit numérique : par définition, l’un et l’autre sont désincarnés. Or, il y avait, dans le disque vinyle, un plaisir physique complémentaire de celui que procurait la musique, celui d’une pochette souvent richement ornée, celui aussi consistant tout simplement à poser le disque et à le voir tourner – c’est tout cela que retrouvent avec plaisir les milliers de jeunes gens qui renouent avec le microsillon. Cela est au moins aussi vrai du livre, la jacquette, le toucher, le parfum même d’un livre constituent autant de gratifications supplémentaires que le livre numérique, évidemment, ne peut pas offrir. Ajoutons que les distraits peuvent perdre leur livre dans un avion ou dans un train et s’en remettre, ou encore le laisser tomber dans l’eau, rien de dramatique – c’est beaucoup plus contrariant de perdre sa liseuse.

En résumé, le numérique a d’innombrables avantages, mais pas que, les supports traditionnels ont beaucoup d’inconvénients, mais ils ont aussi de vrais plus que l’on redécouvre, tout cela justifie que, dans des proportions variables selon les marchés et à ce stade imprévisibles, ils cohabitent, comme la télé a cohabité avec la radio et comme l’internet cohabite aujourd’hui avec la télé l’un ne tuant jamais l’autre – la bonne nouvelle étant que nous avons plus de choix que jamais…

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