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COP21

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Et c’est l’actualité de la semaine, celle de la COP 21, qui vous inspire aujourd’hui.
Ce qui m’intéresse, c’est l’engouement qu’a provoqué cet événement pour la question de la lutte contre le réchauffement climatique, en particulier en France. Je ne dis pas qu’il est excessif, dès lors qu’on admet que le réchauffement climatique est un fait et que les activités humaines y ont une part importante, on voit bien qu’il faut s’en occuper sérieusement. Mais il me semble qu’un glissement progressif s’est installé dans le débat public entre, d’une part, ce qui est raisonné, et, d’autre part, ce qui ressortit plutôt à l’adhésion enthousiaste et naturellement bien intentionnée à des idées charmantes mais techniquement fumeuses…

Par exemple ?

Le cas où le décalage me paraît le plus net, c’est celui de la voiture électrique, aujourd’hui parée de toutes les vertus. On pense spontanément qu’une voiture électrique pollue infiniment moins qu’une voiture « normale » - et bien, contrairement aux apparences, ça ne va pas de soi, Guillaume. Le bilan dépend en effet intégralement de la manière dont a été produite l’électricité utilisée par la voiture, ce à quoi on ne pense pas assez. En Israël, par exemple, quasiment 100% de l’électricité est d’origine fossile – charbon, gaz et pétrole – si bien que, à Tel Aviv ou Haifa, même si un véhicule électrique ne rejette visiblement pas de méchante fumée, il contribue indirectement en roulant à exactement la même production de gaz à effet de serre que s’il n’était pas électrique. Israël est certes un cas extrême, mais il faut savoir que beaucoup de pays ont un « mix énergétique », comme on dit, très carboné, charbon, gaz et pétrole entrent ainsi dans la composition de l’électricité à hauteur de 80% au Japon, 69% aux Etats-Unis et à peu près 60% au Royaume-Uni ou en Allemagne, Allemagne où le détestable charbon reste même ultra-dominant – c’est dire qu’il y a une très, très grande naïveté à penser qu’on sauve l’humanité en roulant en Tesla, en Zoe ou en Blue Car à San Francisco, Londres ou Munich…

Mais en tendance, les énergies nouvelles vont croître !

C’est vrai, mais très lentement, l’Agence Internationale de l’Energie prévoit ainsi que les renouvelables, qui représentent aujourd’hui 23% de la consommation mondiale d’énergie, pèseront 31% en 2035 – maigre progrès en 20 ans ! Pourquoi ? Bien sûr, il y a la coupable inertie des acteurs, mais il y a aussi le coût, souvent prohibitif, et la fiabilité, très aléatoire des énergies nouvelles. Beaucoup croient ainsi qu’il faut être fou pour ne pas plus utiliser le vent, cette énergie gratuite qu’il suffit apparemment d’attraper, en réalité une éolienne coûte très cher. Elle coûte cher à la construction et en fin de vie, et elle ne tourne environ qu’un quart du temps environ car elle s’arrête ET quand il n’y a pas de vent, ET quand il y en a trop, cette intermittence obligeant à avoir en doublon des centrales à gaz pour « boucher les trous », mais aussi à bâtir un réseau tentaculaire pour transporter le courant (quand il y en a) de l’éolienne rurale au centre de consommation urbain - tous ces équipements ne fonctionnent donc pas en permanence, si bien qu’ils sont très difficiles à amortir. Le solaire est bien plus probant et il fait des progrès spectaculaires mais, aujourd’hui, en France, c’est un fait solaire et éolien ne se développent QUE parce qu’ils sont massivement subventionnés. Ils le sont par vous et moi, le consommateur d’électricité, via la CSPE une taxe qui renchérit le KWh de près d’un quart et qui va pour l’essentiel aux énergies renouvelables – cela enrichissant puissamment des opérateurs privés mais empêchant EDF de pratiquer le prix de l’électricité qui seul lui permettrait d’entretenir et de renouveler son parc nucléaire, lequel produit pourtant chez nous 20 fois plus d’électricité non carbonée qu’éoliennes et photovoltaïque combinés, voyez qu’on marche sur la tête, ou plutôt, qu’on se marche sur les pieds…

Vous nous volez nos rêves, ne me dites pas qu’il n’y a RIEN à faire contre le réchauffement ?

Rien sûrement pas, même si la France est déjà le grand pays le plus vertueux du monde – grâce au nucléaire, justement, et à l’hydro-électricité, nous avons un mix électrique extrêmement peu carboné, 8% seulement de notre électricité est d’origine fossile et nous rejetons, par tête d’habitant, deux fois moins de gaz à effet de serre que les Allemands et trois fois moins que les Américains - tout cela fait assez peu de raisons de se flageller matin, midi et soir. Mais, c’est vrai, des progrès très importants restent à faire dans les domaines les plus producteurs de rejets, UN le chauffage domestique, DEUX, l’automobile. S’agissant de l’habitat, la solution est connue, il ne sert à rien de construire une poignée de minuscules éco-quartiers inaugurés en grande pompe, il faut massivement isoler le parc de logements existants, nous sommes sur ce sujet très, très en retard sur tous nos voisins, nos logements sont des passoires thermiques, or, la meilleure manière de ne pas rejeter autant de CO2, c’est encore de consommer moins de chauffage. Pour l’automobile, même chose, c’est la frugalité qui nous sauvera : oui, un jour lointain, le parc sera tout électrique et, oui, la France est la mieux placée pour le faire avec un énorme impact positif puisque son électricité est très peu carbonée. Mais, aujourd’hui, les batteries sont hors de prix et leur fabrication est terriblement productrice de gaz à effet de serre, il est donc urgent de concevoir et de mettre en circulation des voitures normales, à essence, mais qui consomment beaucoup moins, ce qui est techniquement bien plus atteignable que la batterie parfaite dont on rêve tous.

Oui nous avons beaucoup, beaucoup à faire, mais rien du tout qui ressortisse au pouvoir finalement très très limité de ces baguettes magiques que tout le monde agite avantageusement à l’occasion de la COP 21.

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