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Dépense militaire

5 min
À retrouver dans l'émission

Vous revenez sur les attentats de vendredi en évoquant le rôle des militaires dans la sécurité nationale…
C’est l’un des éléments les plus importants du discours du président de la République hier devant le Congrès, pour faire face aux nouvelles menaces qui se sont hélas spectaculairement incarnées dans les attentats de la semaine dernière, les réductions d’effectifs dans l’armée vont être interrompues et 8500 nouveaux postes vont être créés dans la sécurité et la justice et l’administration pénitentiaire qui en ont grand besoin – il faut par exemple savoir que nous dépensons deux fois moins (par habitant) que les Britanniques pour nos tribunaux, quant à l’état de nos prisons, c’est une honte pour la République. Il s’agit là d’un très fort revirement, en particulier s’agissant de la Justice et de la pénitentiaire, mal traitées depuis des décennies, et de l’armée, qui a subi au fil des ans des coupes colossales qui devenaient déraisonnables…

A ce point ?

Ecoutez , la loi de programmation militaire prévoyait encore 24 000 suppressions de postes sur cinq ans à la Défense, qui n’auront donc pas lieu mais qui se seraient venues s’ajouter à des dizaines et des dizaines d’autres milliers coupés depuis une vingtaine d’années - vraiment c’est LE ministère qui a payé le plus cher les restrictions de crédit opérées par l’Etat. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder comment ont évolué les dépenses militaires en pourcentage du PIB : en 1988, on était au-dessus de 3,5%, on est tombé à 2,2%, notre effort militaire a donc été réduit d’à peu près un tiers, voyez qu’on n’a pas fait dans la dentelle – d’autant que, pendant le même temps, les dépenses publiques au sens large ont, comme vous le savez, cru et embelli. C’est donc un choix qui a été fait, avec des inconvénients sévères en termes de capacités de l’armée à exercer ses missions.

Est-ce que vous iriez jusqu’à dire que ce que nous avons vécu est lié à ce choix ?

Il faut savoir raison garder, et je ne veux surtout pas m’aventurer sur le terrain, des liens de cause à effet ne serait-ce que parce que ce sont des domaines très complexes, et aussi parce qu’il faut savoir aller au-delà des chiffres bruts. D’abord, si une erreur a bel et bien été commise en termes de réduction excessive des dépenses militaires, elle était très partagée, après la chute du mur, tous les grands pays ont taillé dans ces dépenses au titre de ce que l’on a appelé un peu naïvement les « dividendes de la paix » - l’idée était que la chute de la menace soviétique nous permettait de réduire l’effort de défense. Ensuite, la France l’a fait moins brutalement que certains de ses voisins – il faut savoir par exemple que, par comparaison, la capacité des armées britanniques a été, hors forces spéciales, beaucoup, beaucoup plus amoindrie que la nôtre. La France a par exemple préservé et même accru sa capacité en matière de forces spéciales, justement, mais aussi de renseignement, peut-être pas assez, mais au moins n’a-t-on pas taillé bêtement sur ce poste crucial. Enfin, n’en déplaise aux militaires, il y avait effectivement du gras dans les armées, et aussi des outils qui étaient périmés - personne ne peut sérieusement déplorer qu’on ait supprimé des divisions blindées ou fermé des garnisons objectivement devenues inutiles. Il n’empêche, misant sur l’obéissance de la Grande Muette, gauche et droite ont eu une propension marquée à exiger des militaires des efforts qu’ils n’auraient jamais osé demandé aux civils, et cela se paye aujourd’hui par des limites très frustrantes à notre capacité d’engagement.

Par exemple?

En réalité, beaucoup de programmes d’équipements ont été étalées ou différés si bien que nous n’avons pas certains matériels qui seraient spécialement appropriés aux nouveaux terrains d’intervention, comme le Moyen-Orient. Par exemple, nous pourrions être beaucoup plus efficaces dans nos frappes si nous disposions en quantité de missiles de croisière navals, et bien nous ne les avons pas – c’est justement un de ces programmes qui ont été étalés dans le temps pour raison d’économies. De même nous sommes passés complètement à côté des drones, qui sont l’arme moderne par excellence : au Mali nous sommes obligés d’utiliser des drones américains mais, devinez quoi, c’est Washington qui en contrôle les règles et les zones d’utilisation si bien que, malgré les satellites, nous n’avons pas, nous Français, une connaissance suffisante du terrain en Syrie, c’est tout de même très ennuyeux – et le programme franco-allemand qui doit pourvoir à ce besoin prendra encore… sept ans ! Et puis, à l’autre bout du spectre des dépenses militaires, les armées souffrent aussi de l’utilisation de 10 000 soldats à des missions de dissuasion et de protection sur le territoire, ce sont ceux que nous voyons dans les rues, dans les aéroports ou dans les gares et qui ne peuvent pas, en même temps, être en opération – cela alors même que ces tâches, civiles et devenues permanentes, devraient être confiées à des policiers ou à des gendarmes.

Tout ça est le résultat d’ arbitrages paresseux opérés par les gouvernements de droite comme de gauche qui ont préféré « sanctuariser », comme on dit, le budget de la culture que celui des armées, qui ont exigé des sacrifices de la défense mais fermé les yeux sur la multiplication des ronds points et des salles des fêtes indirectement payés par l’Etat. On a ressuscité depuis quelques jours la belle devise de la ville de Paris, « Fluctuat nec mergitur » – elle tangue mais elle ne sombre pas – il n’est pas mauvais que le gouvernement redécouvre, aussi, cet adage éternel un peu trop vite oublié : « Si vis pacem, para bellum ! » - Si tu veux la paix, alors tiens toi prêt à faire la guerre !

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