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Doit-on être optimiste pour 2016 ?

5 min
À retrouver dans l'émission

« Doit-on » être optimiste pour 2016, curieuse question… Oui j’aime bien l’ambivalence de cette expression, et vous allez voir pourquoi… Mais revenons à l’année qui commence, je vous disais la semaine dernière que 2015 avait été une année particulièrement mauvaise pour le pays, alors oui, ça ne serait pas mal qu’il y ait des raisons d’espérer pour 2016 … Sur le front économique, le principal espoir est bien sûr celui d’un retournement de la courbe du chômage, événement sans cesse annoncé mais qui se fait attendre depuis trois ans. Il n’est pas impossible que, enfin, les créations d’emploi redémarrent vraiment cette année, ce serait d’ailleurs bien le moins compte tenu de la configuration astrale extraordinaire que nous connaissons – pétrole, euro et taux d’intérêt fortement orientés à la baisse, vous connaissez la litanie. Mais les experts s’accordent à penser que, si reprise d’emploi il y a, elle sera faible, bien plus faible que ce que connaissent ou ont connu nos voisins, et trop faible pour être vraiment significative par rapport au désastre qu’ont été les trois années passées. Quelque chose semble vraiment cassé dans la machine française à produire des jobs, et c’est le plus inquiétant pour 2016.

Est-ce qu’on peut malgré tout avoir une bonne surprise ?

Ca n’est jamais à exclure, cela s’est d’ailleurs vu par le passé, surtout, justement, en période de sortie de crise – je me souviens en particulier de l’année 1993, que tout le monde avait annoncée très médiocre dans la foulée d’une mauvaise année 1992, et durant laquelle la France a pourtant largement dépassé les prévisions de croissance, avec à la clé le retour à un rythme soutenu de créations d’emploi qui s’est maintenu plus de sept ans. Simplement, le contexte était alors très différent. D’une part, la conjoncture mondiale était très bonne, les Etats-Unis galopaient à 4% de croissance, et les émergents émergeaient – aujourd’hui, les émergents tendent au contraire à s’enliser, le ralentissement chinois devient même inquiétant, et les Etats-Unis, même s’ils vont bien mieux que nous, n’exercent plus la même traction sur l’économie mondiale. D’autre part, en 1993, sur le plan interne, les signaux envoyés aux entreprises et aux particuliers sur le plan réglementaire et fiscal étaient encourageants et de nature à dégeler les comportements, comme vous savez, ce n’est plus, mais vraiment plus du tout le cas aujourd’hui. Dans ces conditions, même si elle n’est pas nulle, la probabilité d’une « bonne surprise », comme vous dites, est faible et, symétriquement, celle d’un enlisement durable est forte – la morosité est donc à craindre pour 2016…

Mais n’êtes-vous n’êtes vous pas en train de contribuer à cette morosité par vos noirs pronostics ?

Voilà justement la question que j’attendais. Cela nous ramène à l’autre acception de notre sujet – « doit-on être optimiste pour 2016 » au sens du devoir, au sens où il conviendrait d’être optimiste. C’est une question qui est loin d’être mal fondée car, oui, les prophéties auto-réalisatrices, ça existe, et, oui, c’est documenté, le moral pèse sur l’économie. Dès lors, les représentants des media, et plus largement ceux que l’on décrits comme les leaders d’opinion, ont effectivement une responsabilité, leur description du monde peut changer le monde. C’est d’ailleurs exactement ce qu’ont en tête les politiques quand ils font montre de ce qu’ils appellent le « volontarisme », autrement quand ils annoncent des lendemains qui chantent dans l’espoir de galvaniser les troupes – et ils le font tous. Le problème, c’est que, comme le montrent nos piètres résultats et sur le front du chômage, et en matière de croissance, le coup du « faut y croire », du « on va du bon côté », ça ne marche plus du tout, sans doute nous sommes-nous beaucoup trop enfoncés pour que la méthode Coué ait conservé le moindre rendement.

Mais est-ce une raison pour ne plus y croire, pour basculer dans le pessimisme, et y contribuer ?

Je vous l’accorde volontiers, un « French bashing » systématique et dont on se délecterait de manière morbide serait misérable. Mais tomber dans le déni de réalité pour ne pas être qualifié de pessimiste serait, à mon avis, une trahison encore plus grande. La responsabilité des commentateurs, des observateurs, des leaders d’opinion n'est pas de divertir les gens au sens pascalien, c'est-à-dire de les détourner de la vérité, mais de la regarder en face et de la dire, laquelle qu'elle soit. Chanter « La vie en rose » tant que l'on n’a pas remis au carré, chez nous, la gestion des finances publiques, l'organisation des pouvoirs publics et l'interaction entre l'individu et l'identité collective, qui sont aujourd'hui autant de blessures pour les Français, ce serait mentir. Or, depuis vingt ans, quel que soit le gouvernement en place, on ne voit pratiquement rien venir dans ces trois domaines, pas la moindre amorce de prise en charge de nos problèmes. Le pessimisme est donc, hélas, aujourd’hui, un réalisme – et le réalisme est la condition sine qua non du redressement, car il n’y aura pas de redressement sans prise de conscience de la nécessité de procéder à des changements très importants que personne ne fera pour nous. En 2016 comme lors des années précédentes, la France risque bien de faire du surplace si elle continue à fuir devant ses responsabilités comme elle le fait depuis si longtemps – mais rien n’est jamais écrit, Guillaume, alors espérons ! Je vous souhaite une très bonne année…

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