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Dans la manif anti-gaz de schiste à Barjac

Gaz de Schiste

5 min
À retrouver dans l'émission

Luc Châtel, le nouveau président du Conseil national des Républicains, a fait une sortie très polémique il y a quelques jours en affirmant que son parti devait être celui « du principe d’innovation plus que du principe de précaution, le parti du gaz de schiste »

Dans la manif anti-gaz de schiste à Barjac
Dans la manif anti-gaz de schiste à Barjac Crédits : Radio France

Dans un pays qui est le seul au monde à avoir fait voter, d’ailleurs quand les Républicains étaient au pouvoir, une loi interdisant et l’exploitation et l’exploration des gaz et pétroles de schiste, c’est un choc. Il me semble pourtant que, quelle que soit l’opinion qu’on a sur la question, il faut mettre au crédit de Châtel le courage de rouvrir ce débat qui mérite mieux qu’une fin de non-recevoir pavlovienne. Cinq ans se sont passés depuis le vote de l’interdiction générale en France, cela nous donne du recul, il n’est pas absurde de réexaminer le sujet, en particulier à la lumière du bilan des expériences étrangères.

 Vous voulez parler de l’expérience américaine, mais vous disiez vous même il y a huit jours qu’elle était en train de mal tourner !

D’abord il n’y a pas QUE l’expérience américaine : le Canada, l’Argentine, la Chine, la Pologne et même l’Arabie Saoudite s’y sont mis, la Pologne a d’ailleurs quasiment arrêté parce que la géologie était décevante - ce qui prouve que l’exploration n’est pas une pente fatale -, mais les autres montent en puissance, et le Royaume-Uni est en train de rejoindre la petite bande. Ensuite, l’expérience américaine est largement probante, les experts divergent dans leurs estimations mais on est sûr que des centaines de milliers d’emplois sont dus aux gaz de schiste, directement – j’étais au Colorado il y a six mois et je vous garantis que la création de richesse dans le secteur est visible à l’œil nu –, mais aussi indirectement, ce dont on ne parle pas assez en France : grâce à la baisse du prix de l’énergie qui a été rendue possible par ces nouveaux hydrocarbures, les Etats-Unis vivent depuis 3 ou 4 ans un phénomène inattendu de relocalisation d’industries électro-intensives qui avaient déserté le pays, et qui reviennent. Alors, c’est vrai, le retournement du prix du pétrole frappe aujourd’hui durement les producteurs américains, on s’inquiète même, je le disais à cette antenne il y a huit jours, de faillites qui pourraient coûter cher aux banques, mais les compagnies spécialisées s’adaptent : il y a seulement cinq ans il fallait un prix du pétrole à 80 ou 100 dollars pour qu’elles soient rentables, aujourd’hui, c’est 50 dollars seulement si bien qu’une petite flambée du prix du brut suffirait à les remettre à flot - cela arrivera un jour ou l’autre.

L’économie y trouve peut-être son compte, mais il y a de terribles problèmes d’environnement !

Il faudrait être fou pour le nier, mais l’ampleur de ces problèmes n’est clairement pas celle qu’on imaginait. D’abord, l’industrie a fait de gros progrès et les foreurs-pionniers parfois irresponsables du début du siècle ont presque partout cédé la place à des entreprises beaucoup plus soucieuses de la question, moins par vertu que pour ne pas tuer la poule aux œufs d’or. Surtout, nous avons tous été à tort fortement influencés par le fameux documentaire « Gasland », de Josh Fox, primé dans tous les festivals et dont un extrait en particulier semblait rendre folle l’idée même de l’exploitation des gaz de schiste – souvenez-vous, on y voyait un homme approcher son briquet du robinet de son évier et l’eau qui y coulait s’enflammer instantanément, c’était proprement effrayant. Le problème, c’est que ce passage du film était une manipulation pure et simple qui a été épinglée par le journaliste irlandais Phelim Mc Aleer. Josh Fox avait en fait tourné cette scène à un endroit des Etats-Unis où il n’y a aucune exploration de gaz de schistes, et la flamme illustrait un phénomène rare mais naturel de présence de méthane dans l’eau, curiosité d’ailleurs décrite depuis près de 100 ans - l’image la plus forte du film était donc sans aucun rapport avec le sujet. Je ne vais pas vous dire pour autant qu’il n’y a pas d’autres problèmes, il y en a, certains très contrariants comme des glissements de terrain - je dis simplement qu’il nous faut, en France, sortir de l’obscurantisme, ne pas fonder l’application du principe de précaution sur un quasi-truquage et regarder la question honnêtement, sans se cacher ni les bénéfices, ni bien sûr les risques des gaz de schiste.

Pour les politiques, est-ce possible ?

Je suis frappé, sur ce sujet, par le contraste qui apparaît entre la posture des responsables français et celle de leurs homologues dans d’autres grandes démocraties. En France, que ce soit Sarkozy ou Hollande, les deux derniers présidents, c’est un « non » fier et têtu dans des termes d’ailleurs assez proches, en gros : « Moi vivant, jamais ! » Au Royaume-Uni, où je vous signale que les gens votent aussi et sont aussi un peu soucieux de leur santé, David Cameron a fait des hydrocarbures de schiste, je cite « une priorité nationale », des brochures ont même été éditées pour expliquer dans les détails aux citoyens les avantages et les inconvénients de cette technique. Quant à Barack Obama, président Démocrate et très soucieux d’environnement, il a certes imposé la transparence sur les techniques et les produits utilisées par foreurs, à juste titre, mais il les encourage aussi à continuer dans l’intérêt du pays – je ne résiste pas au plaisir de vous le citer : « Nous n’avons pas à choisir soit l’environnement, soit l’économie dit Obama. L’Amérique, développera cette ressource, mais sans mettre en danger la santé ou la sécurité de ses citoyens ». Sincèrement, je trouve assez difficile de plaider que le « No pasaran ! » français soit d’une intelligence et d’un raffinement manifestement supérieurs…

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