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Impots déclaration 2015

Impôts, déficits : la politique avant l’intérêt général

5 min
À retrouver dans l'émission

L’Elysée envisage de baisser de nouveau les impôts. Pourquoi prendre cette décision, alors que nous ne sommes pas en mesure d'alléger notre fiscalité...

Impots déclaration 2015
Impots déclaration 2015 Crédits : Benjamin Fontaine - Radio France

C’est vrai que c’est toujours formidable de voir un pays qui réduit ses impôts parce qu’il peut se le permettre, parce que le moment est venu pour lui de cueillir les fruits de ses efforts – et si ce pays était la France, qui détient le triste record de la pression fiscale parmi les grandes nations, ce serait encore mieux. Le problème, Guillaume, c’est que nous ne sommes pas, mais alors vraiment pas, nous, aujourd’hui, en situation d’alléger notre fiscalité – je le regrette, mais je suis obligé de le constater, nos comptes publics sont trop dégradés, nos déficits sont trop béants pour que la baisse des impôts soit raisonnable, sauf bien sûr à ce que l’on réduise la dépense publique à due concurrence, ce qui, je crois comprendre, n’est nullement au programme.

 Mais nos déficits se réduisent !

Philippe : Alors c’est là un sujet qui mérite qu’on s’y arrête un instant, parce qu’il est typique de ceux sur lesquels on peut absolument tout dire, et en particulier n’importe quoi. On peut par exemple se féliciter que le déficit des administrations publiques au sens de Maastricht ait été réduit l’an passé à 3,5% du PIB contre 4% l’année précédente, si on remonte encore de quelques années, on peut même chanter victoire puisque, au sortir de la crise, en 2012, nous frôlions les 5% - vraiment, 3,5%, c’est beaucoup mieux que 5%, diront les ravis de la crèche. Oui mais on peut aussi se comparer à nos voisins, qui eux-aussi ont connus la crise, parfois d’ailleurs une crise plus profonde que la nôtre, et qui pourtant, dans leur quasi-totalité, sont en marche vers l’équilibre de leurs comptes publics. Il y a bien sûr l’Allemagne, en excédent, mais il y a aussi l’Irlande, qui était ruinée, et la Belgique, l’une et l’autre autour de 2,5% de déficit… et il y a même l’Italie, oui, l’Italie, qui les talonne à 2,6%. En moyenne, la zone euro est en déficit de 2,1% seulement sur 2015, et encore cette moyenne inclut-elle les seuls trois pays de la zone euro qui font moins bien que nous, la Grèce, l’Espagne et le Portugal. En termes relatifs, notre performance sur le terrain des finances publiques est donc navrante.

 Mais pouvait-on mieux faire ?

C’est en tout cas ce que prétendait François Hollande lui-même lorsqu’il postulait à nos suffrages puisqu’il annonçait en 2012, un retour à l’équilibre en fin de mandat – en réalité, les prévisions officielles annoncent désormais 3%, et non zéro, à la fin 2017, c’est dire à quel point on est loin du compte ! Après la campagne, prudent, François Hollande s’était même payé le luxe de corriger son engagement à la baisse en invoquant la découverte de comptes publics hérités de son prédécesseur encore plus dégradés que prévu, dans la loi de finances de décembre 2012 on voit à ce titre écrit noir sur blanc que nous devrions seulement frôler l’équilibre en 2017 avec - 0.3%, et bien on fera au mieux 3%, c’est à dire dix fois plus, ce n’est pas un mince glissement…

Entre temps, la croissance a tout de même déçu, ce qui peut expliquer une certaine dérive !

C’est vrai. Mais, d’une part, la croissance a déçu partout en Europe ou presque, ce qui n’a pas empêché les bons élèves, en tout cas ceux qui étaient résolus à revenir dans les clous, de faire mieux que nous, et d’autre part et surtout, cette croissance atone ne nous est pas tombée du ciel : nous y avons hélas puissamment contribué par des politiques publiques uniques en Europe de matraquage fiscal et réglementaire qui, aussi curieux que cela puisse paraître, ont modérément disposé les ménages et les entreprises à consommer et à investir.

Mais si vous pensez que l’on a trop augmenté les impôts, pourquoi ne pas vous réjouir qu’on les diminue ?

Malheureusement on n’efface pas une bêtise en en faisant une symétrique. Certes, on sait maintenant qu’il aurait fallu ne pas assommer les Français d’impôts, Manuel Valls et François Hollande l’ont eux-mêmes admis, mais la situation ne permet pas aujourd’hui de défaire ce qui a été fait. La croissance est toujours faible, on vient de l’acter ensemble, donc les rentrées fiscales le sont aussi, l’arrosage préélectoral a commencé et il ne doit rien à la décence, avec le soutien à l’élevage, le fonds pour la transition énergétique, le dégel de l’indice de la fonction publique, plus récemment, la prime aux instit et le coup de pouce aux policiers et aux gendarmes - il ne manque à cette liste à la Prévert que les ratons laveurs… - tout cela pour la bagatelle de 5 milliards d’euros, et puis, le déficit reste très élevé, je vous le disais il y a une minute, dans CE contexte, baisser les impôts serait une folie - ou bien alors il faut dire carrément que l’objectif est de marcher sur les glorieux pas des Grecs. J’ajoute Guillaume que la baisse des impôts, pour François Hollande, ce serait sans doute baisser les impôts de ceux qui en paient déjà très peu, là où, économiquement, corriger l’erreur consisterait à réduire les impôts des entrepreneurs et des hauts revenus qui, surtaxés depuis quatre ans, quittent le pays ou renoncent à se payer et à consommer – mieux vaut encore ne rien faire !

Au total, force est de constater que, comme ses deux prédécesseurs, François Hollande, qui est pourtant bien plus fin connaisseur qu’eux des questions économiques et fiscales, aura eu une gestion parfaitement cynique et irresponsable de l’impôt et des déficits, cette question ayant été intégralement asservie à ses objectifs politiques. Si j’étais cruel, je me plairais à citer le Président qui, début 2012, au Bourget, disait (je cite) : « Le quinquennat s’ouvrira sur des réformes de structure, et c’est ensuite que nous pourrons redistribuer ce que nous aurons créé » (fin de citation). Depuis quatre ans, il n’y a pratiquement eu aucune réforme de structure, rien n’a été créé - en fait, beaucoup a même été détruit - mais cela n’empêche visiblement pas le président-candidat de redistribuer un argent que nous n’avons pas en tirant sur l’avenir des traites qu’il incombera hélas à nos enfants d’honorer.

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