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La politique sacrifice

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Les hommes politiques sont-ils des saints ?
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Nicolas Sarkozy à un congrès UMP du premier mai 2012, en campagne pour sa réélection. Crédits : Philippe Wojazer

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J’avoue que la question peut surprendre, car on décrit volontiers au contraire les politiques comme de véritables diables, en tout cas comme des êtres au moins aussi faillibles que les autres mortels : au mieux, ils seraient prompts au cynisme et à l’insincérité, au pire, ils seraient carrément corrompus et profiteurs, rien de tout cela ne vous destine particulièrement à la canonisation. Bien sûr il y a du vrai là dedans, de Pasqua à Thevenoud en passant par Balkany et Cahuzac, nous sommes payés pour savoir que le parcours de nombre d’élus comporte sa part d’ombre, pour dire le moins – quant à l’art de la manipulation et de la palinodie, il semble à peu près consubstantiel à l’état de politique de premier rang. Mais ce qui me dispose, malgré tout cela, si ce n’est à décerner un brevet de conduite à la petite tribu, en tout cas à ne pas lui manquer complètement de respect, c’est que le métier exige aussi des sacrifices dont on ne mesure pas toujours l’ampleur.

A quoi pensez-vous ?

Je pourrais vous parler des samedis au marché ou des dimanches à la maison de retraite, mais je pense en particulier à la liberté de penser par soi-même, qui est pratiquement bannie dans l’univers politique – ce qui est tout de même une petite contrariété quand on a un QI positif et qu’on est allé à l’école. Un exemple, j’imagine Marc que, comme moi, le changement de nom de l’UPM, devenue il y a quelques jours « Les Républicains », vous a laissé de marbre, la droite change de nom environ tous les dix ans sans d’ailleurs jamais changer quoi que ce soit d’autre que son nom. Mais comme ce non-événement était assorti d’une modification de l’organigramme du parti, il a donné lieu à des tensions assez spectaculaires entre Nicolas Sarkozy et certains de ses lieutenants, le chef se réservant le droit de distribuer des titres à ceux de ses féaux qui avaient l’heur de lui plaire, et à eux seuls. Et dans ce processus, quelqu’un jouait gros, c’était Nathalie Kosciusko-Morizet, l’un des numeros deux sortants de l’UMP – elle n’a d’ailleurs sauvé son rang qu’in extremis et en perdant au passage la responsabilité de préparer le projet du parti. Or, ce que Nicolas Sarkozy lui reprochait, au point d’ailleurs de s’en ouvrir largement dans le parti comme auprès des media, c’est justement d’avoir et, pire encore, d’exprimer ses propres opinions, et non celles officielles du parti – je cite ici les propos de l’ancien chef de l’Etat : « Il faut défendre les idées de sa famille plutôt que ses propres idées » (fin de citation). Notez bien, Marc, que je ne suis pas suspect d’amour fou pour les idées personnelles de Madame Kosciusko–Morizet, à mes yeux, elle a même commis, avec l’inscription dans la Constitution du principe de précaution, une réforme qu’elle a portée personnellement et avec enthousiasme, l’un des plus grands crimes contemporains contre l’intelligence et l’esprit de progrès. Il n’empêche, il y a quelque chose de profondément choquant dans l’idée que penser par soi-même soit intrinsèquement une félonie – or, en politique, c’est hélas un jugement largement partagé…

Et en même temps, Philippe, un parti doit bien avoir une ligne !

Précisément, tout le drame est là ! Car, oui, d’un point de vue opérationnel, Nicolas Sarkozy, hélas, a raison, si chacun fait sa tambouille de son côté, le menu du parti est incohérent, donc pas très appétissant pour l’électeur – il est donc préférable que tout le monde soit aligné. Mais, concrètement, cela signifie qu’un politique doit, pour réussir, abdiquer tout sens critique, toute revendication de différence, fût-elle minimale – cette abolition de la distance s’incarnant merveilleusement dans les célèbres photos de soir d’élection où, manifestant au passage d’impressionnantes qualités de gymnastes, tous les lieutenants se collent littéralement au patron victorieux, ne faisant physiquement plus qu’un avec lui.

Mais est-ce vraiment une souffrance pour les intéressés ?

C’est une question que, pour avoir fréquenté d’assez près un certain nombre d’entre eux, je me suis souvent posée. Quand ils sont intelligents, et heureusement, un nombre raisonnable d’élus le sont, j’ai souvent eu l’impression qu’il leur fallait un temps d’adaptation, que les débuts leur étaient difficiles tant était injustement élevée la prime donnée par la machine aux fayots et aux imbéciles – je ne citerai pas de nom, mais nous avons tous en tête le spectacle douloureux de ces professionnels de l’encensoir qui se précipitent dans les media après l’intervention télévisée du chef pour dire sur un ton quasi-Nord Coréen qu’un génie vient de s’exprimer et que rien ne sera plus comme avant. Les débuts sont difficiles, oui, mais, à de très rares exceptions près, j’ai vu rentrer dans le moule la quasi-totalité des politique de droite comme de gauche que je respectais pour leur intelligence et pour leur liberté de ton. Souvent même, j’ai vu dans cet univers une personne remarquable devenir médiocre en même temps qu’elle devenait puissante – une star naissait, et une lumière s’éteignait en même temps

Cet abaissement auto-consenti par les politiques fait-il d’eux des saints ? A chacun d’en juger, on peut penser au contraire qu’il y a quelque chose d’indigne dans le reniement de soi-même, mais ce qui est sûr, c’est qu’une telle plasticité n’est pas donnée à tout le monde et qu’il faut, pour l’acquérir, soit de solides prédispositions naturelles, soit une volonté de fer…

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