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Le nombre de fonctionnaires a continué d'augmenter en France

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Le nombre des fonctionnaires a de nouveau augmenté en 2014, Philippe…

C’est un chiffre qui est forcément toujours publié avec un petit décalage temporel, c’est ce qui explique qu’on ne connaisse qu’en cette fin 2015 le bilan 2014, Guillaume, mais, pas de surprise, il est assez semblable à tous les précédents : il y avait une fois de plus, il y a un an, plus de fonctionnaires que l’année précédente. Globalement, l’Etat, les collectivités locale et les hôpitaux employaient fin 2014 5,43 millions d’agents sans compter les contrats aidés, ce qui représente 40 200 postes de plus sur 12 mois. Deux nuances, tout de même : UN le rythme de croissance est de moins de 1%, c’était 1,5% lors du précédent comptage, une décélération est donc en cours, et DEUX, l’Etat a commencé à gérer la décrue, il a réduit ses propres effectifs d’une dizaine de milliers sur la période.

En revanche, la fête continue du côté des collectivités locales, 30 000 personnes dont 27 000 dans les seules communes et intercommunalités, et la dérive des effectifs hospitaliers se poursuit fût-ce, là encore, à un rythme réduit – et c’est ce qui explique que le total, toutes fonctions publiques confondues, continue à grimper alors même que nous sommes déjà l’un des pays les mieux pourvus en fonctionnaires : il faut savoir que, rapporté au nombre d’habitants, il y en a par exemple à peu près deux fois plus chez nous qu’en Allemagne, l’Allemagne qui ne passe pourtant ni pour un pays économiquement en panne, ni pour un désert administratif ou un enfer social.

Vous avez l’air de penser que les fonctionnaires sont improductifs, Philippe ?

Pas du tout, Guillaume, un pays moderne et qui se veut compétitif a absolument besoin de fonctionnaires, et ce n’est pas parce qu’ils n’appartiennent pas à l’économie marchande que les fonctionnaires sont improductif, le penser serait une bêtise. Les policiers, les juges, les militaires les enseignants et bien d’autres sont indispensables à notre performance économique, et l’on voit mal comment on pourrait financer leurs services autrement que par l’impôt, en tout cas si l’on en veut en nombre et en qualité suffisants. Mais deux questions se posent malgré tout qu’il serait, là encore, stupide d’ignorer.

La première, c’est celle du degré d’engagement et du temps de travail. Parce qu’il se veut un employeur « exemplaire » et irréprochable sur le plan social, l’Etat tend à sur-rémunérer ses agents, en particulier s’agissant des faibles qualifications, et à leur demander un moindre temps de travail que celui que l’on trouve dans le privé, voire à tolérer plus volontiers leurs absences – l’absentéisme dans les collectivités locales est ainsi très, très supérieur à la moyenne nationale. Tout cela est délicieux et bien intentionné, il n’empêche, à l’arrivée, on voit bien que, plus il y a de fonctionnaires, et moins la productivité globale de la main d’œuvre est élevée, moins elle soutient la compétitivité internationale du pays – c’est un premier problème…

Et il y en a un second, disiez-vous…

Le second, c’est que la fonction publique subit comme tout le reste ce qu’on appelle la loi des rendements décroissants, autrement dit, passé un certain point, quand on ajoute un fonctionnaire, sa contribution au bien public est plus faible. Pourquoi ? D’abord, même dans les fonctions régaliennes où le rôle de l’Etat n’est pas contestable, par exemple la police, le gonflement des effectifs nourrit inévitablement une bureaucratie qui tire le rendement vers le bas. Ensuite, avec le temps, la sphère publique s’est développée dans des missions où sa présence et son utilité sociale sont moins spectaculaire alors que son coût reste élevé, et cela est encore plus vrai quand ces missions sont opérées par différentes équipes – l’aide au développement économique est ainsi un sujet sur lequel villes, départements et régions se marchent sur les pieds, ce qui rend les choses illisibles pour le bénéficiaire et particulièrement coûteux pour le contribuable. Cet enchevêtrement confine parfois au sublime, j’ai ainsi rencontré récemment un fonctionnaire de région dont le job consistait à faire se parler entre eux les directeurs de la communication de chacun des départements constituant la région et, bien sûr, du directeur de la communication de la région. On peut me raconter ce qu’on veut, Guillaume, je ne suis pas convaincu que cet emploi là contribue le moins du monde ni au bien collectif, ni a fortiori à la compétitivité du pays – je rappelle tout de même que, pour payer plus de fonctionnaires, il faut prélever plus d’impôts, ce qui est modérément favorable et à la consommation, et à la production… Pour résumer, les fonctionnaires, c’est très bien, mais trop de fonctionnaires, c’est mauvais – et vu notre glorieux taux d’équipement, très supérieur à celui de tous les autres grands pays, il me paraît difficile de plaider qu’on n’est pas passés depuis longtemps de l’autre côté du cheval…

Et est-ce qu’une inversion de tendance vous paraît possible ?

Je le disais, la croissance des effectifs s’est ralentie, beaucoup de collectivités ont cessé de recruter ces derniers mois, tout cela est assez bon signe. Et puis, la pyramide des âges est favorable, dans les années qui viennent, des centaines de milliers de fonctionnaires vont partir à la retraite, il suffirait de ne pas tous les remplacer pour que, doucement, le repli puisse s’engager - c’est une occasion à ne pas manquer ! Encore faudrait-il pour cela que les Français en général et les politiques en particulier cessent de se bercer de l’illusion que tout emploi public est bon par nature, et que réduire la taille de la fonction publique est, en soi, un crime contre le progrès – je crains que le chemin ne soit bien long…

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