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Les chiffres du chômage sont tombés...

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Je sais bien, que vous vous demandez ce matin avec vos invités si la société est « malade du travail », et je ne veux pas anticiper sur vos débats, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle est malade du chômage, et gravement malade ! Les chiffres publiés hier sont une fois de plus très mauvais, 26 200 personnes de plus étaient sans emploi fin avril, c’est la troisième hausse mensuelle consécutive et c’est le 30eme mois de hausse depuis l’installation de François Hollande à l’Elysée. En tout, depuis juin 2012, la France compte presque 650 000 chômeurs de plus, autrement dit, le nombre de demandeurs d’emploi a progressé de pratiquement un quart – autant dire que, en demandant à être jugé sur le critère de sa capacité à combattre ce fléau, le Président s’est vraiment jeté dans la gueule du loup !

Il lui reste encore deux ans, la partie est-elle perdue pour lui ?

Tout dépend de quoi l’on parle. Si l’objectif est d’infléchir la courbe, d’obtenir que le chômage cesse de croître, alors, oui, c’est possible. Dès lors que la reprise des embauches suit normalement de quelques mois le redémarrage de la croissance, il est probable qu’un début de baisse du chômage surviendra enfin quelque part entre le milieu de l’été et la fin de l’automne – ce dont l’exécutif ne manquera pas de faire des gorges chaudes. Maintenant, si votre question porte sur la possibilité pour le Président d’avoir un bilan convenable en matière de chômage en 2017, alors là, la réponse est toute différente ! Même si la tendance s’inversait plus tôt que prévu, même si elle venait à être plus ferme que ce que l’on peut aujourd’hui raisonnablement imaginer, la France compterait malgré tout inéluctablement, à la fin du quinquennat, plusieurs centaines de milliers de chômeurs de plus qu’en 2012, cet élément là du bilan du Président sera fatalement catastrophique.

François Hollande continue-t-il à payer le prix de la crise de 2008 ?

Franchement, c’est très difficile à plaider, d’une part parce que, la crise, à la fin du septennat, ce sera tout de même une affaire vieille de 10 ans, et d’autre part et surtout parce que tous les autres grands pays ont enregistré, depuis 2012, des résultats bien, bien meilleurs que nous. Aux Etats-Unis, le chômage a par exemple pratiquement diminué de moitié depuis le pic de la crise, et au Royaume-Uni, on vient de repasser sous la barre des 6% - en France, je vous le rappelle, on se balade entre 10 et 11%. Alors vous me direz oui, mais nous, en est en zone euro – et, c’est vrai, les pays de la monnaie unique ont pris la double peine avec une première crise, comme tout le monde, en 2008, puis une rechute en 2010-2011. Très bien, alors, comparons entre pays de la zone euro : en Allemagne, le taux de chômage ne cesse de reculer et, à 6% et des poussières, il vient de tomber à son niveau le plus bas depuis la réunification. Espagne : là, c’est différent, c’est un paysage après la bataille, entendez après une crise terrible, le taux de chômage dépasse les 20%, oui mais, depuis un an et demi maintenant, il baisse mois après mois, au total il a reculé de 2 points et demi depuis janvier 2014. Dans tous ces pays, mois après mois, c’est par dizaines de milliers de postes que l’emploi se remplume, tenez, en Espagne, 118 000 emplois pour le dernier mois connu, 50 000 en données corrigées des variations saisonnières – excusez du peu ! Au total, il n’y a pratiquement plus qu’en France que le niveau de chômage 1. Est si élevé 2. Continue de grimper – il y a donc un CAS français, et c’est un mauvais cas !

Comment expliquer ça ?

Il y a des dizaines d’explications recevables à ce phénomène, Marc, mais trois sont à mes yeux fondamentales. D’abord, la démographie, la France est depuis un quart de siècle, avec la Suède, le dernier pays d’Europe où l’on fait des bébés, et c’est une très bonne nouvelle, mais, 20 ans plus tard, cela nous fait des bataillons de jeunes gens qui arrivent sur le marché du travail, ce qui n’est pas le cas chez nos voisins où la natalité est en berne – voilà une limite importante aux comparaisons. Ensuite, il y a la formation, le chômage est très fortement concentré sur les non-qualifiés, nous avons un problème fondamental avec notre école qui ne forme plus en proportion suffisante des jeunes gens correspondant aux demandes des employeurs. Alors, oui, il y a le problème des connaissances techniques, qui font parfois défaut mais il y a aussi le savoir-être de base, la maîtrise élémentaire de la langue française, de très nombreux demandeurs d’emploi sont, du point de vue de l’entreprise, pratiquement inutilisables – pardon de l’exprimer ainsi, mais c’est comme cela que c’est vécu par les employeurs. Enfin, troisième cause fondamentale du chômage, la faible propension à recruter de nos entreprises qui, elle, est directement liée à la surpression réglementaire et fiscale. On ne le dira jamais assez, en France, les marges de entreprises sont faibles, les impôts qui pèsent sur elles sont pratiquement sans égal dans le monde, les contraintes légales entourant l’activité en général et l’emploi en particulier sont considérables – et bien, quand vous avez peu d’argent, qu’une bonne partie est ponctionné par Bercy et que vous avez peur d’avoir des problèmes juridiques dantesques au moindre désaccord avec un salarié, devinez quoi : vous n’embauchez pas… Il est d’ailleurs intéressant de noter que le seul pays qui, lui aussi, voit le chômage grimper mois après mois et année après année, c’est l’Italie, l’Italie qui est également le seul pays avec la France où la pression fiscale et réglementaire est en spectaculaire décalage avec le reste du monde. De ce décalage, il nous est loisible d’être fiers, nous pouvons même nous en gargariser en parlant d’un « modèle », mais alors il ne faut pas se plaindre de voir le chômage gonfler mois après mois…

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