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Loi Macron : les faux arguments des lobbys

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Les députés viennent de commencer l’examen de la future loi Macron, et les lobbys se déchainent...
Ce texte entend dynamiser l’économie française en faisant sauter un certain nombre de blocages, et de même que, comme le disent les parlementaires, derrière chaque niche, il y a un chien qui aboie, de même, derrière chaque blocage, il y a un bénéficiaire qui n’entend pas se laisser dessaisir de ses protections. On a donc vu ces dernières semaines se déchainer ceux qui sont les plus impactés par la loi Macron, à commencer par les professions réglementées qui ont beaucoup à perdre à ce que se tarisse le flux de clientèle qui leur arrive à raison de leur monopole, en tout cas le flux de revenus qu’elles en retirent. Alors, entendons-nous bien, leur réaction est compréhensible, elle est même à certains égards légitime, on voit mal pourquoi les intéressés se laisseraient tondre sans couiner, sans essayer d’obtenir des aménagements. Mais cela ne signifie pas que l’Etat, lui, ou le politique, comme vous voudrez, doive céder à des manœuvres d’intimidation qui ressortissent parfois au chantage…

Peut-on vraiment parler de chantage ?

Quand une profession annonce que, si une réforme a lieu, alors des jobs seront détruits par milliers, je vois mal, Marc, comment ne pas qualifier cela de chantage à l’emploi. Or, c’est précisément ce que, par exemple, les notaires viennent de faire. Le Conseil supérieur du notariat affirme que, (je cite) « la loi Macron fera disparaître 10 000 à 15 000 emplois », et cette posture est déclinée en région, en Bretagne, les notaires affirment que près de 1000 emplois vont être éliminés - de quoi faire trembler des élus déjà traumatisés par les fermetures d’usine à répétition et qui, forcément, se demandent si le jeu en vaut bien la chandelle. Après tout, se disent-ils, on a très bien vécu jusqu’alors avec ce « droit de présentation » – comprenez, le droit de vendre sa clientèle – que la loi entend retirer aux notaires, et sans cette liberté d’installation des professionnels qu’elle entend introduire, alors pourquoi changer si c’est au prix de tous ces emplois ?

Pourquoi faudrait-il malgré tout introduire cette réforme ?

Et bien tout simplement parce que les emplois en cause ne disparaitront pas, il ne faut pas écouter les cassandre ! D’abord, sans rentrer dans les détails, le texte en débat au Parlement va imposer, sur certaines prestations, des prix négociés, donc réduits sous l’effet de la concurrence – alors, je conçois que cela soit déplaisant à une profession qui vivait plus ou moins à l’abri d’ une délicieuse grille tarifaire, mais cela n’a pas que des inconvénients. Pour les clients, c’est évident, mais, et on ne le dit pas assez, les notaires eux-mêmes – en tout cas les plus entreprenants d’entre eux – pourront y trouver leur compte : si leurs prestations sont plus abordables, alors elles seront plus attractives, ce sera donc à la profession de nous convaincre que certains actes aujourd’hui conclus sous seing privés gagneraient à recevoir l’estampille d’un homme de loi ! Ensuite, s’il ne fait pas de doute que certaines études qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé risquent de perdre une partie de leur chiffre d’affaires, il ne faut pas oublier que d’autres notaires, eux, vont pouvoir ouvrir leur affaire à la faveur de la liberté d’installation et, peut-être, prospérer. Pour évaluer les conséquences sociales de la réforme, il faut donc raisonner en dynamique, pas en regardant le simple impact à court terme sur le paysage tel qu’il existe aujourd’hui, et aussi et surtout en solde net, et non sur les seuls destructions d’emploi que l’on peut redouter en ne regardant QUE là où la situation va se dégrader – ce que les lobbies, vous vous en doutez, se gardent bien de faire…

Finalement, il n’y aura pas de pertes d’emplois chez les notaires ?

Il est probable que, au total, il y ait demain un peu moins d’emplois qu’aujourd’hui dans ce secteur. Mais cela ne suffit pas à condamner la réforme, même sur le critère de l’emploi ! C’est toute la beauté de l’économie, que le grand économiste français Frédéric Bastiat résumait de la manière suivante : « Il y a ce qui se voit, et ce qui ne se voit pas ». Car en face des emplois qui disparaîtront, et qui seront dûment médiatisés, beaucoup d’autres apparaîtront, que personne ne remarquera, parce qu’ils ne seront pas directement connectés à la réforme. Pour faire simple, si vous ou moi dépensons moins demain en frais de notaire – et cela est encore plus vrai pour les grandes entreprises du secteur de l’immobilier qui lâchent des millions chez les notaires -, alors nous récupérerons du pouvoir d’achat que nous emploierons à autre chose, et cette autre chose se traduira forcément en emplois. Le hic, c’est que personne ne pourra retracer la transformation des quelques centaines d’euros que nous aurons économisés à la signature d’un acte de vente en porte-savon ou en hamburgers, et que rien ne viendra prouver que, si Bouygues ou Unibail ou Altarea Cogedim recrutent un peu plus, ce sera pour partie parce qu’ils abandonneront un peu moins d’argent à leurs notaires. Ces nouveaux emplois seront donc partout et nulle part en particulier, mais la collectivité en bénéficiera, elle gagnera, aussi, en efficacité, puisque les prestations des notaires seront rendues à leur prix, et pas plus cher que nécessaire.

Les notaires méritent donc notre amitié et notre respect, mais pas qu’on les laisse continuer à vivre à l’abri de remparts qui leur permettent d’avoir plus de troupes que ce qui est requis – ou bien alors, il faudrait d’urgence instaurer un quota pour limiter le nombre de concessionnaires automobiles ou de bouchers-charcutiers afin que eux aussi deviennent suffisamment dodus pour pouvoir recruter des bras inutiles, on voit là toute l’absurdité du raisonnement malthusien qui est fatalement celui des professions réglementées, mais qui ressortit purement et simplement au sophisme…

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