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Perfect storm

5 min
À retrouver dans l'émission

L’ inquiétude monte à propos de l’économie mondiale en 2016

Peu d’entre nous l’auraient imaginé il y a seulement quelques mois, Guillaume, rappelez-vous, on parlait alors avec enthousiasme du fameux alignement des planètes avec des taux d’intérêt faibles, un prix du pétrole faible et en prime, dans la zone euro, une devise faible, le tout formant une combinaison prometteuse de croissance - mais, de fait, les anticipations se sont violemment retournées au cours des dernières semaines, et certains craignent maintenant carrément une nouvelle crise mondiale. La bourse, d’ailleurs, avait été à l’avant-garde de ce mouvement puisque depuis l’automne elle ne cesse de baisser – hier, les indices étaient bien orientés mais, au cours des 6 mois passés, les actions ont perdu en moyenne près du quart de leur valeur, et la chute a été spectaculaire depuis le début 2016. Au total, il faut remonter à 2010, avec la crise de l’euro, pour retrouver une telle anxiété générale, et ce changement de contexte tombe particulièrement mal pour nous puisque, fût-ce avec beaucoup de retard et un peu mollement, la France commençait tout juste à sortir du trou…

 Mais qu’est-ce qui inquiète tant ?

 Justement, un peu tout, et c’est bien cela qui fait trembler le petit monde des affaires. En réalité, la hantise générale est celle d’une « perfect storm », vous savez ces tempêtes majeures qui apparaissent quand tout se combine, grande marée, vents violents, dépression etc… Et si la croissance américaine s’arrêtait ? Et si la Chine plongeait en même temps ? Et si l’Europe renouait avec la crise de la dette publique ? Et si les banques faisaient faillite ? – voilà entre autre les questions que se posent les experts, et comme ils n’excluent pas que tout cela arrive en même temps, évidemment, ils ne sont pas qu’un peu émus...

 Et quelle est la réalité de tous ces risques, la probabilité qu’ils se matérialisent ?

 Ce qui est incontestable, c’est que toutes les inflexions récentes ou presquze vont dans le mauvais sens. Aux Etats-Unis, les résultats des entreprises marquent le pas, ce qui est assez normal après presque sept ans de hausse ininterrompue, mais c’est évidemment peu engageant : une entreprise qui gagne moins recrute moins et dépense moins. En Chine, les retraits de capitaux étrangers se poursuivent et les statistiques macroéconomiques, quoi qu’elles soient notoirement manipulées, sont mal orientées. En zone euro, malgré l’action extrêmement résolue de la Banque Centrale qui a été jusqu’à fixer des taux d’intérêt négatifs, du jamais vu, l’endettement ne se réduit pas, l’investissement reste assez faible et les prix sont tout près d’être orientés à la baisse, ce qui n’est pas bon signe. Et puis, bien sûr, et c’est toujours le problème avec la bourse, dont les prophéties sont auto-réalisatrices, le seul fait que les marchés aient beaucoup baissé est mauvais, ET pour la consommation parce que les ménages se sentent moins riches, ET pour l’investissement parce que les entreprises se sentent moins sûres de trouver des financements. Voyez que si le cocktail n’est pas forcément aussi empoisonné que ne le craignent les pessimistes, il comporte tout de même peu d’ingrédients goûteux…

 Mais comment expliquer ce retournement ?

Philippe : En gros, il y a trois grandes séries de raisons. Première raison : l’économie est cyclique et après une si belle série d’années glorieuses, les ERtats-Unis ne peuvent pas ne pas, un jour prochain, ralentir – c’était attendu, même si personne ne sait si c’est pour février 2016 ou décembre 2017 ou encore une autre date. Or, l’économie américaine pèse un petit quart de celle de la planète, si bien que son seul ralentissement aura, le moment venu, un impact mondial. La Chine elle aussi est condamnée à un atterrissage après, elle, 25 années d’un rattrapage spectaculaire mais qui n’a été acquis qu’au prix d’excès patents en matière d’endettement privé et d’investissement publics. Chine plus Etats-Unis : une double récession de ces géants, qui n’est pas fatale mais pas impossible, laisserait peu de chances aux autres de prospérer. Deuxième raison : l’Europe ne parvient pas à vraiment redémarrer, si bien que l’hypothèse de sa rechute n’est pas absurde. Beaucoup de pays sont sortis du trou et ont massivement créé des emplois en 2015, Irlande, Espagne, Royaume Uni, mais pas tous, suivez mon regard, et certains commencent déjà à peiner – l’Allemagne souffre des hoquets de la Chine, un de ses principaux clients, le Royaume-Uni se cherche un second souffle et le débat sur le Brexit n’est pas de nature à créer de la sérénité outre-Manche.

 Vous parliez d’une troisième raison ?

 Celle-ci est un peu paradoxale, mais nous souffrons aussi d’un excès de bienfaits. La baisse des taux commence à peser sur les perspectives de rentabilité des banques, et la baisse du pétrole a pris tellement d’ampleur que les pays producteurs souffrent économiquement et même parfois deviennent politiquement instables, sans compter que nombre d’entreprises pétrolières américaines spécialisées dans le gaz de schiste sont étranglées alors même qu’elles ont contracté des emprunts massifs auprès des banques – on y revient…

Au total, le paysage est clairement moins radieux qu’à la mi-2015, ce qui justifie à la fois la baisse des marchés et pas mal d’inquiétude. Cela dit, la « perfect storm » est un phénomène très rare et, de tous les risques que j’ai décrits, certains seulement se matérialiseront vraiment. Mais, comme vous le savez, ni les experts ni les marchés ne sont connus pour leur sens de la nuance si bien qu’après avoir longtemps vu la vie en rose, il est presque naturel qu’ils broient aujourd’hui du noir…

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