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Plan chômage

5 min
À retrouver dans l'émission

François Hollande a donc tiré hier ses dernières cartouches contre le chômage…
Oui, c’est le plan de la dernière chance pour le président de la République, il sera sans doute candidat à sa propre succession dans 15 mois seulement et son bilan est aujourd’hui catastrophique sur ce front : 650 000 chômeurs de plus depuis son élection, c’est un véritable cauchemar… On comprend donc qu’il s’attelle au sujet, on comprend moins, évidemment, qu’il décrète seulement aujourd’hui l’ « urgence », pour reprendre ses mots, comme s’il ne s’était pas rendu compte auparavant qu’il y avait un petit problème de ce côté-là, comme si l’urgence n’existait pas dès son arrivée à l’Elysée. Cette prise de conscience tardive et pratiquement assumée comme telle est réellement singulière. La seule explication que j’y voie c’est que, normalement, le chômage baissera de lui-même au fil de l’année - ça fait plusieurs mois que je vous l’annonce, Guillaume : la baisse de l’euro, du pétrole et des taux d’intérêt ne peut pas, techniquement, ne pas aboutir assez rapidement maintenant à une amélioration de l’emploi. Dès lors, le calcul de François Hollande consiste probablement à s’agiter sur le sujet avec une certaine ostentation de manière que l’amélioration à venir soit mise à son crédit par l’opinion - cela s’appelle la politique…

Mais sur le fond, que faut-il penser de ce plan ?

D’abord, du bien sous au moins un angle important : le Président a promis qu’elles ne se traduiraient ni par plus de déficit, ni par plus d’impôt, d’autres dépenses seront réduites pour compenser son coût, nous dit-on, ce qui est excellent… si cela est vrai car on ne nous précise évidemment pas où les coupes seront effectuées – vous avez sans doute remarqué comme moi, Guillaume, que les dépenses nouvelles sont toujours très bien décrites tandis qu’on ne parle que vaguement et en général de celles que l’on dit que l’on va supprimer. Mais, passons, le seul fait que l’on ait soin de rappeler qu’on ne dépense pas sans compter est déjà une très bonne chose à mes yeux. Il y a d’ailleurs pas mal de bonnes choses dans ce plan, en tout cas dans les intentions, car le détail est moins enthousiasmant. Il s’agit en réalité d’un catalogue de mesures qui ont deux points commun. Le premier : elles reposent sur une analyse bien raisonnée de notre problème de sous-emploi, largement dû au coût du travail et aussi à la réticence des employeurs à s’engager de peur de se trouver coincés. Le second point commun est moins plaisant : pour l’essentiel, ces mesures sont soit déraisonnables dans leur ambition, soit, au contraire, insuffisamment concrètes – si bien qu’à l’arrivée, on ne sait plus trop quoi penser de cet ensemble…

Quelques exemples ?

Prenons le cas du CICE, vous savez, c’est ce crédit d’impôt institué il y a trois ans et qui permet aux entreprises de récupérer en fin d’exercice une partie de l’argent qu’elles ont dépensé en salaires et en charges sociales. Ce dispositif est utile, il allège le coût du travail de 2 à 3%, en particulier sur les petits salaires, ce qui correspond bien à nos besoins. Le problème, c’est qu’il n’est calculé qu’après la fin de l’exercice comptable, et que, pour un investisseur étranger en particulier, il est beaucoup moins attractif que des baisses de charges qui, elles, se verraient immédiatement sur la feuille de paye – et puis, cerise sur le gâteau, par définition, un crédit d’impôt n’est pas facile à récupérer pour les entreprises qui… ne paient pas d’impôt parce qu’elles sont en pertes et, elles, il leur faut pleurnicher pour que le fisc daigne leur faire un chèque. Justement, François Hollande a annoncé hier que ce CICE allait être transformé en baisses de charges : c’est très bien, les choses seront plus lisibles, plus simples, oui, mais la transformation est annoncé pour… 2018, c'est-à-dire après la présidentielle – autant dire que c’est un engagement vide de sens ! Il y a aussi la création d’un nouveau statut de l’entrepreneur, là encore, c’est tout à fait bienvenu, mais c’est aussi un dispositif de plus dans une panoplie déjà bien garnie, c’est aussi en contradiction avec le durcissement ridicule du statut de l’auto-entrepreneur qui vient tout juste d’être voté, tout cela est bien incohérent !

Il y tout de même le coup de pouce à la formation, et puis le contrat de travail !

C’est vrai et, là encore, ce sont des projets qui répondent à de vrais besoins. Mais, côté formation, on est presque dans le délire – tous les spécialistes disent que « la formation de 500 000 chômeurs de plus », cela est impossible techniquement en moins de quelques années, sauf à distribuer de très courtes formations bien peu prometteuses d’un job – et, côté contrat de travail, on reste enfermé dans les dogmes, celui des 35 heures par exemple : elles sont une fois de plus assouplies, avec des échappatoires plus nombreuses, mais elles resteront la norme légale, là encore, cela promet beaucoup de complexité pour peu de résultats tangibles.

Dans le fond, le cas des 35 heures résume assez bien l’ensemble du plan, Guillaume : il y a de l’idée, la conscience est visiblement désormais pleine et entière que notre modèle social est sur-contraint et que, hélas, le chômage en est le prix, mais on tremble à l’idée de changer vraiment les règles si bien qu’on poursuit la construction du même monument baroque en lui donnant des ornements qui tournent progressivement au rococo le plus indéfendable.

Quand un système a besoin de dérogations et d’allègements toujours plus nombreux, c’est en fait que ce système est mauvais et qu’il doit être changé, et il faudra bien un jour que, poussant le raisonnement jusqu’au bout, quelqu’un s’en avise et en tire les conséquences – manifestement, Guillaume, François Hollande a décidé qu’il ne serait pas celui là…

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