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Ministère de l'économie et des finances, Bercy , en octobre 2015

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Vous regrettez ce matin, le manque de moyens de l’Etat car aujourd’hui, il ne peut tout simplement plus remplir ses missions.

Ministère de l'économie et des finances, Bercy , en octobre 2015
Ministère de l'économie et des finances, Bercy , en octobre 2015 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

 Cela a toutes les raisons de vous surprendre, vous savez à quel point je ne suis pas l’ami de la dépense publique galopante qui caractérise notre pays, et pourtant, oui, je suis sincèrement désolé de voir que, de plus en plus souvent, l’Etat, chez nous, n’a plus les moyens de son action. Dans le fond, cette paralysie d’une puissance publique qui racle les fonds de tiroir quand elle y parvient et qui est souvent aux abonnés absents faute d’y parvenir est peut-être même le meilleur argument pour rompre avec nos mauvaises habitudes budgétaires. On a beaucoup critiqué ce « corset » que serait un traité de Maastricht imposé au pays par l’Union européenne au détriment de l’intérêt national, la vérité est en fait que revenir à un rythme de dépense plus raisonnable serait absolument dans notre intérêt dans la mesure où, aujourd’hui, l’Etat ne peut tout simplement plus remplir ses missions.

 Qu’est-ce qui vous permet de dire ça ?

 Il y a d’abord une mission de justice élémentaire qui n’est tout simplement plus dans les moyens de l’Etat : depuis quelques années, parce qu’il est acculé, il ne manque aucune occasion de faire les poches des contribuables y compris sur le mode le plus surréaliste. Deux exemples rapides : en 2010 si je me souviens bienn, on a appris fin décembre que les Plans Epargne Logement qui sont normalement exonérés d’impôt seraient rétroactivement taxés s’ils avaient plus de 10 ans – allez savoir pourquoi dix ans, allez savoir pourquoi on explique d’un coup aux intéressés que leur épargne à long terme, c’est mal, alors que là est précisément un objectif officiel de l’Etat… En fait, la seule explication de cette mesure indéfendable, c’est qu’elle rapportait une poignée de centaine de millions dont le ministère du budget avait grand besoin pour boucler son exercice. L’an passé, c’est mon second exemple, l’Etat a rendu obligatoires les mutuelles complémentaires, ça se comprend, mais quelques mois plus tard il a annoncé qu’il allait taxer les contributions ET des employeurs ET des salariés à ces mutuelles – là encore, taxer un effort de protection qu’on vient soi-même d’encourager n’a aucun sens, si ce n’est de faire rentrer la monnaie – et je pourrais allonger cette liste toute la matinée Guillaume…

 Là vous nous parlez de recettes fiscales, mais qu’en est-il de l’action de l’Etat que vous évoquiez ?

 Quand on est fauché, on ne peut pas faire grand-chose, c’est bien connu, et bien l’Etat a souvent été confronté à cette impossibilité ces derniers temps. La chute d’Areva a ainsi bien des causes, de l’accident de Fukushima aux gaz de schiste américains en passant par des erreurs de management, mais il faut reconnaître que, à plusieurs reprises, parce qu’il n’était pas fichu de soutenir les efforts de notre champion de l’atome, l’Etat l’a aidé à aller dans le mur – la cession forcée de la filiale T&D, le manque d’argent pour acheter quand il était temps des bonnes mines d’uranium ce qui a contraint Areva a acheter ce qu’il restait, c’est à dire une mauvaise mine payée au prix fort , etc – enfin, aujourd’hui, la nécessaire recapitalisation d’Areva se fait dans la douleur faute que l’Etat puisse seul y pourvoir comme il l’aurait évidemment fait sans coup férir il y a seulement 15 ou 20 ans. Au-delà de ce cas particulier spectaculaire, il y a tous ces innombrables petits témoignages de l’épuisement des finances publiques que l’on trouve partout en France, routes et trottoirs mal entretenus et inondés à la moindre grosse averse, murs durablement couverts de graffitis etc – tout cela, vous vous en souvenez, était caractéristique des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne dans les années 80, aujourd’hui, c’est chez nous que ça se trouve très couramment, hélas…

 L‘Etat peut-il malgré tout encore nous aider à nous projeter dans l’avenir ?

 Et bien non, justement pas, en tout cas pas comme il le faudrait. Je prends deux exemples : l’allocation universelle, vous l’avez vu, revient dans le débat public, et c’est une très bonne chose – vous savez, l’idée est de donner sans condition à chaque Français de 18 à 60 ans une somme de 400 ou 500 euros cumulable avec les revenus du travail, allocation qui se substituerait pour partie à la légion d’allocations sous condition de ressource que nous connaissons et qui ont de très grands inconvénients. L’idée est belle, certes, elle a peut-être même la capacité de nous permettre de progresser et dans la lutte contre la pauvreté et sur le front de l’emploi, oui, mais elle a un coût – il faudrait sans doute pouvoir mettre sur la table quelques dizaines de milliards d’euros par an, soyons clairs, on les a pas, mais alors pas du tout ! Même chose pour le service civique, ce serait une formidable contribution à ce projet d’intégration qui nous donne tant de mal, là encore, l’idée est à nouveau dans l’air et on ne peut que s’en féliciter, le problème c’est que le coût serait là encore d’une dizaine de milliards par an – résultat, faute d’argent, au lieu d’un service civique de 6 mois, qui est un minimum si l’on vise l’efficacité, s’appliquant à toute une classe d’âge comme c’était le cas du service militaire, on nous parle de mesurettes portant sur quelques dizaines de milliers de jeunes pour quelques pauvres semaines passées ensemble. Et comme je ne veux pas vous saper complètement le moral, et aussi par pudeur, je n’évoquerai pas ce matin, sauf en passant, la situation de quasi-mendicité dans laquelle nous nous trouvons vis-à-vis de puissances étrangères dont la fréquentation est douteuse, en tout cas les largesses à notre endroit peu compatibles avec notre dignité. A l’arrivée, la France est devenue une sorte d’illustration de cette vérité éternelle qu’un Etat pauvre est, dans tous les sens du termes, un pauvre Etat – il est décidément grand temps que nous retrouvions, en termes de dépenses, le sens des priorités. 

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