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Retour sur 2015

5 min
À retrouver dans l'émission

Et vous nous livrez aujourd’hui une sorte de bilan 2015 …
C’est une très mauvaise année pour les Français qui s’achèvera après-demain en matière économique mais pas seulement bien sûr tant il est vrai que 2015 aura d’abord été marquée par les attentats de janvier et de novembre – ce qui m’amène à vous proposer ce matin une réflexion plus large sur l’exercice du pouvoir durant cette année très particulière. Commençons par les quelques bonnes nouvelles de ces douze derniers mois, il y a eu par exemple la baisse des taux d’intérêt, elle permet à ceux qui en ont besoin de s’endetter à moindre coût, il y a eu aussi la spectaculaire baisse du prix des carburants, qui libère du pouvoir d’achat. Mais ce qui frappe c’est que, dans l’un et l’autre cas, le pouvoir n’y est pour rien – la baisse des taux, on la doit à la Banque centrale européenne, la baisse du prix de l’essence, elle est la pure et simple répercussion de la baisse du prix du baril, répercussion d’ailleurs limitée par la hausse des taxes qui se poursuit inexorablement, sachez Hervé que, dès vendredi matin, le litre de gazole vaudra ainsi 3 centimes de plus, 2016 commence remarquablement sur le front fiscal…

La hausse des impôts s’est tout de même ralentie en 2015 !

C’est vrai, mais ce n’était pas bien difficile compte tenu de l’extraordinaire frénésie fiscale qui avait précédé ! Et puis, entre la précédente hausse des taxes sur le carburant du début 2015, le relèvement de la CSG pour les retraités ainsi que l’augmentation de la redevance, sans parler des impôts locaux, on est loin de la pause fiscale qu’on nous annonce régulièrement. Il y a cependant UNE chose qui a changé cette année, Hervé, c’est que l’exécutif admet enfin que la purge fiscale qu’il a infligée au pays était une erreur – François Hollande l’a confessé en passant en septembre, Manuel Valls lui a explicitement reconnu que cette hausse avait (je cite) « pesé lourdement sur l'activité économique ». De fait, la croissance aura continué à se trainer en 2015, l’année se soldera sans doute par un maigre 1,1%, bien trop peu pour que s’inverse enfin la courbe du chômage – la France compte 74 000 demandeurs d’emploi de plus qu’il y a un an. C’est LA très mauvaise nouvelle de l’année d’autant que, du Royaume-Uni, qui aura créé cette année 500 000 emplois, à l’Espagne ou à l’Italie, partout, le chômage reflue – par contraste, l’échec français est patent. Un exécutif qui est aux commandes depuis 3 ans et demi et qui reconnaît avoir commis une énorme bourde économique en début de parcours peut difficilement s’exonérer de sa responsabilité dans ce désastre…

Mais, 2015 aura surtout été marquée par des événements d’un tout autre ordre…

Evidemment, s’il fallait retenir une chose, une seule de 2015, ce seraient les terribles attentats qui ont endeuillé le pays à deux reprises. Mais, à deux reprises aussi, le pays a fait corps, il s’est uni dans la réprobation et dans l’affliction, cela n’allait pas de soi et c’est une source de satisfaction. Dans ces circonstances si spéciales et si douloureuses, le pouvoir, on ne peut pas le nier, a été, à chaud, irréprochable, François Hollande en tête. Il n’empêche qu’on ne peut, à mon avis, lui donner quitus. D’abord parce que les attentats n’ont pas été évités et que des erreurs ont très probablement été commises à cet égard – il suffit, pour s’en convaincre, de lire la presse étrangère qui, sans doute moins inhibée que la presse française, les a dûment pointées. Certes, l’erreur est humaine, mais il se trouve que, sans doute, certains manquements sont attribuables à une mauvaise coordination entre les services spécialisés, y compris le soir même du Bataclan où, affirment en privé de nombreux experts, un temps précieux a été perdu en bagarres entre factions au sein des services de sécurité. Le moins que l’on puisse espérer est que toute la lumière soit faite sur ces dysfonctionnements et que des conséquences opérationnelles en soient tirées, mais il faudrait pour cela un minimum de transparence, ce à quoi nous n’avons hélas pas eu droit jusqu’alors. Le spécialiste des questions de Défense François Heisbourg a raison qui demandait avant-hier dans le Journal du dimanche la création d’une commission d’enquête, notre démocratie ne peut pas s’accommoder du silence.

Des mesures ont tout de même été prises, par exemple l’état d’urgence…

Précisément, c’est mon second reproche à l’exécutif sur ce sujet. Qu’il faille, au moment des attentats, donner des pouvoirs supplémentaires à la police, cela s’entend. Mais un état d’urgence d’une durée de trois mois, je ne le comprends pas, pas plus que je ne comprends la révision dans la hâte de la constitution. Les forces de sécurité sont dans leur rôle en se saisissant de ce type d’occasion pour essayer de déplacer le curseur, et elles le font systématiquement, mais l’exécutif, lui, doit impérativement mettre en balance les droits fondamentaux avec la mobilisation des moyens que réclament les policiers. Mon opinion est qu’il ne l’a pas fait, qu’il a au contraire très vite cédé à la tentation de renforcer son propre pouvoir à la faveur des événements – tentation hélas classique dans notre pays à la culture politique très teintée d’absolutisme. Si l’on résume, nous avions jusqu’à il y a peu une police antiterroriste efficace et des libertés publiques à peu près respectées, nous avons eu, en 2015, une dégradation sur les deux fronts, ce n’est pas brillant.

Hier matin, Hervé, dans cette émission, Brice Couturier évoquait à juste titre l’utopie bien française du « despotisme éclairé ». C’est une néfaste utopie, mais à laquelle le peuple veut bien croire quand les résultats sont là. Il me semble que, en 2015, dans tous les domaines, c’est une absence de résultats plus spectaculaire que jamais qui s’est manifestée – il ne faut pas s’étonner que, de la fraude fiscale au vote protestataire, le peuple joue de moins en moins volontiers le jeu du despote…

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