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Risque d’anesthésie

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En ce début d’année,on parle moins des problèmes économique de la France. Pourquoi ?
Autant l’espace public était saturé, fin 2014, de déplorations et de sombres pronostics s’agissant de l’économie française, autant la question de la faiblesse de notre conjoncture est passée au second plan en ce début d’année. La première explication de ce changement est évidente, depuis les attentats de la première semaine de janvier, nous avons, et c’est bien légitime, la tête ailleurs qu’aux questions économiques. Mais il y a une deuxième explication à cette évolution c’est que, depuis quelques mois, de fait, les éléments semblent nettement moins déchainés contre l’économie de notre pays - on pourrait même dire que, à certains égards, nous bénéficions d’un contexte exceptionnel et presque forcément prometteur, sur le front économique, de bonnes nouvelles en 2015 - ce qui n’était pas gagné il y a seulement deux ou trois mois.

Qu’est-ce qui a changé, justement, durant ces deux ou trois mois ?

Et bien un alignement des astres extrêmement favorable vient de s’opérer, et il intéresse trois déterminants-clés de l’activité économique. Depuis plusieurs années, nous bénéficiions déjà de taux d’intérêt remarquablement bas, ce qui est bon pour l’activité, et bien ces taux ne remontent pas, mieux, ils continuent à baisser, le crédit est TRES bon marché, c’est notre premier élément de contexte positif. Deuxième élément : l’euro a fondu d’un bon 10% supplémentaire depuis trois mois, au total, il a perdu presque 20% depuis le printemps dernier, cela rend nos produits et services meilleur marché et donc plus désirables, ça aussi, c’est bon pour l’activité. Enfin, troisième facteur positif, le prix du pétrole s’est effondré, il a chuté de 50% depuis l’été dernier, c’est autant de dépenses en moins pour nos industriels. Au total, grâce à tous ces facteurs, on peut d’ores et déjà dire que la croissance en France sera bien supérieure en 2015 à ce qui était attendu, l’investissement devrait se raffermir et probablement même l’emploi cesser de se dégrader, nous sommes donc dans un paysage complètement différent de celui, dévasté, de l’automne 2014.

Après avoir longtemps désespéré, peut-on dire que la France est à la veille d’une vraie reprise ?

Oui, et non, pardon pour cette réponse de Normand, mais vous allez comprendre… Oui, parce que, même si le grand public ne s’en rend pas forcément compte, les évolutions que je viens de pointer peuvent, dans certains cas, avoir des effets extrêmement positifs sur la propension des entreprises à se projeter de nouveau vers l’avenir. Un seul exemple, la baisse de l’euro, et bien, pour une entreprise industrielle en situation d’hyper-concurrence, les 10% gagnés ces dernières semaines, ils changent tout ! 10%, d’abord, c’est souvent plus que ce qui, dans une négociation, vous fait décrocher ou non un contrat à l’export – là, ils sont obtenus sans efforts, c’est une bénédiction. 10%, c’est plus, aussi, que la marge de bien des entreprises, la marge c'est-à-dire le profit réalisé en proportion des ventes – autrement dit, pour un exportateur, la baisse de l’euro a des effets potentiellement très spectaculaires sur le bénéfice exprimé en euros qui peut, dans certains cas, se trouver quasiment doublé. Cet effet multiplicateur change donc radicalement la donne en termes de capacités à investir, à recruter et à se développer sur d’autres marchés - un entrepreneur me parlait la semaine dernière d’un effet « vortex », d’une spirale ascendante qui pouvait, selon lui, se manifester dès le deuxième trimestre de cette année à la faveur de la bienheureuse conjonction astrale que j’évoquais tout à l’heure, euro faible, crédit facile et pétrole bon marché…

Donc, la dynamique est là, alors pourquoi cette réserve, pourquoi rester méfiant ?

Notre problème, c’est que tout est relatif , en tout cas que nos difficultés économiques sont, en grande partie, relatives. Car la France souffre certes d’un contexte déprimé, et ça, on vient de le voir, ça va s’arranger, mais elle souffre aussi et surtout d’un manque de compétitivité, autrement dit, nous ne sommes pas assez affûtés par rapport aux autres, par rapport aux producteurs des autres pays. Or, ce problème là, il ne va pas disparaître avec la baisse du pétrole, qui profite également à tous, aux autres autant qu’à nous, ni même avec la baisse de l’euro, qui bénéficie autant aux Allemands ou aux Espagnols, par exemple, qu’aux Français. Concrètement, nos principaux clients, nos principaux fournisseurs et nos principaux concurrents sur les marchés internationaux mais aussi sur le marché français, ce sont l’Allemagne, l’Italie, la Belgique et eux aussi voient la baisse de l’euro et du pétrole leur tomber dessus comme une manne céleste – si bien que nous ne progressons aucunement par rapport à eux en termes de compétitivité.

Il est donc essentiel que le gouvernement ne se laisse pas anesthésier par les bonnes nouvelles internationales, qu’il ne relâche pas ses efforts réformateurs, qu’il poursuive et même qu’il amplifie le chantier à peine entamé d’allègement de ce surcroît d’impôt, de bureaucratie et de dépense publique qui caractérise notre pays, et qui empêche nos entreprises de donner, face à leur concurrentes étrangères, toute la mesure de leur excellence.

Oui, les vents mauvais ont cessé de souffler sur la maison France, mais cela ne nous dispense pas de remettre l’intérieur en état, et il reste à cet égard beaucoup, beaucoup de travail à accomplir !

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