LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Singes, fléchettes et performances boursières

5 min
À retrouver dans l'émission

Rassurez-vous, je ne vais pas utiliser la noble antenne de France Culture pour faire du vulgaire conseil boursier, mais j’aimerais ce matin vous entretenir d’un intéressant mystère économique : pourquoi existe-t-il des gérants dans le monde de l’investissement boursier ?

<source type="image/webp" srcset="/img/_default.png"data-dejavu-srcset="https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2015/05/a63294de-fef7-11e4-adec-005056a87c89/838_rtxzv5d.webp"class="dejavu"><img src="/img/_default.png" alt="Les associations finiront-elles un jour par être cotées en bourse ? " class="dejavu " data-dejavu-src="https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2015/05/a63294de-fef7-11e4-adec-005056a87c89/838_rtxzv5d.jpg" width="640" height="412"/>
Les associations finiront-elles un jour par être cotées en bourse ? Crédits : Reuters

La question peut sembler saugrenue, chacun sait que la bourse est un univers d’experts et qu’ il vaut mieux faire appel à un professionnel plutôt que de s’en remettre à nos pauvres analyses forcément parcellaires. Il faut, aussi ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, en langage financier, ça s’appelle diversifier son portefeuille, et pour cela, il faut connaître un grand nombre d’actions – là encore, cela justifie que l’on confie ses économies à un spécialiste.

Où est le « mystère », vous venez de nous montrer qu’un gérant est bien utile !

Absolument, si ce n’est que, et c’est là que ça devient troublant, aucun gérant ne parvient jamais à battre le marché. Alors, oui, bien sûr, sur le court terme, vous trouverez tous les ans des gérants qui font mieux que la performance globale des marchés actions, laquelle se mesure à partir des indices boursiers – vous savez, c’est le fameux CAC40, ou bien encore par exemple le Dow Jones. Mais, sur le long terme, bernique, personne ne bat l’indice. Une étude sur les performances des 2862 principaux fonds où l’on peut investir aux Etats Unis vient ainsi de montrer que, sur cinq ans, aucun n’avait réussi à battre le Dow Jones. Sur un an, les champions qui font mieux que le marché sont quelques centaines sur les 2862, au bout de trois ans, ils se comptent en dizaines, après 5 ans, il en restait deux lorsque l’étude a été publiée l’été dernier mais, depuis, l’un et l’autre ont chuté en dessous de l’indice, à l’arrivée, il n’y a donc plus personne. Et c’est là qu’est le mystère que j’évoquais, Marc, vous prenez des super-pro qui passent leur journée à sélectionner des valeurs et à monter des stratégies de placement, et ils font moins bien que la moyenne du marché dont n’importe qui peut dupliquer la performance en achetant tout bêtement des indices boursiers, avouez que c’est un peu contrariant… On en est aujourd’hui au point où beaucoup de grands investisseurs ont carrément basculé, ils ont renoncé à la gestion dite « active », celle justement assurée par des gérants, et, ils misent tout sur les indices, pas de salaires à payer, pas de bureaux à entretenir, pourquoi se priver ?...

Alors est-ce la fin des gérants ?

C’est en tout cas une sacrée menace pour eux, d’autant que, même dans la dimension prise en compte des besoins particuliers du client, imaginez-vous qu’on voit maintenant apparaître des robots-investisseurs ! Le client coche une poignée de cases sur internet, âge, horizon de placement, degré d’aversion au risque et, hop ! le robot se charge de faire la tambouille qui vous convient, en réalité il combine les indices, puisqu’il y en a plusieurs, selon la recette idéale pour votre profil. Là encore, un robot, ça coûte un peu cher au début, mais ensuite, ça n’est pas très gourmand en salaire ni en notes de frais. Notez bien que le robot, ça n’est pas la pire humiliation qu’aient connue les gérants, le Wall-Street Journal, lui les a fait concourir contre, tenez-vous bien, des singes qui lançaient des fléchettes sur la liste complète des actions disponibles à l’achat – c’était en fait une idée du Pr Burton Malkiel, de Princeton, qui avait assuré que des chimpanzés avec les yeux bandés feraient mieux que des professionnels. Et bien, défi relevé, et là encore, au bout de six mois, même si les gérants ont parfois gagné, ils perdaient beaucoup plus souvent que les singes - j’imagine que c’est le genre de « compet’ » dont on ne sort pas indemne…

Comment expliquer ça ?

L’explication théorique, c’est celle des marchés efficients. Les marchés sont imbattables parce que convergent vers eux toutes les informations disponibles, des informations qu’aucun être humain ne peut à lui-seul traiter ni même d’ailleurs collecter. Plus prosaïquement, il y a aussi des facteurs psychologiques importants. En réalité, même les plus aguerris des gérants ont inconsciemment ce qu’on appelle des « biais », ils favorisent tel type de valeur, ou telle devise, ou bien ils sont optimistes ou encore pessimistes de nature. Quand ce biais se trouve, sur une année par exemple, entrer en résonnance avec le marché, le gérant va réussir, sur une courte période, à faire mieux que les indices, puisqu’il ira dans le même sens que le marché, mais plus intensément en raison de son biais. Le problème c’est que, un jour, le marché se retournera, ou bien changera de lubie alors que le gérant, lui, conservera généralement le même biais durant la période suivante, ce qui lui permettra cette fois de s’étaler dans les grandes largeurs…

Y a-t-il malgré tout des arguments en faveur des gérants ?

D’un point de vue purement technique, ce serait assez logique qu’ils disparaissent, et pourtant, ce n’est pas le plus probable, ne serait-ce que parce que la présence humaine a aussi des avantages. En aviation civile, on sait ainsi que la quasi-totalité des accidents sont dus à des erreurs de pilotage, oui mais seriez-vous plus rassuré d’embarquer dans un avion sans pilote même s’il était parfaitement sûr ? – je ne le crois pas. Et bien, de la même manière, le jour où il y a un krach, par exemple, l’épargnant n’est pas fâché de pouvoir appeler son gérant pour comprendre ce qui se passe, pour se rassurer et, le cas échéant, ne pas vendre en panique, toutes prestations qu’un robot aurait du mal à assurer – voyez que, là aussi, la présence humaine compte et que le pilote, même faillible, reste irremplaçable…

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......