LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Stabilité/sécurité

5 min
À retrouver dans l'émission

La France va-t-elle de nouveau manquer l’an prochain son objectif de déficit, c’est la question du jour...
On sait que la France est particulièrement mauvaise élève s’agissant du respect des critères de Maastricht, 2015 est la septième année que nous passons au dessus de la barre qui fixe à 3% du PIB le déficit maximum admissible et, par deux fois, en 2012 puis à nouveau cette année, alors que nous avions pris des engagements de retour en dessous de ces 3%, nous avons arraché de la Commission un nouveau délai – cette désinvolture est à peu près unique en Europe. Or, Michel Sapin l’a confirmé, nous allons de nouveau sortir en 2016 de la trajectoire sur laquelle nous nous étions engagés puisque les dépenses supplémentaires annoncées il y a huit jours par le Président de la République ne seront pas compensées par des économies – plus de dépenses ici, pas moins là, cela signifie forcément, à l’arrivée, un déficit en hausse…

Avec tout de même quelques raisons de dépenser plus, puisqu’il s’agit de lutte antiterroriste au lendemain des attentats de Paris !

Il est tout à fait exact que la France doit dépenser plus pour sa sécurité, je le disais moi-même dans cette chronique la semaine dernière, et les événements dramatiques que nous venons de connaître interdisent absolument d’ergoter sur ce point. La question est de savoir si cela nous conduit fatalement à plus de dépenses au sens large et, là, la réponse est non. On peut en effet tout à fait imaginer que le surcroît de dépenses engagé du côté de la sécurité soit compensé par des économies sur d’autres postes, c’est même l’usage constant dans ce genre de circonstances : quand la nécessité impose d’ajouter des crédits - catastrophe naturelle ou intervention militaire par exemple -, Bercy l’admet tout à fait mais veille à ce que d’autres crédits soient gelés à due concurrence. Or, c’est ce qui n’arrivera pas cette fois, et c’est très étrange…

Je vous sens suspicieux...

Ecoutez, j’ai trouvé comme tout le monde que le discours de François Hollande devant le Congrès méritait toutes sortes de louanges, mais, oui, je confesse que j’ai un peu tiqué lorsque le Président a dit (je le cite) : « Le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité » (fin de citation). Comme je viens de vous le dire, on aurait tout à fait pu imaginer de geler des crédits à hauteur des dépenses supplémentaires et je me demande pourquoi cette option n’a pas été retenue. Il ne vous aura pas échappé que 2016 est une année pré-électorale et, malheureusement, c’est un contexte favorable à la dérive de la dépense publique - que le gouvernement soit de droite ou de gauche, il a tendance, quand un scrutin se rapproche, à amadouer l’électeur en arrosant ici ou là, fût-ce au prix d’une dérive des comptes publics. Est-ce dans cette perspective qu’on fait aujourd’hui passer le pacte de stabilité au second plan en se servant des événements récents pour le justifier ? – je dois vous dire que j’hésite même à formuler cette hypothèse, mais il y a un indice inquiétant en ce sens : au total, les dépenses supplémentaires annoncées ne pèsent « que » 0,03 point de PIB, autrement dit, à elles seules, elles auraient à peine déplacé le curseur de notre déficit final et Bruxelles aurait évidemment fermé les yeux. Dans ces conditions, pourquoi dire haut et fort que l’on ne se sent plus tenu par le pacte de stabilité, mystère… On finira bien en tout cas par le savoir : soit nous tenons nos objectif officiels 2016 à epsilon près, cet epsilon correspondant au dépenses supplémentaires de défense et de sécurité annoncées, soit nous sortons carrément des clous, et, là, il y aura une autre explication à la dérive.

Peut-être ces objectifs sont-ils plus difficiles à atteindre que prévu, peut-être devient-il impossible de réduire encore la dépense publique ?

C’est ce que l’on entend souvent au Parlement et dans les ministères, mais la vérité est que la gabegie publique est considérable. Une simple anecdote, je discutais il y a quelques mois avec le maire d’une commune qui a en fait été intégrée dans la banlieue d’une de nos très grande métropoles, et cet élu m’expliquait qu’il venait d’engager deux contractuels pour dessiner et mettre en œuvre une politique culturelle pour sa petite ville, avec tournées d’artistes connus et grands spectacles. Honnêtement, est-il bien raisonnable de créer une offre culturelle autonome dans cette une commune qui est à 5 km du périphérique de la ville centre où l’on trouve chaque soir une très grande variété de spectacles ? – je crois que poser la question, c’est y répondre. Mais ce maire sait que les complexes mécanismes de redistribution entre communes ainsi que les dotations de l’Etat lui permettront de faire financer ses caprices par d’autres que ses électeurs et donc, pour leur plaire, il dépense sans vraiment compter. Des anecdotes comme celles-ci, j’en ai des dizaines à votre disposition, et toutes indiquent que la dépense publique inutile est, dans ce pays, très élevée. A condition de la réduire, il y aurait donc largement la place, si je puis dire, dans nos comptes publics, ET pour un accroissement de la dépense de sécurité ET pour une réduction des déficits. Je ne sais pas si vous étiez né, Guillaume, mais le dernier budget à l’équilibre dans notre beau pays remonte à… 1974 et, cette année là, les dépenses militaires représentaient 3,8% du PIB, soit plus d’une fois et demi leur poids actuel – c’est dire qu’on peut être ET vertueux, ET responsable et que la France, dans un passé pas si lointain, savait être ET l’un ET l’autre, dommage, vraiment, que nous ayons perdu la recette…

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......