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Statut des fonctionnaires

4 min
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Vous avez été frappé par la polémique sur le statut de la fonction publique…
Ce qui m’a avant tout frappé, c’est la réaction outrée d’une grande partie des responsables politiques, aussi scandalisés que si Emmanuel Macron avait commis l’irréparable. Or, le crime me semble légèrement moins grave que ce que laisse à penser cette levée de bouclier : le Ministre de l’Economie s’est contenté de dire que le statut de la fonction publique n’était (je cite) « plus adéquat, plus justifiable compte tenu des missions » (fin de citation). Personnellement, ce jugement me paraît frappé au coin du bon sens, ne serait-ce que parce que ce corpus de règles qu’on appelle « le statut » date pour partie du milieu du siècle dernier et, pour sa partie substantielle la plus récente, de 1983 – or, depuis, il y a tout de même deux ou trois petites choses qui ont changé sur la planète… Cela dit, je peux parfaitement admettre qu’on pense autrement – ce que, en revanche, je ne comprends pas, c’est que la question soit taboue et qu’un ministre ne puisse tous simplement pas s’exprimer sur ce sujet très important

Emmanuel Macron a certes été recadré, mais le débat n’est quand même pas interdit !

Et bien vous ne croyez pas si bien dire, je ne sais pas si vous avez lu la réaction du Président de l’Assemblée nationale mais lui, il assume, ce débat, il ne s’embarrasse même pas à entrer dans, il le décrète tout simplement malvenu ! Dimanche, interrogé sur ce sujet et sur ce qu’avait dit Macron, un Claude Bartolone tout emporté a déclaré (je cite) « Il y a des choses qui ne se disent pas !» (fin de citation) - on a déjà vu de plus touchants témoignages d’ouverture à la libre expression des opinions ! Au passage, on remarquera que la formulation même utilisée par Bartolone est assez troublante, quelque chose qui « ne se dit pas », ce n’est pas forcément quelque chose de faux, non, c’est juste quelque chose qu’on ferait mieux de garder pour soi… Autrement dit, il ne s’agit pas d’apporter la contradiction à Emmanuel Macron au motif que son analyse serait erronée, mais plus prosaïquement, pour reprendre la délicieuse expression de Francis Blanche dans les Tontons flingueurs, de lui « intimer l’ordre qu’il ferait mieux de fermer son claque-merde ».

Mais il y a là un enjeu électoral très important !

Oui, l’argument est connu, les fonctionnaires, c’est le cœur de l’électorat PS, donc il ne faut pas leur faire de peine – surtout à 3 mois de régionales qui s’annoncent très mal pour les socialistes. A cet argument, tout à fait audible aussi trivial fût-il, il me semble cependant que l’on peut apporter deux réponses. La première, classique mais qui n’en est pas moins valide, c’est que l’intérêt général ne doit pas être sacrifié aux intérêts particuliers – voilà d’ailleurs un discours auquel, normalement, les fonctionnaires, puisqu’ils se sont engagés au service de l’Etat, devraient être au moins aussi sensibles que les autres. Or, le statut des fonctionnaires, originellement fait pour garantir leur indépendance, garantit aujourd’hui surtout leur inamovibilité de fait, elle leur confère une protection quasi-parfaite qui devient fatalement, en cas de déviance, une sorte de droit à l’immunité. Certes, la très grande majorité des fonctionnaires sont diligents et respectueux de leur mission, mais il est impossible qu’ils le soient tous – dès lors, poser la question du statut, c’est tout simplement ré-interroger, dans l’intérêt du pays, la légitimité de ce large et généreux parapluie, je ne vois pas bien ce que ça a de délirant !

Vous disiez avoir un second argument…

Celui-ci est curieusement moins utilisé, et pourtant il me semble tout aussi efficace – il s’agit cette fois de raisonner du point de vue des fonctionnaires eux-mêmes, qui auraient en fait beaucoup à gagner à une évolution. Evidemment, le statut leur semble aujourd’hui une protection à ne surtout pas lâcher mais, en réalité, avec son cortège de règles, de l’augmentation à ancienneté aux règles de mutation en passant par l’emploi à vie, il est aussi LA principale explication d’un management de l’indifférence et de l’indifférenciation profondément facteur de souffrances. N’être jamais ni félicité, ni réprimandé, c’est frustrant. Que celui qui se défonce comme celui qui regarde passer les trains, soient, en gros, payés et promus de la même manière, c’est décourageant pour ceux qui bossent. Qu’il soit très, très difficile de franchir la frontière entre les quelque 350 corps qui constituent la fonction publique, c’est un obstacle mis à la mobilité des agents les plus entreprenants et les plus ouverts – sans même parler du fait que le statut lui-même interdit pratiquement d’aller et de venir entre le public et le privé, comme le font très souvent dans une carrière les Suédois, les Neerlandais, les Britanniques et même les Belges et les Italiens, trouvant arithmétiquement dans cette ouverture de leurs horizons plus d’opportunités d’accomplissement professionnel.

Au total, je suis bien incapable ce matin, Guillaume, de vous dire ce qu’il faut garder du statut, s’il faut le réserver à certains fonctionnaires, s’il peut être modernisé ou s’il faut complètement l’oublier – ce qui me paraît en revanche absolument certain, c’est que le sujet mérite débat, et même que ce débat est inévitable – si bien que tous ceux qui veulent l’empêcher 1. Ont tort 2. Ne tarderont pas à avoir l’air ridicule…

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