LE DIRECT
Contrôles des taxis et des VTC à Meroux

Taxis-VTC

5 min
À retrouver dans l'émission

Le médiateur vient de rendre son rapport, s’achemine-t-on vers la fin de la guerre taxis-VTC ?

Contrôles des taxis et des VTC à Meroux
Contrôles des taxis et des VTC à Meroux Crédits : Nicolas Wilhelm - Radio France

Ce ne serait pas du luxe, je me souviens avoir consacré une précédente chronique à ce sujet en… février 2014, voilà donc plus de deux ans que dure la gué-guerre, deux ans de tiraillements mais aussi de violences inacceptables et de grèves successives des taxis, puis des VTC, puis des taxis - clairement le cadre d’exercice des uns et des autres n’est pas adapté, et il est bon que l’Etat essaie de trouver des solutions. Mais quelle solution ? C’est toute la question et, malgré sa visible bonne volonté, je ne suis pas sûr que le médiateur, le député de la Côte-d’Or Laurent Grandguillaume, ait trouvé la bonne…

 Que propose le médiateur ?

D’abord différentes choses de peu d’intérêt, comme le transfert de la tutelle des taxis d’un ministère à l’autre – comme si un changement de bureaucrates en charges allait sauver l’humanité… -, ou encore un contrôle plus étroit des VTC – la même promesse a souvent été faite, mais sans vraiment d’effets concrets, on ne voit pas bien comment cela pourrait changer. Mais il y a aussi du nouveau, comme une formation commune aux deux professions, ce qui n’est pas une mauvaise idée, et aussi et surtout le rachat de leurs licences aux taxis qui souhaiteraient sortir du métier – Laurent Grandguillaume évoque la création à cet effet d’un « fonds de garantie pour cessation d’activité ». En soi, l’idée d’une intervention de ce type n’est pas complètement condamnable, après tout, si l’on veut enfin en sortir, alors il faut affronter LE problème le plus épineux de ce dossier, qui est la perte en capital essuyée par les taxis qui, à la différence des VTC, ont dû acheter une licence pour exercer leur métier.

 Mais alors d’où vient votre trouble ?

Vous le savez, le diable est dans les détails, et même si le principe d’un rachat de licences me semble incontournable, ma conviction est qu’il faut le calibrer au plus juste pour qu’il soit vraiment acceptable du point de vue de l’intérêt général – n’oublions pas que, d’une manière ou d’une autre, c’est nous tous qui paierons ! Il est donc indispensable de n’indemniser QUE à hauteur de ce qui permet un retour à la normale et le faire d’une manière qui soit incontestablement équitable – voyez qu’on en vient très vite au nombre de licences rachetées, et au quantum de l’indemnisation. Or, dans ce que je comprends que le médiateur a en tête, on n’est pas très loin d’un guichet largement ouvert à des demandes d’indemnisations généreuses, ce qui me semble doublement regrettable

 Expliquez nous ça...

D’abord, même si les VTC avec réservation via une appli depuis un téléphone et télépaiement constituent un formidable progrès qu’il ne faut pas empêcher de prospérer au nom de la commodité d’usage, il ne faut pas oublier, justement, cette autre commodité que constitue la disponibilité, dans nos grandes villes et en particulier à Paris, de taxis que l’on trouve en station ou que l’on peut héler à la volée. A ce titre, ce serait commettre une énorme erreur que de laisser filer trop de taxis en leur offrant une indemnisation excessivement large – cela est d’autant plus vrai qu’il suffirait qu’un petit nombre d’entre eux se retirent pour que ceux qui restent dans la profession retrouvent des conditions d’exercice acceptables. Ensuite, l’indemnisation doit être calibrée sur le dommage effectivement subi par chaque chauffeur à raison de la baisse du prix de la licence. Cela suppose que l’on ne procède pas à une indemnisation forfaitaire, mais que l’on regarde au cas par cas en tenant compte, d’une part, comme le suggère le médiateur, de la différence entre le prix qu’il l’a payée et sa valeur de marché, mais aussi, ce que le médiateur a le tort de ne pas dire, du nombre d’années d’exercice qu’elle a permis à son détenteur. Economiquement, la licence s’analyse en effet comme un morceau d’oligopole donnant droit, du fait du numerus clausus, à une rente, c’est donc un investissement dont les auteurs ont pu retirer, durant une certaine période, des revenus garantis. Dès lors, un chauffeur qui a amorti son investissement sur 20 ans d’exercice ne doit pas pouvoir prétendre à indemnisation comme celui qui n’a pu en jouir que quelques années. Au total, l’intervention de l’Etat ne me semble donc être justifiée que dans un nombre de cas finalement assez limité, celui de chauffeurs indépendants qui ont payé le prix fort mais sont entrés trop récemment dans le métier pour que leur investissement ait pu être rentable avant l’ouverture du marché des VTC.

 Mais tous les autres, ceux qui espéraient un petit pécule de leur licence et ne l’auront pas ?

Philippe : Et bien il faut admettre qu’il y aura des déceptions, et que beaucoup qui se croyaient riches de la valeur de leur plaque parce qu’ils voulaient la revendre APRES en avoir déjà longuement tiré bénéfice se retrouveront en fait à la tête d’un patrimoine nettement moins important que prévu. C’est regrettable, oui, mais ce n’est PAS injuste puisqu’ils ont déjà amorti leur plaque en en tirant profit durant des années. Soyons clairs, Guillaume, l’Etat n’a pas pour vocation d’indemniser tous les citoyens qui ont perdu une partie de leur fonds de commerce ou de leur épargne du fait d’évolutions technologiques. L’Etat n’a pas indemnisé les propriétaires de diligences lorsque la voiture automobile les a remplacées, ni les marins à voile quand la vapeur s’est imposée – plus près de nous, les commerçants photographes qui ont perdu leur fonds de commerce avec l’apparition de la photo numérique ont eux aussi perdu leur capital, et l’Etat, à juste titre, n’est pas venu à leur rescousse. Etre photographe, ou taxi, c’est facultatif, persister dans le métier alors que tout indique qu’il ne rapportera pas autant à l’avenir, c’est une erreur – ceux qui l’ont commise de bonne foi méritent certes notre commisération, mais pas notre argent !

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......