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Un autre président…

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Vous aussi vous évoquez ce matin l’ « l’interview d’hier », mais, dans votre esprit, il ne s’agit pas de la conférence de presse de François Hollande…
Je vous rassure, je n’étais pas au fond d’une grotte hier et donc il ne m’a pas complètement échappé que le président de la République a passé une grosse heure et demie à répondre aux questions des journalistes. Pour autant, l’interview qui m’a frappé, moi, comme vous le disiez, c’est celle qu’a donnée hier aux Echos un autre président, celui d’Orange. Il y en a une pleine page de journal, ça parle de tout et du reste, et je fais généreusement grâce à nos auditeurs de tout ce qui concerne l’évolution du numérique ou la consolidation du marché des télécom, il est 7h20, un horaire délicat, je ne voudrais pas que tout le monde se rendorme, Guillaume... Mais il y a un passage de l’interview de Stéphane Richard qui je crois, est digne d’être évoquée sur notre antenne précisément parce qu’il n’est pas sans rapport avec les sujets qui ont été abordés hier par François Hollande .

Et quel est ce passage ?

Stéphane Richard est interrogé sur le développement général de l’économie low cost, et le patron d’Orange répond (je cite) : « Nous payons là le prix d’un système qui a du mal à se réformer. Entretenir notre système social coûte de plus en plus cher et pour rendre tout de même un peu de pouvoir d’achat aux Français dans un contexte de hausse d’impôts et du prix de l’immobilier, la seule solution des politiques, de gauche comme de droite, est de faire pression sur les entreprises pour qu’elles baissent les prix (…) et, bien sûr, en bout de course, la pression de répercute sur les salariés » (fin de citation). J’ai envie d’ajouter, Guillaume, que, oui, les politiques poussent à la roue mais que, même sans eux, les Français de toute façon se tourneraient de leur propre chef vers le low cost tout simplement pour boucler leur budget qui, de fait, est très contraint par les impôts et par l’immobilier, comme le dit Stéphane Richard. En tout cas, il y a là, dans ce rapport entre les coûts incompressibles subis par les ménages et la dureté de la vie au travail, un sujet qui mérite notre attention et qui est très peu évoqué dans le débat public. Par exemple, en général, on nous dit : les impôts, certes ça fait mal, mais c’est bon pour le pays, ça permet de financer des dépenses collectives très utiles qui contribuent au bien-être de tous. Cette analyse est tout à fait incontestable, mais le problème c’est que, comme le rappelle Stéphane Richard, passé un certain niveau, les impôts ont aussi des effets négatifs pour la collectivité au sens où, en pompant sur le pouvoir d’achat des ménages, ils pousse le consommateur à avoir un comportement plus sensible aux prix, ce qui, inévitablement, oblige le producteur à être plus attentif à ses coûts, donc à recruter moins et à payer ses salariés moins cher.

Admettons mais, justement, François Hollande a annoncé hier une baisse des impôts !

Je n’y étais pas très favorable, je l’avais dit la semaine dernière mais, oui, les impôts vont UN PEU baisser et, c’est un fait, cela va libérer UN PEU de pouvoir d’achat, donc réduire l’attractivité de l’économie low cost ce qui est sans doute bon pour l’emploi. Mais, hier, François Hollande a également sacralisé les 35h hebdomadaires comme étant LA durée légale du travail et là, voyez-vous, on retombe un peu sur le même problème. Les 35 h, c’est très agréable pour ceux qui en bénéficient, mais est-ce que cela n’a pas, aussi, un coût pour la collectivité, et bien, là encore, je crois que si. Pardon de devenir trivial mais, depuis la mise en œuvre de la réduction du temps de travail, vers 19h30, sur de nombreuses lignes du métro parisien, les rames sont bondées alors même que l’heure de pointe est largement passée. Alors, par quel mystère ? - en fait, la fréquence de passage des métros est, à cette heure là, bien plus faible qu’avant, et ce ne sont pas les trains qui sont indisponibles, non, ce les conducteurs dont le temps de travail a été réduit. A l’arrivée, mêmes contradictions que s’agissant de la question de la ponction fiscale : oui, on peut trouver des avantages aux 35 heures, mais dire que la réduction du temps de travail, en particulier dans la fonction publique n’a QUE des avantages, là, non, il y a là aussi, potentiellement, une vraie dégradation du service public, et pas seulement dans le métro – d’innombrables experts ont ainsi pointé les ravages des 35h à l’hôpital, et pour les personnels soignants et pour les patients – là, on est singulièrement moins dans l’anecdotique qu’avec les désagréments de la ligne 8 le soir à Richelieu-Drouot...

De tout cela, je ne conclus pas, Guillaume, que tout est mauvais dans les interventions d’Etat, celles que j’ai évoquées ou les autres, je dis simplement qu’il y a une sorte de naïveté à considérer que tout y est bon. Comme vous savez, on reproche souvent, aux libéraux de plaider de manière un peu pavlovienne que l’inaction de l’Etat est toujours préférable, et bien c’est une erreur très cousine que de croire que l’action de l’Etat n’a jamais d’inconvénients – et il n’est pas inutile que Stéphane Richard, pourtant ancien haut fonctionnaire et patron d’une entreprise encore largement publique, nous rappelle à cette réalité…

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