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La cérémonie d'ouverture de l'Euro 2016 au stade de France

Vive le sport !

7 min
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L’ « euro » mérite bien une chronique, surtout vu le tour très violent qu’il a pris ce week-end du côté des supporters...

La cérémonie d'ouverture de l'Euro 2016 au stade de France
La cérémonie d'ouverture de l'Euro 2016 au stade de France Crédits : L'EST REPUBLICAIN - Maxppp

Ca n’est pas tous les jours, vous en conviendrez mais il me semble que, même de la part de quelqu’un comme moi qui s’intéresse très modérément au sport (en tout cas au « sport télévisé »), et même sur notre respectable antenne qui est l’une des rares où le ballon rond n’ait pas envahi les journaux d’information, l’ « euro » mérite bien une chronique, surtout vu le tour très violent qu’il a pris ce week-end du côté des supporters. Un mort à Nice, fût-ce par accident, de dizaines de blessés à Marseille, dont l’un entre la vie et la mort, et des scènes de bagarre et de destruction en centre-ville absolument inouïes : on ne peut pas vraiment dire que l’affaire soit bien engagée, ni d’ailleurs, plus généralement, que la vieille thèse du sport comme délicieuse fête collective et comme paisible catharsis trouve son compte dans ces premiers jours de compétition. Mais, au-delà de ce constat d’évidence, il faut aussi, pardonnez-moi de succomber à mon atavisme économique, parler gros sous. Car l’on n’est pas non plus, sur le terrain financier, dans la situation exquise qu’on nous avait promise…

 Faites-vous ici allusion aux surcoûts liés aux violences des derniers jours ?

Pour partie, oui, mais pour partie seulement. Certes, les débordements de ces derniers jours ne peuvent pas ne pas s’accompagner d’un renchérissement de toute l’opération pour l’Etat, qui dit contrôles et protections supplémentaires dit forcément mobilisation accrue et, donc, dépense en plus, en hommes et en matériel - et puis les dégâts devront bien être réparés. Mais ce surcoût (dont vous remarquerez au passage qu’on ne nous a jusqu’alors pas du tout parlé) n’est qu’un tout petit élément dans un bilan global de l’euro qui, hélas, sera terriblement négatif pour l’Etat, et même pour le pays au sens large. Cela peut évidemment surprendre, on sait qu’avec plus de 100 millions de téléspectateurs par match (et il y en a désormais 51 au lieu de 31 auparavant), le championnat d’Europe des nations est l’un des événements sportifs les plus suivis au monde – en fait, il se classe en troisième place derrière les jeux olympiques et la coupe du monde de football. Et puis le budget de cette enlevée de boutique, trois milliards d’euros, tout de même, laisse à penser que le pays organisateur devrait normalement s’y retrouver. En réalité, aussi curieux que cela puisse paraître, il y a, dans cette affaire, un gagnant certain, l’UEFA, de probables gagnants, les sponsors, mais aussi un partenaire perdant à tous les coups, et c’est l’hôte de la compétition…

Expliquez nous ça...

Côté UEFA, le jackpot est facile à retracer. Billeterie, sponsoring et, surtout, droits télé - rien que ces droits, il y en a pour un gros milliard – tout cela lui rapportera de telles sommes que, tous frais payés, il lui restera près de 950 millions d’euros de bénéfice. Une grande partie – mais pas tout, je vous rassure… - sera d’ailleurs reversée aux équipes nationales et, surtout, aux 54 fédérations des pays membres qui, hors la France, ne dépensent pas grand-chose dans l’affaire mais ramassent gros, si bien qu’ils font, eux, une excellente affaire. Les sponsors, eux aussi, ont de grands espoirs de rentabilité. Certes, ils ont mis le paquet pour en être, 50 millions d’euros par exemple pour chacun des sponsors mondiaux de la compétition, mais, s’ils se sont battus pour figurer sur les écrans, les pancartes de bordure de stade ou encore les maillots des enfants qui accompagnent les joueurs sur le terrain, c’est bien parce qu’ils espèrent des retombées considérables en notoriété et donc en ventes. Il est trop tôt pour faire le bilan mais les experts prévoient ce qu’ils appellent pudiquement « un excellent retour sur investissement » - d’ailleurs, si tel n’était pas le cas, des sponsors échaudés ne reviendraient pas d’une compétition sur l’autre, et les prix ne grimperaient pas comme ils le font.

Reste donc le cas du pays organisateur...

J’y viens, et là, on sort du déjeuner de soleil… on peut même dire que le fameux « retour sur investissement » est plus que douteux s’agissant de notre pays. Pour faire venir le tournoi, nous avons en effet accepté, d’une part, de faire des dépenses colossales et, d’autre part, de renoncer à une partie des recettes qui auraient dû nous échoir. Côté dépenses, nous avons d’abord modernisé les dix stades qui accueillent les matches pour la bagatelle de 620 millions d’euros – c’est énorme. Vous me direz, voilà de l’infrastructure dont bénéficieront les sportifs au-delà du tournoi, voire les générations futures, certes, mais il ne fait aucun doute que les temples du foot qui ont été agrandis pour accueillir à chaque fois 35, 50 voire 65 000 spectateurs seront beaucoup, beaucoup trop grands pour le programme d’une saison sportive normale. A titre d’exemple, l’un de ces stades accueillait jusqu’alors en moyenne 12 000 à 15 000 personnes avec des pointes à 20 000, sa capacité a été portée à 50 000 places, sauf pendant l’euro, c’est absolument inutile, c’est même purement et simplement du gaspillage, et du gaspillage d’argent public – en réalité, beaucoup de grands élus ont surfé sur la compétition pour justifier des constructions pharaoniques aussi ruineuses qu’elles sont flatteuses pour l’électeur. A ces investissements s’ajoutent naturellement les coûts de sécurité et d’organisation du tournoi qui sont à la charge du pays hôte – là encore, peu de chiffres fiables, mais enfin il serait étonnant que le coût de la protection des stades, des fan zones, des axes routiers et donc, désormais, des centre-ville potentiellement mis à sac, ne frôle pas les 100 millions, voire les dépasse. Alors, bien sûr, on pourrait s’attendre à ce que les impôts prélevés sur la manne collectée par l’UEFA vienne au moins pour partie compenser ces coûs énormes et bien, vous allez rire, Guillaume, ce ne sera pas le cas, ou marginalement, car notre Parlement a voté en novembre 2014 une loi spéciale exonérant explicitement l’UEFA et toutes ses filiales françaises de tout impôt – le manque à gagner est spectaculaire, on parle de 500 à 600 millions d’euros, tout de même. Il est vrai que l’UEFA fait systématiquement du chantage fiscal et que tous les candidats font cette concession, elle n’en est pas moins très discutable et particulièrement dispendieuse !

Et les recettes indirectes, le surplus de croissance attendu ?

C’est évidemment lé réponse que font toujours les pro- tournoi, et c’est ce que continuent à affirmer les politiques, le problème, c’est que les économistes spécialisés envisagent tout au plus 250 millions de recettes liées à l’euro lui-même, c'est-à-dire bien moins que l’investissement consenti, quant à la croissance supplémentaire attendue en raison du coup de fouet au moral ou de l’ambiance festive, les dernières études ont établi qu’elle était à peu près négligeable.

Au total, l’affaire sera donc sans aucun doute très mauvaise pour nous… alors même que nos voisins en tireront grand profit - la morale de l’histoire, c’est donc que, pour tirer bénéfice d’une compétition sportive mondiale, le mieux est incontestablement… ne pas l’organiser soi-même !

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