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Le tournant numérique de l'école française

4 min
À retrouver dans l'émission

Dans sa chronique de la semaine, Xavier de la Porte décrit les nombreuses expérimentations -et leurs écueils- de l'Education nationale dans le domaine du numérique.

 L'école française est peut-être en train d'entamer un tournant. Et pas forcément celui que craignait le Figaro en titrant hier un de ses papiers « Collège : la dernière rentrée de l'excellence », le Figaro revenant sur l'enseignement des langues anciennes – qui changera donc à la rentrée prochaine – pour regretter ce qu'il a toujours dénoncé, le collège unique, au point de lui accoler soudain le terme d' « excellence », ce qui est carrément cocasse. Mais bon, il n'y a pas de raison que l'humain de droite soit moins contradictoire et incohérent que le reste de l'humanité. Ca se saurait.

Bref, l'école française entame peut-être un tournant. Partout vous l'avez lu ou entendu, l'école « passe au numérique ». Mais la question est la suivante : qu'est-ce que ça veut dire que passer au numérique ?

Eh bien vous allez nous éclairer sur ce point...

Eh ben non. Enfin pas complètement. Parce que, pour l'instant, ce sont plutôt des expérimentations, le grand virage étant prévu pour la rentrée 2016. Expérimentations qui vont un peu tous azimuts, ce qui n'est d'ailleurs pas critiquable en soi.

Pour une part, 600 établissements ont été déclarés pionniers. L'idée est de leur allouer des fonds pour qu'ils se dotent en matériel, en ressources pédagogiques (e-books et autres), et pour qu'ils forment leurs enseignants.

Mais demeurent plein de questions. La question du financement d'abord. Mais aussi des questions très matérielles. Parce qu'une fois que vous avez un bon débit dans l'établissement (ça a l'air bête, mais c'est essentiel), reste à savoir ce que vous allez en faire. Les établissements sont manifestement libres de choisir leurs projets, dont le ministère dit qu'ils portent essentiellement sur des tablettes. Mais ça pourrait être chose – comme des tableaux numériques par exemple. Et avec quelles ressources pédagogiques ? Il faut bien des applications pédagogiques pour que le recours aux tablettes soit profitables aux élèves ? Il en existe bien sûr, des enseignants inventifs peuvent en trouver, en créer même, pourquoi pas. Un site sera créé pour recenser les ressources, un appel d'offres sera lancé prochainement pour préparer la grande rentrée du numérique, la rentrée 2016 et formaliser tout ça.

Ca se limite à ça, à du matériel ?

Non non, il y a plusieurs autres expérimentations de fond. Par exemple, dans le nouveau programme de maternelle, sont encouragés des ateliers de familiarisation aux outils numérique, et en particulier autour de la communication à distance. Personnellement, je suis à fond pour. Et je pense qu'on pourrait commencer par apprendre aux enfants à se servir d'un smartphone à écran tactile afin qu'ils ne mettent pas fin toutes les 3 secondes à la communication en effleurant l'écran avec leur joue rondes (qui sont délicieuses à embrasser mais peu adaptées à la technologie contemporaine), et on pourrait même envisager un cours de perfectionnement pour leur expliquer que quand ils discutent avec vous sur Skype, la webcam ne les suit pas des yeux, et que donc ça ne sert à rien de vouloir montrer comment ils ont perfectionné leur roulade de l'autre côté de l'écran.

Mais ce qui se passe de plus intéressant, c'est plus tard, dans un nouvel « enseignement d'exploration « qui sera proposé dans certaines secondes générales et techniques et qui sera intitulé « informatique et création numérique » où des enseignants formés pour cela expliqueront comment fonctionne un ordinateur, ce qu'est Internet, ce qu'est un algorithme, voire feront mettre un peu les mains dans le code informatique, en fabriquant un site.

Tout ça n'a l'air de rien, mais, avec d'autre initiatives comme favoriser l'apprentissage de la programmation dans les activités périscolaires ou l'éducation aux médias, on commence à voir prendre forme le début d'une prise de conscience de la place que ces outils ont dans nos vies.

D'accord, mais savoir programmer, par exemple, en quoi est-ce si important ?

C'est un vieux débat qui a commencé dès les années 80. Mais entre cette époque -où d'ailleurs on apprenait des rudiments de langage Pascal en cours de technologie – et aujourd'hui, l'informatique a envahi nos vies. En 2001, le grand juriste Lawrence Lessig a écrit un texte fondateur intitulé « Code is law », « le code c'est la loi », dans lequel il expliquait qu'une part toujours croissante de nos vies, de nos interactions sociales, étant appelé à se dérouler via des plateformes informatiques, et ces plateformes consistant en des lignes de codes informatiques qui seules édictaient ce qu'il est possible ou non de faire de ces plateformes, eh bien, le code, c'est la loi.

Ainsi donc, on pourrait considérer que, de la même manière que nul n'est censé ignorer la loi, eh bien nul n'est censé ignorer le code.

Et d'ailleurs, l'innovation la plus intéressante, dans cette optique est celle qui va toucher 5 académies. La mise en place d'une sorte de carnet de correspondance numériques sur lequel les parents qui le veulent pourront constater presque en temps réel les punitions ou absences de leur progéniture. Et, là, les élèves s'apercevront de manière très effective que le code, c'est la loi, parce que pour gruger, ils devront hacker. Un bon moyen de mettre toute la jeunesse de France sur la voie de la programmation informatique.

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