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Illustration représentant le procès d'une truie au XVe siècle tirée du « Chambers Book of Days ».

Accusé porc, levez-vous !

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Les procès d’animaux au Moyen Âge concernaient le plus souvent des cochons, animaux à la mauvaise vue traînant en nombre dans les villages européens d’alors. Un pan pas très rose de l'histoire des relations entre hommes et animaux...

Illustration représentant le procès d'une truie au XVe siècle tirée du « Chambers Book of Days ».
Illustration représentant le procès d'une truie au XVe siècle tirée du « Chambers Book of Days ». Crédits : Wikimedia Commons

« Qui craint le grand méchant loup ? » On connaît la suite de la comptine mise en scène dans le dessin animé de Walt Disney en 1933. Le cochon grassouillet n’est pas seulement le plat préféré du grand méchant loup, c’est surtout l’un des piliers de l’alimentation de l’Occident et tout spécialement de l’Occident médiéval.

Les porcs du Moyen-Âge, parfois croisés avec des sangliers pour accroître leur robustesse, ne sont pas encore roses. L’iconographie médiévale les dépeint de couleurs variées : souvent bruns ou noirs, ils peuvent être aussi blancs, ou panachés de plusieurs couleurs. Ils sont également plus velus que nos cochons d’aujourd’hui. L’automne est la période de la glandée : le porcher emmène les porcs en forêt où ils se gavent de faînes de hêtre et de glands tombés au sol.

Comme le porc était plutôt en bas de l’échelle des valeurs, la fonction de porcher n’était pas reluisante : on enrôlait à ce poste un simple d’esprit ou un déclassé. Comme cette personne n’était « bonne qu’à garder les cochons », on a sans doute conservé le verbe « glander » pour signifier « ne pas faire grand-chose », ou « faire quelque chose d’insignifiant ».

Dans les villages, les porcs débarrassent les humains de leurs déchets et sont prolifiques. Ils sont donc nombreux et se promènent un peu partout. Comme ils ont naturellement une mauvaise vue, ils sont à l’origine de nombreux accidents domestiques. Certains dramatiques, lorsque des enfants en bas âge furent dévorés. Infanticides à Fontenay-aux-Roses, Torcy, Falaise, Charonne… La liste s’égrène.

Un habitué des tribunaux 

Or, au Moyen Âge, les animaux sont regardés comme des êtres moraux et perfectibles, responsables de leurs actes. C’est ainsi qu’à partir du XIIIe siècle, on a la trace de leurs procès, qui pouvaient conduire à des peines aussi sévères que pour les humains. En France, entre 1266 et 1586, sur soixante procès d’animaux documentés, 90% concernent des porcs. Pourquoi eux ? D’abord parce qu’ils étaient les plus nombreux des animaux cohabitant avec les villageois. Ensuite, parce qu’au Moyen Âge, l’animal considéré comme étant le plus proche de l’homme est le porc. Il faudra en effet attendre les savants du XVIIIe siècle pour que le singe vienne prendre cette place.

Mais revenons aux nombreux procès de cochons… L’animal est capturé, mis en prison le temps de l’instruction, puis mis en accusation. Le juge entend les témoins, rend la sentence qui est signifiée à l’animal dans sa cellule. Le plus souvent, il est pendu ou brûlé, plus rarement étranglé. La peine fut particulièrement cruelle dans l’affaire de l’infanticide de Falaise en 1386, où la truie, habillée en homme, fut mutilée sur l’échafaud devant une foule accompagnée de nombreux cochons spectateurs. Le groin coupé, on l’affubla d’un masque humain avant de la pendre par les pieds. Après un simulacre d’étranglement, elle fut traînée par une jument dans la ville, avant d’être brûlée.

L’antispécisme tel que pratiqué au Moyen Âge, n’avait pas que des avantages pour nos amies les bêtes.

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