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Photo d'un grand requin blanc prise dans l'océan Pacifique, au large du Mexique.

Le requin : alors, petit le Grand blanc ?

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Le requin des « Dents de la mer » est-il vraiment un prédateur pour l’homme ? La réalité est en tout cas un peu plus subtile que le célébrissime film de Steven Spielberg.

Photo d'un grand requin blanc prise dans l'océan Pacifique, au large du Mexique.
Photo d'un grand requin blanc prise dans l'océan Pacifique, au large du Mexique. Crédits : Rodrigo Friscione - Getty

Une ombre arrive, surgissant des profondeurs. Nous sommes au Pliocène, il y a quatre millions d’années. Le bras de mer qui occupe la future vallée du Rhône rejoint la Méditerranée de l’époque dans un vaste golfe. Un secteur propice à la chasse. 

L’ombre est celle d’un Mégalodon qui cherche une proie. Ce grand requin est gigantesque. Le plus grand de tous les temps, pouvant atteindre 20 mètres du museau au bout de la queue et peser plus de quarante tonnes. Sa gueule énorme est bordée de 180 dents dont les plus grandes atteignent 18 centimètres. Un truc à faire passer notre grand requin blanc pour une sardine. 

Pourtant, le grand requin blanc, Carcharodon carcharias, est le plus grand carnivore de nos océans. Sa taille atteint six, voire sept mètres, pour une masse de deux tonnes. Ridicule par comparaison au Mégalodon, enfin tant que l’on ne lui fait pas face. 

La myopie du requin 

Mais, disons-le tout de suite, même si la culture populaire en a fait un « mangeur d’homme », son écologie n’est pas fondée sur l’attaque des humains. S’il est arrivé que le grand requin blanc attaque des humains, il s’agit avant tout d’erreurs d’appréciation visuelle. Car le requin est un peu myope. 

Les surfeurs, vus d’en dessous, peuvent être pris pour des phoques, ses proies naturelles avec les calmars, les thons, espadons, ou tortues marines. Les attaques se résument le plus souvent au « coup de dent » qui consiste à faire saigner sa proie pour la sentir. Cette espèce ne « croque » pas tout de suite. Lorsque l’animal réalise qu’il ne s’agit pas de sa proie habituelle, il la délaisse. 

L’humain n’est donc pas au menu des grands blancs. Plusieurs plongeurs l’ont démontré en nageant à leur côté. Étant entendu que, compte tenu de la force de sa mâchoire, il peut arriver que le premier coup de dent soit fatal. Mais, même par inadvertance, les requins restent-ils des prédateurs terribles pour nous ? Que disent les chiffres ? Parmi les 529 espèces connues, seules cinq, dont le grand requin blanc, ont été reconnues comme croqueuses d’hommes. Cela reste tragique, mais comparons. Entre 2001 et 2010, aux États-Unis, les chiens ont tué 26 fois plus que les requins. En réalité, la peur du requin est un phénomène occidental récent. 

Aristote décrit des requins dans son Histoire Naturelle, et les marins grecs de l’Antiquité n’en faisaient pas des terreurs. Aux abords de l’océan Pacifique, les populations non occidentales considèrent les requins comme des divinités, symbolisant la sagesse à Tahiti ou la protection à Hawaï.

L’expression « mangeurs d’hommes » est apparue dans les années soixante à la suite de plusieurs accidents en Australie. On peut raisonnablement supposer que la banalisation du surf explique ces attaques par quelques espèces de requins côtiers. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas nous qui sommes menacés, mais les requins soumis à une chasse impitoyable. Les requins cumulent ainsi une quantité d’idées fausses. La seule vraie est qu’ils sont bien petits comparés au Mégalodon. Pourtant, Steven Spielberg avait fait de gros efforts avec Les Dents de la mer en exagérant considérablement la taille du grand blanc.

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