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Napoléon sur son cheval en Égpyte, peint par Edouard Detaille (circa 1810).

Au triple galop, le cheval

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En Occident, le cheval tient une place symbolique à part depuis des siècles, au point d’avoir prêté son nom à un rang social prestigieux, le chevalier.

Napoléon sur son cheval en Égpyte, peint par Edouard Detaille (circa 1810).
Napoléon sur son cheval en Égpyte, peint par Edouard Detaille (circa 1810). Crédits : Hulton Archive - Getty

Nous sommes au deuxième acte du Lac des cygnes, célèbre ballet de Tchaïkovski. Les petits cygnes s’élancent et sautillent avec charme sur la pointe de leurs pieds. Le public va applaudir à tout rompre leur performance et il aura bien raison. 

Pourtant l’exploit est relatif : les chevaux le réalisent tous les jours de manière encore plus remarquable. En effet, ils se déplacent sur l’ongle d’un seul doigt, l’homologue de notre majeur pour ce qui est de la patte antérieure et du troisième orteil pour l’arrière. Cette caractéristique anatomique confère aux chevaux une étonnante capacité à se mouvoir, associant vitesse et élégance. 

Leur vélocité a suscité des approximations comme celle de Géricault dans son tableau de 1821, Le Derby d’Epsom, où l’on voit des chevaux survoler le sol, les quatre membres en extension, dans une posture irréaliste pour un cheval. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle avec Marey en France et Muybridge en Angleterre pour saisir la réalité du mouvement des pattes d’un cheval lancé au galop grâce à la chronophotographie. 

Pas étonnant dans cette ambiance d’admiration que le cheval ait été qualifié de « plus noble conquête de l’Homme ». Pour ce qui concerne l’Occident, cette noblesse s’enracine dans la mythologie grecque, notamment avec Pégase, cheval blanc ailé qui se met au service de Zeus. Il est symbole de la sagesse et de la poésie. 

Mais la figure d’un cheval ailé pourrait avoir des origines plus anciennes et plus lointaines puisqu’on la retrouve en maints endroits et jusqu’en Chine. Comme en Corée avec Chollima, trop rapide pour être monté. Ou dans le monde arabe avec Al Bouraq, monture de Mahomet, dont le nom renvoie à l’éclair. 

De Charlemagne au maréchal Leclerc

En Europe, la société féodale est une société du cheval par excellence, au moins pour ce qui concerne l’aristocratie. Il est remarquable qu’un rang social aussi prestigieux que « chevalier » porte la racine étymologique du nom d’un animal. 

Dans les romans de chevalerie, les chevaux sont considérés comme tellement proches des humains qu’ils portent des prénoms. Le cheval de Charlemagne est Tecedor, celui de Roland est Veillantif, celui du traître Ganelon est Tachebrun… On voit d’ailleurs que le caractère du fourbe est associé au prénom péjoratif de son cheval… Le couple monture-cavalier est indissociable. 

Sans surprise, des chevaux de guerre devinrent célèbres. Vizir, un petit cheval arabe gris, est la plus célèbre monture de Napoléon Ier. Cadeau du Sultan de Turquie, l’empereur le monta à partir de 1805 et l’emmena lors de son exil à Sainte-Hélène. Il a été exposé au musée des armées en 1904. Iris XVI, alezan du Maréchal Leclerc, a été fusillé en juin 1940 pour avoir tué accidentellement un soldat allemand à l’école de Saint-Cyr alors occupée. 

Jusqu’au cœur d’une guerre du XXe siècle pourtant très mécanisée, le cheval restait une personne passible de peine de mort. L’État français aurait pu le faire « Chevalier de la légion d’Honneur », juste retour des choses. Tant d’humains le sont bien sans avoir jamais enfourché un cheval !

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