LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Les calcaires lutétiens ont rendu possible la sculpture du tympan et des gargouilles de Notre-Dame de Paris.

Construire en pièces de monnaie, la nummulite

3 min
À retrouver dans l'émission

L’aspect même de nos villes et nos villages doit beaucoup aux sols sur lesquels nous évoluons. Même quand nous bâtissons, c’est dans un rapport étroit avec notre environnement.

Les calcaires lutétiens ont rendu possible la sculpture du tympan et des gargouilles de Notre-Dame de Paris.
Les calcaires lutétiens ont rendu possible la sculpture du tympan et des gargouilles de Notre-Dame de Paris. Crédits : Thomas Barwick - Getty

Aujourd’hui, je vous propose une double énigme. Quel est le point commun entre le Pont-Neuf, Versailles et les pyramides de Gizeh ? Autre énigme : quel rapport avec une pièce de monnaie ? La réponse tient en deux mots, calcaires lutétiens. 

Le Lutétien est une période de l’ère tertiaire qui débute il y a 47 millions d’années. Au cours du Lutétien, se déposent des calcaires qui vont s’avérer de remarquables pierres de construction. Dans les mers chaudes de l’époque, vivent de nombreux organismes dont des êtres unicellulaires, les nummulites. 

Les nummulites sont de microscopiques disques édifiés en spirale à l’image d’un vinyle 33 tours. Elles tirent leur nom de « nummulus » qui, en latin, signifie petite pièce de monnaie car, si les plus petites mesurent quelques millièmes de millimètres les plus grandes dépassent le centimètre. Vous avez la clé de la double énigme. 

Mais au fait, pourquoi « Lutétien » ? C’est en référence à Lutèce, car au Lutétien la région parisienne était occupée par un golfe marin peu profond où se déposaient des boues carbonatées riches en organismes divers dont nos nummulites. Les bâtisseurs doivent beaucoup à cette mer chaude. 

Paris doit beaucoup aux calcaires lutétiens 

En effet, la plupart des monuments parisiens ont été érigés en calcaire lutétien. Des thermes romains de Cluny jusqu’à Notre-Dame, mais aussi l’Arc de Triomphe, la Madeleine, la basilique de Saint-Denis, ainsi que le château de Versailles. La tradition s’est maintenue jusqu’à l’édification de nombre d’immeubles haussmanniens. 

Il faut dire que les calcaires lutétiens étaient juste sous les pieds des Parisiens. Dès avant le Moyen-Âge, les carrières souterraines fleurissent rive gauche, des carrières dont on trouve la trace dans les catacombes et jusque sous le Jardin des Plantes.

Le Lutétien est un superbe cadeau pour les architectes car ses calcaires de diverses textures offrent toute une palette de duretés et d’apparences. Des calcaires assez grossiers se retrouvent dans les murs de Notre-Dame. Le château de Philippe Auguste est d’un calcaire plus tendre et facile à tailler, mais qui a la propriété de durcir à l’air. 

Un banc que les carriers appellent « la roche » a servi pour les parapets des quais de Seine. Quant aux meilleures pierres, dites « pierres à liards », extraites des bancs les plus résistants, elles ont servi à sculpter le tympan de Notre-Dame. 

Le terme « liard » est ici une autre allusion à la monnaie et, donc, aux nummulites, ce calcaire étant un empilement de nummulites presque jointives. Un calcaire quasi-identique à celui des pyramides « du haut desquelles 42 siècles, etc. » 

Pour finir, je ne résiste pas à la tentation d’évoquer la mémoire de Randolph Kirkpatrick, un respectable savant anglais qui consacrait ses recherches aux éponges. Lors d’une expédition à Madère, il se mit à voir des nummulites partout, y compris dans des roches volcaniques, des granites, et même des météorites. Tout était nummulite. En proie à sa lubie, il publia en 1913 un ouvrage intitulé La Nummulosphère. La spirale des nummulites était devenue hallucinatoire ! 

L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......