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Des écailles de pangolin saisies à Hong Kong. Les préparations à base d'animaux sauvages sont devenues une industrie lucrative en Chine. Les consommateurs sont souvent des jeunes aux revenus élevés.

Coupable le pangolin ?

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Le monde frappé par l’épidémie de nouveau coronavirus avait besoin d’un fautif. Le pangolin n’a pas tardé à être pointé du doigt. À y regarder de plus près pourtant, il semble que les responsabilités soient plus partagées.

Des écailles de pangolin saisies à Hong Kong. Les préparations à base d'animaux sauvages sont devenues une industrie lucrative en Chine. Les consommateurs sont souvent des jeunes aux revenus élevés.
Des écailles de pangolin saisies à Hong Kong. Les préparations à base d'animaux sauvages sont devenues une industrie lucrative en Chine. Les consommateurs sont souvent des jeunes aux revenus élevés. Crédits : Anthony WALLACE - AFP

Comme l’illustre fort bien la fable des animaux malades de la peste, depuis la nuit des temps, l’Homme a toujours accusé des boucs émissaires des malheurs qui le frappaient. Que ce soit l’âne de la fable ou les Juifs lors des grandes pestes médiévales. 

Lors de l’année 2020, c’est le pangolin qui s’est retrouvé sur la sellette, soupçonné d’être à l’origine de la Covid-19. Ce discret mammifère a fait la Une mondiale. On tenait le bouc émissaire de la pandémie. Le coupable était confondu. Sale bête ! 

Un animal dont le nom nous est brusquement devenu familier sans que la plupart d’entre nous sachent bien qui il était. Pauvre pangolin, petit mammifère qui se nourrit de fourmis et termites. Comme presque tous les mammifères, il héberge des dizaines de virus, dont des coronavirus. Pourtant, l’analyse du matériel génétique du SARS-Cov2, le virus responsable de la pandémie, montre qu'il ressemble beaucoup à des coronavirus de chauve-souris. 

Donc rien à voir avec le pangolin ? Si, car la protéine S qui pointe à la surface du virus et qui est sa clé d’entrée dans nos propres cellules, est fort proche de la protéine S du coronavirus du pangolin. Bref, le virus du pangolin est celui qui ouvre la porte. Le traître ! 

Ces similitudes suggèrent que le SARS-Cov2 est vraisemblablement issu d’une recombinaison entre deux virus différents, celui d'une chauve-souris et celui du pangolin malais, Manis javanica

Le marché des écailles 

Une recombinaison qui s’est sans doute produite sur un marché chinois de viande de brousse, où elle est parfois maintenue vivante en promiscuité et en mauvais état. Ce virus hybride, c’est bien nous, les humains, qui avons favorisé sa naissance. Comme pour accroître la probabilité qu'un virus émerge, les chinois sont non seulement friands de la viande du pangolin, mais le considèrent comme une vraie pharmacie ambulante. 

Dès la fin du Ve siècle, il est préconisé contre des infections de la peau, ses écailles seraient anti-inflammatoires, mais aussi un remède contre l’infertilité, l’arrêt du lait maternel, la polyarthrite rhumatoïde, les plaies et furoncles, sans oublier un tonique pour le sang. En prime, son sang et son fœtus sont réputés aphrodisiaques. Proie facile, viande de brousse, pharmacopée, tous ces facteurs expliquent pourquoi il est l’un des mammifères les plus braconnés au monde, où un pangolin est tué toutes les cinq minutes. 

Son commerce est strictement interdit. Pourtant plus de vingt tonnes d'écailles sont saisies en douanes chaque année, ce qui laisse augurer du trafic total, et qui surtout explique pourquoi toutes les espèces de pangolins sont menacées d’extinction. En juin 2020, la Chine a enfin accordé aux pangolins le plus haut niveau de protection, et ses écailles ont été retirées de la liste des produits pouvant être incorporés dans la médecine traditionnelle. 

Comme le pangolin est un mammifère, je précise que ses écailles ne sont que des poils transformés, de la simple kératine à l'image ne nos ongles ou de nos cheveux auxquels on accorde moins de vertus thérapeutiques. Sans quoi tous les gamins qui se rongent les ongles seraient d'une santé de fer. 

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