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Représentation d'un dodo datant de 1870, alors que l'espèce était sans doute déjà éteinte.

Dead as a dodo

3 min
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Ne recueillir que le mépris des premiers européens dont il a croisé la route du fait de son apparence pataude n’aura pas sauvé le dodo, victime de l’intégration de l’océan Indien dans les routes commerciales mondialisées au XVIIe siècle.

Représentation d'un dodo datant de 1870, alors que l'espèce était sans doute déjà éteinte.
Représentation d'un dodo datant de 1870, alors que l'espèce était sans doute déjà éteinte. Crédits : denisk0 - Getty

Nous sommes en 1598. Le vice-amiral Wybrand van Warwijck navigue dans l’océan Indien, et nomme une petite île « île Maurice », en l’honneur du prince néerlandais Maurice de Nassau. Wybrand van Warwijck consigne ses observations.

Il mentionne la présence d’un gros poulet forestier d’un mètre, pesant environ dix kilos. D’aspect lent et stupide, il est incapable de voler, et il ne fuit pas l’homme. Son corps pataud n’est pas gracieux. Son plumage est grisâtre, orné d’un petit panache sur le croupion. Il porte une sorte de capuchon dur la tête et son gros bec est renforcé et crochu en son extrémité. L’équipage goûte la chair de l’animal. Elle a mauvais goût. Le vice-amiral qualifie l’oiseau de « Walgvogel », ce qui signifie « oiseau répugnant ». Pas beau, pas bon !

Seulement voilà, il ne suffit pas d’être répugnant pour être oublié, surtout si l’on constitue un garde-manger bien commode à proximité des routes commerciales. Qui plus est, les Européens vont inonder l’île de chiens, chats, rats, porcs et macaques. Notre pauvre dodo, ou dronte de l'île Maurice, car il s'agit de lui, va souffrir. Ses nids, où il pond un seul œuf à même le sol, sont pillés. Si bien que l'on estime que la pression de prédation sur les œufs ou sur les poussins fut plus importante que celle de la chasse humaine.

Les dernières mentions de l’oiseau sur l’île datent de 1681. Il aura donc suffit de 80 ans ; 80 ans à une époque où la navigation était sommaire pour éradiquer une espèce. Éteint en moins d’un siècle, le dodo est devenu malgré lui l'emblème de l'extinction des espèces. Mais ce statut est récent.

Jusque vers la fin du XVIIIe siècle, cent ans après son extinction, on ne soupçonne pas que l’espèce ait disparu. Chose curieuse, même si quelques dodos furent ramenés en Europe au XVIIe siècle, aucun n’a fait l’objet d’une description scientifique de son vivant. L'espèce est donc étudiée post mortem en quelque sorte.

Dénigré jusqu'après son extinction 

En 1758, Linné le baptise Raphus cucullatus. En 1770, Buffon dénigre l’oiseau qu’il n’a jamais vu : « Il paraît fait exprès pour nous donner l’idée du plus lourd des êtres organisés… », « On le prendrait pour une tortue qui se serait affublée de la dépouille d’un oiseau… » En 1865, Lewis Carroll en fait un personnage des Aventures d’Alice au pays des merveilles. Il s'inspire d’une peinture représentant un dodo boursouflé, un individu ramené en Europe qui avait été gavé de biscuits. Le dodo sauvage ne devait pas avoir été aussi dodu.

Aujourd’hui, les analyses génétiques montrent que son plus proche parent actuel est le pigeon de Nicobar, des îles de l'est de l’océan Indien. Les dodos malhabiles avaient donc pour ancêtres des pigeons capables de voler. À Maurice, d'autres espèces furent victimes de l’arrivée des Européens, dont les tortues géantes. Actuellement on compte 32 espèces de plantes disparues de l’île suite à sa déforestation. 

Alors, un peu facile de faire du commerce de produits dérivés sur le dos du dodo emblématique. Un dodo qui ne saurait cacher à lui seul la dévastation des îles et de leur biodiversité. Espérons que l'expression « Dead as a dodo », qui signifie « tout à fait mort » ne sera plus de mise.

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