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Platanes longeant les routes de Provence, France

D'orient ou d'occident, le platane

3 min
À retrouver dans l'émission

Deux espèces de platane quadrillent les allées et les parcs de nos villes. Le platanus orientalis, qui peut durer jusqu'à mille ans et plus récemment, le platanus occidentalis qui fait de l'ombre aux joueurs de pétanques et aux écoliers des cours d'école.

Platanes longeant les routes de Provence, France
Platanes longeant les routes de Provence, France Crédits : Chris HELLIER - Getty

De la fenêtre de mon bureau au cœur du Jardin des Plantes, j’ai le bonheur de pouvoir contempler un arbre… comment dire ? Magnifique serait en deçà de la réalité. Somptueux trop pompeux. Impressionnant me semble plus approprié. 

Cet arbre est un platane d’Orient, Platanus orientalis, planté par le grand naturaliste Buffon en 1785 alors qu’il était intendant du Jardin du Roy. Imaginez ! Ce platane a été contemplé par Lamarck et Cuvier ! Il a connu les sans-culottes de la Convention et les merveilleuses du Directoire ! Il a été vu par Napoléon et par le Général de Gaulle. 

Ce brave platane haut de 27 mètres est âgé de 235 ans au moins car ce n’est pas une graine qui a été plantée. Ce n’est pourtant pas un vieillard. La longévité usuelle des platanes peut aisément atteindre trois siècles, et dépasser le millénaire sur des sols favorables. 

Le platane d’Orient planté par Buffon au Jardin des plantes ne doit pas être confondu avec ces autres platanes qui habillent les allées de la perspective qui mène de la Seine à la Grande Galerie de l’évolution. Ceux-là sont de vulgaires hybrides.  Car, comme le platane d’Orient se reproduit difficilement, il a été remplacé dès le 18e siècle par le platane commun résultant du croisement entre le platane d’Orient et le platane d’Occident, Platanus occidentalis, venu d’Amérique du Nord. 

L'arbre des allées et des alignements urbains

On a planté de nombreux platanes pour faire de l’ombre sur les places et abriter les joueurs de pétanque. L’hybride cultivé est devenu l’arbre des allées, des alignements, ornant les avenues des grandes villes comme des petites communes, les entrées de châteaux comme les cours d’école. 

Le platane est apprécié pour sa robustesse, sa résistance à la taille et sa longévité. Il ne déteste pas la promiscuité et les alignements de platanes sont légion. L’on peut même faire fusionner entre elles les branches de deux individus, formant ainsi une voute végétale. Une promiscuité qui lui joue des tours lorsque le chancre coloré le terrasse et se propage d’arbre en arbre. 

Un platane n'a jamais agressé personne

Sa résistance à la pollution lui a permis de se maintenir dans les villes. À partir du premier Empire, il orne également des bords des routes pour éviter que les champs, de sillon en sillon ajoutés, n’empiètent progressivement sur les chemins. 

Platane utile dans un rôle de gardien de l’espace. Mais au siècle du tout-automobile, platane devenu dangereux. Le choc frontal contre un platane est le plus souvent fatal. C’est ainsi qu’est mort Albert Camus en 1960, lorsque la Facel Vega de son éditeur s’est enroulée autour d’un platane de l’Yonne. La fréquence des accidents a curieusement conduit à accuser les platanes. On a pu lire dans la presse : « les platanes sont responsables de 9% des morts sur la route » ce à quoi les défenseurs des arbres répliquaient : « on n’a jamais vu un platane agresser une voiture ». 

Le platane de Buffon qui fait face à mon regard est simplement beau, une beauté qui change d’une saison à l’autre tout en restant immuable et il n’a, à ce jour, agressé personne. 

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