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 Le squelette d'un élasmosaure exposé au Musée d'Histoire naturelle d'Ottawa, Canada

Duel à "ok Elasmosaure"

3 min
À retrouver dans l'émission

"La guerre des os" ou comment des paléontologues américains de la fin du 19e siècle se sont livré une guerre sans merci autour d'un fossile d'Elasmosaure. Les controverses scientifiques virulentes autour de ce grand reptile marin ont permis la découverte de plus de 130 nouvelles espèces !

 Le squelette d'un élasmosaure exposé au Musée d'Histoire naturelle d'Ottawa, Canada
Le squelette d'un élasmosaure exposé au Musée d'Histoire naturelle d'Ottawa, Canada

Pour nous, les États-Unis des années 1870, c’est le Far West avec ses cow-boys, ses indiens, ses chercheurs d’or et des locomotives poussives dans les grandes plaines où galopent les bisons.  Oui, mais il n’y avait pas que des chercheurs d’or.  Il y avait aussi des chercheurs de dinosaures, et autres grands fossiles. 

1868. Dans les terrains crétacés du Kansas, le paléontologue Edward Drinker Cope, de l'Académie de Philadephie, découvre un reptile marin qu'il baptise Elasmosaurus

L'elasmosaure est un plésiosaure, ces grands reptiles marins apparus au début du Jurassique. Ce ne sont pas des dinosaures, mais des cousins très éloignés de nos reptiles actuels. Elasmosaurus est un animal au cou démesuré qui compte plus de 70 vertèbres cervicales !  

Seulement voilà, on ne connaît pas de vertébré aussi extravagant, dont le cou est plus long que la queue. Une super-girafe de mer, en somme ! Ceci-dit, je vous rappelle que la girafe, tout comme nous, n'a que sept cervicales. 

Cope s'interroge et il opte finalement pour retourner la bête en plaçant la tête du mauvais côté, au bout de la queue ! Dans sa publication de 1869, il propose un dessin, où l’on reconnait un élasmosaure doté d'un petit cou et d'une queue démesurément longue. 

"La guerre des os"

Entre alors en scène son pire ennemi et compétiteur en chasse de fossiles, Othniel Charles Marsh du Peabody Museum. Marsh ricane et fait remarquer sa grossière erreur à Cope. Cope se vexe et lui répond que cela fait des mois qu’il travaille sur ce squelette, qu’il n’est pas un bleu et qu’il sait distinguer l'avant de l'arrière chez un vertébré.  

Mais l’opinion de Marsh est confirmée par Joseph Leidy, l’un des paléontologues américains des plus réputés de l’époque. Cope enrage. Sa publication, où l’animal n’a pas la tête à la bonne place, a déjà été distribuée à tout son réseau. Ça fait désordre. Il décide d'écrire un nouvel article en 1870, où il corrige son erreur. Cette fois, il dessine la tête au bon endroit, au bout du cou, donc… mais il ruse. Il antidate l’article en 1869, comme pour effacer sa méprise ! 

Vingt ans plus tard, la rivalité entre Marsh et Cope est à son apogée, tous les coups sont permis : vols, destruction de fossiles, calomnies… Marsh se vante devant la presse d’avoir mis l’incompétent Cope le nez dans son erreur. Mais Cope réplique que c’est Leidy, qui lui avait révélé que l’élasmosaure avait la tête à l'envers. Ce qui est exact. 

Des photographies de l'époque nous les montrent armés jusqu'aux dents. Je soupçonne que ce n'était pas que pour se garder des hors-la-loi ou des indiens. Ce faisant, la science a vraiment bénéficié de leur compétition acharnée. Les prospections de nos deux protagonistes permirent la description de 136 nouvelles espèces et des collections majeures, aujourd'hui dans les musées, datent de cette période. 

L'opposition entre les équipes de Cope et Marsh a été si violente qu'elle est restée dans l'histoire des États-Unis sous le nom de "guerre des os". C'est dire que les scientifiques n'étaient pas plus exemplaires que les cow-boys dans l'ouest sauvage de ces années-là

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