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En vrai, ça n'est pas comme ça que ça marche chez les éléphants. La gravure de Jean-Pierre Houel est un monument d'anthropomorphisme.

Fantasme révolutionnaire

3 min
À retrouver dans l'émission

C’est l’histoire de deux éléphants arrivés d’Asie et fascinant un peuple en pleine effervescence révolutionnaire. C’est l’histoire d’un artiste qui veut montrer à la nation comment ces animaux géants copulent. C’est l’histoire que vous devez prendre le temps de découvrir.

En vrai, ça n'est pas comme ça que ça marche chez les éléphants. La gravure de Jean-Pierre Houel est un monument d'anthropomorphisme.
En vrai, ça n'est pas comme ça que ça marche chez les éléphants. La gravure de Jean-Pierre Houel est un monument d'anthropomorphisme. Crédits : Jean-Pierre Houel

Juillet 1798. Deux éléphants d’Asie, Elephas maximus, dorment paisiblement dans la Ménagerie du Jardin des plantes, créée quatre ans auparavant. Un intrus se tient niché au fond de leur abri. L’homme est épuisé, car cela fait plusieurs nuits qu’il campe à proximité des pachydermes. Pourquoi dort-il avec des éléphants ? Et qui est-il ?

Il s’agit du peintre Jean-Pierre Houel, bien connu pour ses tableaux de la prise de la Bastille, qu’il fallait montrer à tous. La peinture était là un outil d’information, si ce n’est de propagande.

Mais vous allez voir qu’il n’y avait pas que la Bastille. Houel se passionne, comme beaucoup de ses concitoyens, pour ces deux animaux gigantesques arrivés en mars dernier.

Jean-Pierre Houel guette, prend des notes, dessine, enquête sur le comportement de ces bêtes étranges. C’est la huitième semaine qu’il passe en leur compagnie, car il veut révéler dans l’ouvrage qu’il prépare le plus intime des secrets de la Nature. Comment les éléphants, bêtes aussi volumineuses, s’y prennent-elles pour s’accoupler ? Il y passe ses nuits.

Et nos deux éléphants, qui sont-ils ? Après avoir été capturés très jeunes sur l’île de Ceylan, ils se sont retrouvés chez le Stathouder des Pays-Bas en juillet 1786. Mais l’époque est trouble. La victoire de Fleurus, au printemps 1794, ouvre aux révolutionnaires les portes de la Hollande. La commission des Arts et des Sciences française réquisitionne les collections princières.

À la suite de moult difficultés et la destruction de plusieurs cages, Hans et Parkie quittent la Hollande le 25 septembre 1797. Les professeurs du muséum national d’Histoire naturelle, à qui sont destinés les éléphants, trépignent d’impatience. Après un hivernage à Cambrai, Hans et Parkie arrivent finalement à Paris le 23 mars 1798.

Installés au Jardin des plantes, ils déclenchent un engouement considérable. Car si les éléphants sont bien connus depuis l’Antiquité, les observer vivants est une chance unique pour les savants de la République. Le 29 mai 1798, les professeurs font entendre de la musique aux éléphants, afin d’examiner si cela suscite leur ardeur.

L'érection civique du citoyen-éléphant 

Les observations consignées précisent que les deux pachydermes se seraient montrés particulièrement excités lorsque retentit le très républicain « Ah ça ira ! ça ira ! ». Les scientifiques consignent « un semblant d’érection civique » chez Hans, ce parfait « éléphant sans-culotte », mais celle-ci tourne court. Je n’invente rien !

Notre peintre, las de coucher dans une ménagerie, renonce à l’observation directe d’un coït éléphantesque. Il dessinera néanmoins dans son livre une planche représentant un accouplement, Parkie sur le dos et Hans sur elle lui faisant face, dans une position que l’on peut qualifier de classique chez les humains. Il fallait convaincre que les éléphants-citoyens vivaient heureux dans la nouvelle République. On retrouve la propagande.

Cependant, si Houel sacrifie la véracité aux besoins idéologiques du régime, il note en légende : « Simulacre des instants de la génération chez les éléphants ». Houel manquait sans doute d’imagination, mais il était assez honnête.

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