LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Observé de profil, un fossile de gryphée peut ressembler à la griffe du diable…

Gryphées du diable

2 min
À retrouver dans l'émission

Les gryphées, sortes d’huîtres du Jurassique, ont disparu. Mais leur fossile se trouve facilement, notamment dans la région lyonnaise. Leur aspect a suscité différentes croyances : on leur prête des vertus thérapeutiques comme des origines diaboliques…

Observé de profil, un fossile de gryphée peut ressembler à la griffe du diable…
Observé de profil, un fossile de gryphée peut ressembler à la griffe du diable… Crédits : Dwergenpaartje / Wikimedia Commons

L'habitant qui, le soir, franchit le porche de sa demeure puis remonte chez lui en empruntant le bel escalier de pierre d'une vieille maison lyonnaise, sait-il où il pose les pieds ? Se doute-t-il qu'il frôle le diable ?

Remontons près de 200 millions d'années en arrière. Nous sommes au début du Jurassique, à l'époque d'un étage géologique qui tire son nom de Semur-en-Auxois, en Bourgogne, le Sinémurien. À l'emplacement de la France actuelle, la mer sinémurienne est belle, tempérée et peu profonde même si elle se montre parfois houleuse. Elle borde les reliefs du Massif armoricain, des Ardennes et du Massif-Central et s'ouvre vers le large à l'Est.

Cette mer abrite une faune riche et variée, notamment de nombreux mollusques : gastéropodes, bivalves fouisseurs, une grande diversité d'ammonites qui nagent à différentes profondeurs, et une espèce d'huître dont la coquille présente une valve très creuse, de forme arquée, surmontée d'une valve couvercle assez plate : la gryphée. Les gryphées vivaient à la manière des huîtres actuelles, filtrant l’eau et se nourrissant de planctons. Elles vivaient quelques décennies comme en attestent les stries de croissance très marquées qui ornent leur coquille.

Elles étaient posées sur le fond où elles formaient des accumulations très denses qui ont donné leur nom au « calcaire à gryphées », pierre de construction largement utilisée du lyonnais à la Bourgogne pour édifier linteaux, encadrements de fenêtre et escaliers à la surface desquels apparaissent en coupe les contours de nos gryphées. 

Trace du Malin et objet guérisseur  

Mais pourquoi diantre avoir évoqué le diable ?

La forme arquée des gryphées évoque celle d'une griffe. Les stries qui ornent leur coquille rappellent en plus grossier celles d'un ongle. Par ailleurs leur coquille épaisse – ce sont des fossiles très robustes – leur a permis d'arriver jusqu'à nous en bon état et en nombre. Dans les localités où affleure le Sinémurien, il est très courant d'en trouver dans les labours ou le long des sentiers. Trois bonnes raisons de penser que ces gryphées ont une origine diabolique. D'ailleurs, les croyances médiévales les considéraient comme des griffes du diable, arrachées lors de ses courses folles à la poursuite des âmes en perdition.

J'en déduis que le diable était pourvu de nombreuses griffes et qu'il courait beaucoup. Mais ce n'est pas tout. La gryphée courbée sur elle-même ne peut plus se redresser. Elle semble souffrir du dos. En posséder était donc un remède souverain pour éloigner vers elles douleurs osseuses et arthrite.

Existait-il un commerce de gryphées hors des contrées où on la trouve ? Je ne sais pas. Mais ce qui est sûr c'est que les hôtes des vieilles demeures lyonnaises ne doivent pas souvent avoir mal au dos. Effet curatif de l'exercice imposé par l'usage des escaliers ou effet des gryphées. La science tranche, mais le rêve subsiste.

rediffusion de la chronique du 28 août 2020

L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......