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Représentation d'un aurochs sur la porte d'Ishtar, construite à Babylone en 580 av. J.-C. environ.

La copie ne vaut pas l’original

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La dimension mythique de l’aurochs, ancêtre de nos bovins domestiques, a suffisamment fasciné au XXe siècle pour que des scientifiques proches du national-socialisme se mettent en tête de le voir renaître. Mais peut-on seulement recréer une espèce ?

Représentation d'un aurochs sur la porte d'Ishtar, construite à Babylone en 580 av. J.-C. environ.
Représentation d'un aurochs sur la porte d'Ishtar, construite à Babylone en 580 av. J.-C. environ. Crédits : Bartosz Hadyniak - Getty

Nuremberg, septembre 1934, le parti nazi met en scène sa sinistre saga à la gloire de son chef. Les symboles flamboient, les références à des légendes germaniques anciennes sont célébrées à l’image de celles qui entourent la tétralogie de Wagner. Tout cela est bien connu, mais se souvient-on que des animaux ont également été conviés à la construction du mythe aryen ? L’aurochs, animal noble chez les peuples indo-européens et nord-africains, est un bovidé imposant : 1 mètre 80 au garrot pour les mâles ! Avec ses grandes cornes élégamment courbées il est un sujet de fascination et de prestige.

Son ancienneté remonte à au moins 500 000 ans, voire plus. Il a ainsi croisé l’homme de Tautavel il y a 400 000 ans, puis l’homme de Néandertal jusqu’à son extinction vers 40 000 ans, et notre ancêtre direct, l’homme de Cro-Magnon. Il est d’ailleurs représenté dans les grottes de Lascaux et de Chauvet.

Certains d’entre nous l’auront même aperçu dans l’arène d’Astérix en Hispanie. Les données génétiques et archéologiques montrent que l’aurochs a été domestiqué il y a 10 000 ans. Il est l’espèce souche de tous nos bovins domestiques. Hélas, il a disparu à l’état sauvage et le dernier aurochs européen vivant a été vu en 1627 dans une forêt polonaise.

Propagande animale  

Au XXe siècle, on s’est mis en tête de « re-fabriquer » un « aurochs ». Tel était le projet dans l’Allemagne des années 1920 des frères Heinz et Lutz Heck, respectivement directeurs des parcs zoologiques de Munich et de Berlin. Par une série de croisements génétiques à rebours, ils souhaitaient ainsi revenir à la forme ancestrale. Ils se fondirent rapidement dans l’idéologie nazie, obsédée par une « pureté germanique » et nourrissant le mythe de la force brute des premiers habitants de l’Allemagne, qui auraient côtoyé dans les forêts des animaux puissants et dangereux. Le surhomme se devait d’avoir affronté un sur-animal.

L’aurochs fut donc utilisé comme symbole par la propagande nazie, ce qui n’était pas pour déplaire aux frères Heck qui occupaient des postes de responsabilité dans les institutions du Troisième Reich. Ils adhéraient d’ailleurs si bien à cette idéologie qu’ils négligeaient de voir, après douze années de travail, les écarts persistants entre la forme de leur nouveau bovin et celle de véritables aurochs tels que dessinés par plusieurs auteurs du XVIe siècle.

Il existe aujourd’hui environ 7000 « aurochs reconstitués » en Europe. Mais tout biologiste sait que toute espèce est le fruit de l’histoire. On ne remplace pas une histoire évolutive par des sélections artificielles. En réalité, on recompose.

Ainsi, beaucoup critiquent que le nouveau bovin soit appelé « aurochs ». C’est exact, l’aurochs a bien disparu, et nous avons aujourd’hui un pseudo-aurochs. La meilleure des copies ne remplacera jamais un original… C’est malheureusement vrai pour l’aurochs à jamais perdu. 

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