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Dans de nombreuses régions du monde, le charbon est toujours synonyme d'un travail pénible et dangereux. Ici, un travailleur au Bangladesh.

La forêt du charbon

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C’est aujourd’hui une des principales ressources (non renouvelables) énergétiques de l’humanité. Mais savez-comment s’est formé ce synonyme de l’ère industrielle ?

Dans de nombreuses régions du monde, le charbon est toujours synonyme d'un travail pénible et dangereux. Ici, un travailleur au Bangladesh.
Dans de nombreuses régions du monde, le charbon est toujours synonyme d'un travail pénible et dangereux. Ici, un travailleur au Bangladesh. Crédits : SOPA Images / Contributeur - Getty

Le charme suranné des locomotives à vapeur avec leurs grandes roues et leur élégant panache. Cette évocation empreinte de nostalgie, nous la devons au charbon. 

Sans charbon, rien de tout cela et sans les environnements du Carbonifère, pas ou peu de charbon. Imaginez. Je vous emmène au Carbonifère. C’est-à-dire à 300 millions d’années en arrière, pour un voyage dans le temps. Nous atterrissons dans un secteur proche de l’équateur, dans l’Europe d’aujourd’hui. 

La forêt est magnifique, luxuriante, mais vous n’en reconnaissez pas les arbres. Nous sommes environnés de fougères arborescentes hautes de vingt mètres, avec un tronc de soixante centimètres. Des lépidodendrons de quarante mètres, des Sigillaria de trente mètres et plus, terminés par des bouquets de frondes foliaires d'un mètre. 

En bordure du plan d’eau, s’élèvent des prèles de cinq mètres, et des calamites semi-arborescentes dressent leur axe sur quinze à vingt mètres. En contemplant cet enfer vert, vous prenez conscience que tout cela fournira le charbon de la révolution industrielle 300 millions d’années plus tard. 

La forêt est marécageuse. La végétation pousse, meurt, tombe dans l’eau. Ces restes organiques forment un tapis épais désormais à l’abri de l’oxygène. Des bactéries anaérobies entrent en action. Les résidus s’enrichissent en carbone, se transformant en une sorte de tourbe. 

Doucement, au fil des siècles et des millénaires, le marécage s’enfonce sous le poids des débris qui s’accumulent. En profondeur la pression et la température augmentent. Lorsque les 50°C sont atteints, vers 1500 mètres de profondeur, d’autres transformations enclenchent une pyrolyse. Elles vont aboutir à la formation de houille. 

Selon l’ampleur de cette pyrolyse, on a des houilles grasses, maigres ou de l’anthracite constitué à 95% de carbone. Des cycles successifs d’installation ou de destruction temporaire des forêts marécageuses s’installent. 

Du charbon et des morts 

L’alternance de périodes calmes et de périodes où l’enfouissement est plus rapide provoque la formation de veines de houille séparées par ce que les mineurs désignent comme des « morts terrains ». Sinistrement, il n’y a pas que les terrains qui sont morts dans les mines. 

Les mines sont synonymes de conditions de travail effroyables dans l’obscurité et la chaleur, à se casser les reins, à respirer la poussière qui causera la silicose. Les mines sont synonymes du travail des enfants, les galipots qui descendent dans les puits dès l’âge de neuf ans. En Belgique, il faut attendre 1884 pour que l’âge limite soit remonté à douze ans.  

Les coups de grisou ravageurs sont restés dans les mémoires. Le plus meurtrier d’Europe touche le Nord de la France en 1906. Il fait 1099 morts et révèle jusqu’à l’écœurement l’attitude de la compagnie de Courrières qui, au bout de trois jours, stoppe les recherches et mure les galeries. Les hommes sont sacrifiés pour préserver le charbon ; seule une poignée de survivants sortira des puits vingt jours après l’explosion. 

Et dire que le carbone le plus pur se présente aussi sous la forme de diamant.

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