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Plus une femelle hyène sera agressive, plus elle aura de chances d'occuper une position dominante.

La hyène questionne le genre

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Chez les hyènes tachetées, se sont les femelles qui font la loi. Des femelles déguisées en mâles, tant dans leur comportement que par leur anatomie.

Plus une femelle hyène sera agressive, plus elle aura de chances d'occuper une position dominante.
Plus une femelle hyène sera agressive, plus elle aura de chances d'occuper une position dominante. Crédits : Deon de Villiers - Getty

Un ricanement sinistre traverse l’obscurité. Il a plu et la touffeur écrase la savane. La veille, les lions ont abandonné une carcasse de zèbre aux trois-quarts dévorée. Les hyènes sont là. Phénomène très rare chez les mammifères, les femelles, beaucoup plus robustes et massives que les mâles, imposent leur loi. Mais sont-ce bien des femelles ?

Une observation attentive s’impose.

Les soi-disant femelles présentent un appendice en forme de pénis et elles ont une sorte de scrotum. Leur vagin est obturé. D'ailleurs en Tanzanie, au Sénégal ou au Mali on considérait les hyènes tachetées comme hermaphrodites, femelles et mâles en même temps. Un bestiaire moralisateur chrétien du IIe siècle a lui aussi présenté la hyène comme hermaphrodite. Affirmation reprise au Moyen-Âge. Seraient-elles le seul mammifère hermaphrodite ? Mais dans ce cas à quoi leur serviraient les vrais mâles chétifs ?

En fait non, la hyène tachetée n’est pas hermaphrodite. L’appendice en forme de pénis des femelles est anatomiquement un clitoris hypertrophié et c’est leur vulve qui constitue le pseudo-scrotum. Ce sont bien de véritables femelles pourvues d’ovaires qui portent et allaitent leurs petits. Des femelles un peu déguisées en mâles et même dans leur comportement. En effet, la société des hyènes tachetées est régie par l’ordre hiérarchique des femelles adultes. La femelle dominante, la plus agressive, mange d’abord avec ses petits, puis les autres femelles. En somme, plus une femelle est agressive, plus elle a de chances que ses jeunes prospèrent. Les hyènes auraient donc tout pour devenir de plus en plus agressives au fil de l’évolution.

Des femelles imprégnées de testostérone 

En effet, les hyènes tachetées sont les seuls mammifères dont le placenta contient des enzymes qui transforment les hormones féminines du sang maternel en testostérone dans le sang du fœtus. Les petites femelles se développent dans un bain de testostérone, ce qui a pour effet, de les rendre agressives dès la naissance et cette agressivité sera conservée toute leur vie durant, sorte d’ascenseur social, et donc facteur de réussite de leur propre descendance.

Tout est parfait. Non, car il y a un prix à payer, une sorte de dégât collatéral.

En raison de la testostérone, le développement des organes sexuels externes des petites femelles est infléchi vers la forme mâle, d’où leur masculinisation superficielle. En raison de l’obturation du vagin, les bébés hyènes naissent par le clitoris maternel. Le trajet à parcourir dans les voies génitales maternelles est supérieur à la longueur du cordon ombilical qui se détache du placenta avant que le petit n’ait pu sortir. De nombreux petits meurent ainsi étouffés, car ils ne sont plus alimentés en oxygène sur la dernière partie du trajet.

Plus d’agressivité pour une descendance mieux nourrie signifie aussi plus de testostérone, donc plus de difficulté à naître, donc moins de descendants. Il y a une limite à l’agressivité.

Voilà le mythe éclairci. Et la preuve que la sélection naturelle réalise des compromis, pas des perfections. Les hyènes en rient encore.

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