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Découverte par les Ocidentaux en 1741, l’espèce a été exterminée en moins de trentes ans. Ici, une représentation du peintre animalier allemand August Specht (1849-1923).

La rhytine de Steller

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Quand ils apercevaient des sirènes au loin, les marins n’étaient pas bien loin de la vérité. À deux doigts d'avoir vu juste disons…

Découverte par les Ocidentaux en 1741, l’espèce a été exterminée en moins de trentes ans. Ici, une représentation du peintre animalier allemand August Specht (1849-1923).
Découverte par les Ocidentaux en 1741, l’espèce a été exterminée en moins de trentes ans. Ici, une représentation du peintre animalier allemand August Specht (1849-1923). Crédits : Grafissimo - Getty

1720. Ballotés par les vagues du Pacifique nord, les pêcheurs russes, harassés, sont penchés sur leurs filets lorsque l’un d’eux hurle en pointant son doigt vers la crête d’une vague : « une sirène, une sirène ! » 

En effet, une sirène vient de faire surface. Curieuse, elle relève la tête, sort son buste de l’eau pour mieux voir le navire, exhibant à la vue des pêcheurs ses deux mamelles, avant de replonger en dévoilant une queue à deux lobes. 

Les sirènes tant redoutées d’Ulysse ne sont pas des légendes. Elles existent bel et bien. Mais qu’en est-il vraiment ? L’animal se rapprochant le plus de la sirène est incontestablement la rhytine de Steller, Hydrodamalis gigas. En vous livrant ce nom, je ne vous avance guère et je vous dois un éclairage. 

La rhytine est un mammifère marin de sept à huit mètres et pesant huit à neuf tonnes. Imaginez un hybride entre une vache et un phoque. Avec les lamantins, la rhytine appartient au groupe des siréniens, un nom qui n’est pas sans évoquer la légende des sirènes. 

Mais laissons les marins à leurs rêveries, pour nous intéresser à une énigme plus étonnante encore. Dans la galerie du Muséum, le squelette de la rhytine montre des mains avec des os en plâtre, reconstitués. Pensant que les mains avaient été perdues, le squelette a été complété. Logique. Mais pourquoi ne pas avoir vérifié sur une rhytine actuelle ? 

Eh bien voilà, ce n’est plus possible car, après avoir été découverte en 1741, l’espèce a été exterminée en l’espace de 27 ans ! Heureusement, des musées avaient pu récupérer quelques squelettes. Résultat des courses : aucun ne présente de mains ! Tous les bras se terminent par un radius et un cubitus ! 

Une affaire de phalanges

Pour y voir clair, il faut alors revenir à la description laissée par le naturaliste allemand Georg Wilhelm Steller qui accompagnait le navigateur Vitus Béring lors de l’exploration du Pacifique Nord. Leur bateau fit naufrage en 1741 sur l’île qui porte désormais le nom de Béring. Parmi les loutres de mer et les otaries, ils découvrirent un étrange mammifère de grande taille. Steller entreprit de le décrire. Quand l’été 1742 et les secours arrivent, il faut quitter l’île sans pouvoir emporter le squelette. Dès son retour sur le continent, Steller termine son manuscrit et l’envoie à Saint-Pétersbourg, mais il ne vit pas assez longtemps pour le voir publier, mourant à 37 ans, en plein hiver sibérien. Comme le précise Steller, la rhytine a bien un radius et un cubitus, des os de la main, carpes et métacarpes, mais pas de phalanges ! 

Il évoque la ressemblance avec le moignon d’un membre amputé qui à son extrémité serait hérissé d’innombrables soies. Il n’y a nulle phalange, et ces « soies » se sont dégradées. Il est donc normal que les spécimens des musées n’aient pas de doigts. 

Mais que sont devenus carpes et métacarpes ? Nous pouvons supposer que ces éléments dont parle Steller étaient cartilagineux, et qu’ils n’ont pas été conservés sur les squelettes des musées car tous proviennent de rhytines échouées. La main invisible de la rhytine plane sur les sirènes et autres espèces disparues !

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