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Equipés de nanotechnologies, les albatros viennent en aide aux contrôleurs des pêches.

L’albatros, l’espion venu des airs

3 min
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Attention, un albatros peut cacher un système de balise ! Des chercheurs français ont mis au point des nanotechnologies qui permettent aux albatros de devenir de véritables contrôleurs des pêches et ainsi repérer les opérations de pêche illégales dans l'Océan austral.

Equipés de nanotechnologies, les albatros viennent en aide aux contrôleurs des pêches.
Equipés de nanotechnologies, les albatros viennent en aide aux contrôleurs des pêches. Crédits : Kristian Bell - Getty

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage 

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, 

Qui suivent, indolents compagnons de voyage, 

Le navire glissant sur les gouffres amers

Sans les avoir jamais vus, Baudelaire s’émouvait de la splendeur des albatros, qui frôlent de l’aile des vagues énormes, puis s’élancent au-dessus des crêtes déferlantes sans paraître faire le moindre effort. Spectacle inoubliable dans les mers du grand Sud. Une strophe plus loin, Baudelaire poursuit : 

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! 

L’un agace son bec avec un brûle-gueule, 

L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait ! 

Attention ! Que les marins se méfient ! Car aujourd’hui les albatros, qui parcourent des milliers de kilomètres dans l’Océan austral, sont des mouchards truffés d’électronique et ils pourraient bien se venger. Ils sont devenus des auxiliaires des contrôleurs des pêches. 

Dans l’immensité de l’Océan austral, existent des zones protégées, mais peu de bateaux de la marine pour les faire respecter. Des chercheurs français ont eu l’idée d’associer nanotechnologies et albatros pour pister les opérations de pêche, légales ou illégales. Il s’agit d’utiliser les albatros, équipés de minuscules balises, comme patrouilleurs, vérifiant que les bateaux sont bien déclarés à travers l’obligatoire système AIS. 

Le système AIS, initialement destinés à éviter les collisions, renseigne sur identité, position, vitesse et direction des bateaux. Mais un système qui se débranche aisément si l’on souhaite rester discret. Seulement voilà, lorsque l’albatros s’approche d’un vaisseau, la balise détecte immédiatement si le bateau est en règle et alerte instantanément qui de droit. 

Un essai expérimental a porté durant six mois sur 169 albatros appartenant à deux espèces : l'abatros hurleur Diomedea exulans et l'albatros d'Amsterdam Diomedea amsterdamensis. Ils ont croisé 353 vaisseaux sur une superficie de 47 millions de kilomètres carrés. 72% des vaisseaux avaient un signal AIS déclaré, tandis que 28% n’en avaient pas. 

En outre, de nouvelles données biologiques ont été obtenues sur l’attraction des oiseaux par les bateaux, qui diffère selon l’âge, le sexe, et l’espèce. Les albatros patrouillent pour se nourrir et ils sont menacés. Les ressources alimentaires diminuent du fait de la pêche. Les distances record qu’ils parcourent les exposent à des périls variés, dont des captures accidentelles par les palangres. Ces immenses lignes bourrées d'hameçons entraînent la mort des adultes, mais aussi des poussins orphelins (plusieurs centaines de milliers meurent ainsi chaque année). Une incidence dramatique car leur taux de reproduction est lent. Baudelaire aurait-il amorcé une prophétie ? 

Le Poète est semblable au prince des nuées 

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ; 

Exilé sur le sol au milieu des huées, 

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. 

Ces vers magnifiques semblent résonner avec ceux-ci bien plus mauvais, mais hélas plus réalistes. 

Exilé sur la Terre par l'homme saccagée, 

Ses ailes de géants l’empêchent de durer ! 

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