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À travers l'histoire, toutes sortes de pouvoirs et de propriétés ont été prêtées à ce lézard qu'on a longtemps tenu pour être un serpent.

L'amphisbène, sans queue ni tête

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Ce lézard ressemble beaucoup à un serpent. Il semble dépourvu de tête. Ou en a-t-il deux ? Bref, il n'en fallait pas plus pour que ce fruit original de l'évolution ne suscite un nombre important de mythes, tout aussi étonnants que lui.

À travers l'histoire, toutes sortes de pouvoirs et de propriétés ont été prêtées à ce lézard qu'on a longtemps tenu pour être un serpent.
À travers l'histoire, toutes sortes de pouvoirs et de propriétés ont été prêtées à ce lézard qu'on a longtemps tenu pour être un serpent. Crédits : Diogo B. Provete / Wikimedia Commons

Si l’on vous demande « qu’est-ce qui vit à terre, n’a pas de pattes et qui a des écailles ? », vous allez répondre : un serpent. Mais voilà, l'évolution est facétieuse.

Car si la réponse est juste, elle n’est pas complète. En effet, il existe des lézards sans pattes. D’ailleurs, dans l’histoire des lézards, longue de 200 millions d’années, ces animaux ont perdu les membres une dizaine de fois. Vous en avez un témoin dans votre jardin : l’orvet est un lézard sans pattes. Puis vous avez les amphisbènes.

Qui sont-ils ? Les amphisbènes sont des lézards fouisseurs qui ressemblent à de gros vers de terre, longs généralement d’une vingtaine de centimètres, mais jusqu'à 80 chez certaines espèces. Il en existe 181 espèces. Une seule est européenne et vit dans la péninsule ibérique : Blanus cireneus. Leur corps cylindrique est couvert d'écailles arrangées en anneaux. Leur tête est dans le prolongement du cylindre et leurs petits yeux sont enfouis sous les écailles. Leur queue est courte, si bien que l’arrière du corps ressemble à l’avant.

Tandis que les serpents avancent par ondulation du corps, chez les amphisbènes la peau est mobile, ce qui leur permet de ramper en ligne droite. Ils se déplacent aussi bien en marche avant qu’en marche arrière. C’est leur peau qui les fait avancer !

L’effet produit est déroutant : lorsque l’on est face à un amphisbène, on ne sait pas si l’on regarde l’avant de l’animal, ou son derrière… D’où leur nom de « créature à deux têtes ». D'où aussi une tactique spéciale lorsqu’ils sont menacés : ils remuent en même temps la tête et la queue, peu distinguables l’une de l’autre.

Pas de pattes mais beaucoup de mythes 

Aux Antilles et en Amérique du Sud, où les amphisbènes sont plus nombreux et plus divers qu’en Europe, certains sont appelés « double marcheur », « serpent à deux têtes », ou encore « mangeur de fourmis », ce qui est conforme au régime alimentaire de ces petits animaux. L’amphisbène est dans la mythologie romaine un serpent légendaire possédant une tête à chaque extrémité du corps. Pline l’Ancien affubla l’amphisbène de capacités venimeuses et de vertus médicinales. Par exemple, si une femme avait l'idée bizarre de porter un amphisbène autour du cou, elle serait protégée contre les maladies. Si l’on mange de l’amphisbène, on attire ensuite le sexe opposé.

Les amphisbènes n’ont jamais été venimeux, mais à l’époque, l’animal est pris pour un serpent, et comme le serpent est réputé venimeux, nécessairement l’amphisbène l’est aussi. À la fin du Moyen Âge l’amphisbène se voit doté d’organes imaginaires. Brunetto Latini, philosophe florentin du XIIIe siècle, lui attribue des yeux luisants comme des chandelles, ce qui n’est franchement pas conforme à l’observation. Les miniatures de l’époque médiévale lui collent deux pattes de poulet, des ailes plumeuses, tout en lui conservant une tête à chaque extrémité. Il peut tuer du regard durant les nuits de pleine lune, par envenimation car il mord des deux côtés avec une rapidité extrême. Il peut hypnotiser, se régénérer après avoir été coupé en deux… 

De fil en aiguille, on finit très, très loin de l’animal d’origine. Une histoire qui n'a ni queue, ni tête !

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