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Le aye-aye de Madagascar.

L’aye-aye , un Malgache pas ordinaire

3 min
À retrouver dans l'émission

L’aye-aye est un animal étrange des forêts malgaches qui se révéla pour les Européens un véritable casse-tête zoologique. Au sud de Magadascar, il est aussi l'objet d'un rite mêlant sacré et politique, où son corps est promené de village en village.

Le aye-aye de Madagascar.
Le aye-aye de Madagascar. Crédits : Thorsten Negro - Getty

Nous sommes en octobre 2001, au sud-est de Madagascar. Alors que le pays s'enfonce dans une nouvelle crise, une procession partant en direction de l'ouest suit des funérailles. Au fil d'une itinérance de trois mois, le cortège funèbre va relier des centaines de communautés villageoises. Cette course-relais funéraire est celle d’un cercueil de petite taille. Enterre-t-on un enfant ? Lequel mériterait un tel cérémonial ? Un descendant royal ? Non, il ne s’agit pas d’un enfant : on procède aux funérailles d’un aye-aye.

L’aye-aye est un animal étrange des forêts malgaches qui se révéla pour les Européens un véritable casse-tête zoologique. Long d’un mètre queue comprise, l’aye-aye est un animal arboricole nocturne. Sa tête est triangulaire, avec un grand front, de grands yeux, d’immenses oreilles et une petite mâchoire qui termine une face en pointe. Une vraie tête de gremlin.

Ses mains sont celles d’un primate, mais il a des griffes au lieu des ongles, sauf sur le gros orteil du pied. Le troisième doigt de la main est fin, et démesurément allongé. Ses incisives font penser à celles d’un rongeur. D’ailleurs il a une longue queue d’écureuil.

Cet animal pratique une technique de chasse très inhabituelle. Ses grandes oreilles lui confèrent une ouïe très fine. Il tapote avec ses doigts les troncs des arbres et repère ainsi au son les galeries creusées par les larves de coléoptères. Si cela sonne creux, il ronge alors le bois avec ses incisives et introduit son doigt effilé dans la galerie ainsi découverte, délogeant de grosses larves dont il se nourrit.

De l'aye-aye à "l'ancêtre sacré"

À l’est de l’île, cet animal nocturne est considéré comme maléfique et portant malheur à celui qui le croise. Il n’est pas apprécié. On lui assigne même des pouvoirs de sorcellerie. Mais un peu plus au sud, il peut être considéré comme un "ancêtre" et est respecté.

La procession est longue et ponctuée de rituels ; le cadavre devient squelette. Ce faisant, l’aye-aye devient razamasy, c’est-à-dire "ancêtre sacré", et recouvert d’une étoffe rouge. L’identité de l’ancêtre sacré va changer durant le parcours : "chose", "ossements", "divinité", "enfant de Dieu". Au bout du périple, il devient une sirène, et sera enterré en grande pompe près de Tuléar. Au final, c’est l’ancestralité commune à toutes les ethnies traversées qui est célébrée, et qui mobilise alors la conscience nationale, au point que cette procession mêle le sacré et le politique.

La science a aussi eu ses rites à propos de l'aye-aye. Lorsque Geoffroy Saint Hilaire, naturaliste du Muséum, le décrit en 1798, il le nomme Daubentonia en l’honneur de Louis Jean-Marie Daubenton directeur du Muséum. Georges Cuvier qui prend cet animal pour un rongeur le rebaptise Cheiromys car il récuse que l’on donne un nom d’homme à un tel animal. La postérité lui donnera tort et le nom de Daubentonia rester

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