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700 variétés de blés tendres et durs sont en circulation en France

Le blé, un bien si fragile

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Le blé, qui remplit le grenier de l'humanité, est avant tout une plante politique. La révolution française en témoigne. Les cours du blé flambent après des années de mauvaises récoltes entrainant des famines. A l'origine, l'éruption d'un volcan islandais qui dérègle le climat à partir de 1783.

700 variétés de blés tendres et durs sont en circulation en France
700 variétés de blés tendres et durs sont en circulation en France Crédits : Jeremy Woodhouse - Getty

Un timide soleil de minuit tente d’éclairer les austères paysages islandais. Une lueur rouge illumine le ciel. Cette lueur n’est pas celle du soleil car il fait bizarrement sombre, mais celle d’un volcan, le Laki. Nous sommes en juin 1783 et l’éruption va durer huit mois. 

Des gaz acides provoquent des pluies toxiques en Islande où 21% de la population décède, tandis que l’Angleterre, pourtant lointaine, compte 10 000 morts. Un nuage de gaz et de poussières se répand sur l’Europe. Il provoquera des étés pourris à répétition jusqu’en 1788, avec leur cortège de famines. 

En France, les cours du blé flambent, attisant le mécontentement des campagnes et la colère du peuple pressuré d’impôts par un trésor royal au bord de la banqueroute. Le Laki aurait été la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase de 1789. Jamais une plante n’aura été d’une telle importance politique. 

Depuis plus de 10 500 ans le blé remplit le grenier de l'humanité

Quoi, le blé, cette petite herbacée annuelle, si frêle, même pas ornée de belles couleurs ? Ce sont plusieurs céréales du genre Triticum de la famille des poacées, que l’on appelle "blé". Avec une production annuelle de plus de 700 millions de tonnes, cette plante remplit le grenier de l’humanité ; elle est la plus consommée avec le riz. 

Aujourd’hui, on récolte principalement le blé dur Triticum turgidum, surtout utilisé pour les semoules et les pâtes alimentaires, et le "blé tendre " ou "froment " Triticum aestivum utilisé pour le pain. Plus de 700 variétés de blés tendres et durs sont en circulation en France. Plus de 2400 sont inscrites au catalogue européen, ce qui donne une mesure de l’emprise humaine sur cette espèce. L’histoire du blé et l’Homme a commencé voici plus de 10 500 ans autour de deux espèces de blé sauvage, l’engrain ou petit épeautre Triticum monococcum et l’amidonnier Triticum dicoccoides

De la mauvaise récolte à la famine, un cercle vicieux

Dès l’antiquité égyptienne, le blé est devenu symbole de vie et de résurrection. En effet, le grain de blé n’est pas seulement nourricier, il est aussi la promesse de la récolte future. Deux fonctions qui ont longtemps été difficiles à concilier. Au Moyen-âge, les agriculteurs sont sous tension. La récolte sert pour moitié à se nourrir, mais aussi pour moitié à replanter. Qu’une mauvaise récolte survienne, et la contrainte à se nourrir ampute le rendement de l’année suivante, accroissant d’autant le risque de famine. Sauf à ce qu’une bonne année survienne, un cycle terrible s’enclenche, les famines entraînant elles-mêmes d’autres famines. 

La famine qui frappa l’Algérie entre 1866 et 1868 provoqua 820 000 morts sur 4,2 millions d’habitants. Rappelons aussi la famine ukrainienne de 1932. Staline veut casser la soi-disant spéculation et exporter. L’état soviétique prélève les récoltes, conduisant à la famine de 1932. C’est l’engrenage : les paysans cachent du blé pour se nourrir, mais sont soupçonnés de spéculation. L’État stalinien déportera deux millions d’entre eux. La famine fera 8 millions de morts, tandis que l’Ukraine exporte des millions de tonnes de blé. Laki ou Staline, les calamités se valent. 

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