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L'apparence du Physarum polycephalum est peu ragoûtante. De quoi refréner des vocations de blobeurs ? Photo prise au Parc zoologique de Paris.

Le blob, une cellule surdouée

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Malgré son unique cellule, le blob est un organisme bien complexe comme en témoignent sa croissance, sa vie sexuelle, ses capacités d'apprentissage... Petit plaidoyer en faveur de l'étude des êtres qui ne sont simples que d'apparence.

L'apparence du Physarum polycephalum est peu ragoûtante. De quoi refréner des vocations de blobeurs ? Photo prise au Parc zoologique de Paris.
L'apparence du Physarum polycephalum est peu ragoûtante. De quoi refréner des vocations de blobeurs ? Photo prise au Parc zoologique de Paris. Crédits : STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

Quel organisme est capable de doubler sa taille tous les jours ? Capable de multiplier ses dimensions par 200 000 au cours de sa vie, un peu comme si un humain pouvait atteindre la taille de 350 kilomètres ? Un organisme qui a la capacité d’apprendre ? Qui ne se contente pas d’être mâle ou femelle, mais qui dispose de 720 types sexuels ?

Cette curiosité naturelle a pour nom scientifique Physarum polycephalum, et en langage plus ordinaire, on l’appelle le blob. Cet être unicellulaire mesure cinq centièmes de millimètres au début de sa vie. Mais il grandit très vite et devient facilement visible à l’œil nu. Dans les laboratoires, où on le nourrit avec des flocons d’avoine, sa taille a pu atteindre dix mètres carrés. Oui, la surface d’une petite chambre pour une seule et même cellule.

Son secret ? Ses noyaux se divisent, mais pas la cellule. Ce qui donne une cellule à nombreux noyaux. Le blob est mobile et il peut piquer un sprint à quatre centimètres par heure. Si vous le laisser sur une claie de votre frigo, le lendemain vous le retrouverez sur la claie d’en dessous pour peu qu’il y ait été attiré par de la nourriture. Il faut dire que ses récepteurs lui permettent de renifler sa nourriture à plusieurs centimètres de distance.

Le blob a aussi une vie sexuelle trépidante qui n’est pas régie par les seuls genres « mâle » et « femelle ». On a dénombré 720 types sexuels chez cette espèce ! Cela facilite la reproduction. Imaginez que vous entriez dans une salle de 720 places où les sexes sont équirépartis. Vous aurez une chance sur deux de rencontrer un partenaire. Le blob, lui, a 719 chances d’y parvenir.

La mémoire dans le blob

Le blob a quelques fragilités : il est sensible à la lumière, à la sécheresse ou à la famine. Mais il a une parade : il entre en dormance sous forme de sclérote, sorte de d’encroûtement qui ressemble à du lichen. Sous cette forme, il vit longtemps, au ralenti, dans l’attente du retour de conditions favorables. 

Le blob affiche aussi des capacités d’apprentissages. Imaginez. On place un blob d’un côté d’une petite passerelle au bout de laquelle se trouvent des flocons d’avoine qu’il adore. Sur la passerelle, on met du sel, qu’il déteste. À la première tentative, il va hésiter pour finalement traverser lentement la passerelle et déguster ses flocons d’avoine. À la seconde, il va plus vite et à la cinquième, il fonce. C’est en ce sens qu’on a parlé d’intelligence, mot qui, il faut l’avouer, est un peu arrangé à toutes les sauces. Encore plus fort. Il est capable de transmettre son expérience alimentaire (ce qu’il aime manger, ce qu’il n’aime pas) à des congénères naïfs avec lesquels il a fusionné. Et cette capacité d’information persiste même si l’informateur a été mis en dormance, ce qui a fait parler de « mémoire ».

Ces aptitudes, démontrées chez un organisme unicellulaire ont été une révolution pour les biologistes et pour Audrey Dussutour, la spécialiste française du blob. Blobeuse au CNRS.

Moralité : on a encore beaucoup à apprendre du côté des unicellulaires. En fait, c’est nous qui négligeons d’étudier ce qui, du haut de notre encéphale, nous semble simple et qui ne l’est pas.

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