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Il est vilain mais utile pour les musées : il peut nettoyer les carcasses fragiles en laissant intacts les squelettes.

Le dermeste a mauvaise réputation

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Cet insecte a tout pour déplaire : il s’attaque à nos biens et nous refile des allergies. Mais… les médecins légistes eux, ont trouvé en lui un parfait allié pour dater un décès.

Il est vilain mais utile pour les musées : il peut nettoyer les carcasses fragiles en laissant intacts les squelettes.
Il est vilain mais utile pour les musées : il peut nettoyer les carcasses fragiles en laissant intacts les squelettes. Crédits : André Karwath aka Aka/creativecommons.org/licenses/Wikimedia Commons - Getty

On pourrait penser que certains animaux nous en veulent. Ils s’échinent à détruire tout ce que nous aimons et même pire. Dans cette catégorie, le dermeste, plus exactement le dermeste du lard, Dermestes lardarius, fait figure de champion. 

Notre dermeste est un insecte coléoptère qui ressemble à un minuscule hanneton d’un demi centimètre. Il est terne. À l ‘avant, tête et thorax sont noirâtres, les élytres sont beiges tachetés de brun, plus sombres vers l’arrière. Ils sont recouverts d’une sorte de feutrage poilu. 

Comme beaucoup de coléoptères, le dermeste se reproduit au printemps. La femelle fécondée va pondre plusieurs centaines d’œufs, si possible à proximité de nourriture pour les futures larves. Au bout d’une dizaine de jours, le dermeste commence sa vie larvaire en se mettant sous la dent notre lard, le bois de nos charpentes, cuirs, textiles ou fourrures, les vieux livres de nos bibliothèques, etc. 

Dans la Grande Galerie de l’Évolution, les dermestes et leurs larves sont des ravageurs des animaux taxidermisés dont ils adorent la peau ou les plumes. Ils imposent une vigilance constante afin de prévenir les infestations, par exemple en congelant les spécimens attaqués. 

La larve grandit en passant par cinq ou six mues. Elle se transforme ensuite en nymphe, stade où le dermeste est le plus vulnérable et où il cesse provisoirement de nuire. Arrive la métamorphose. Le stade adulte est atteint et il va durer plus d’une année où sa mauvaise réputation se renforce. Une réputation qui vient de son goût pour les stocks de viande. Il infestait jadis le lard, les charcuteries, jambons et poissons séchés, et même le fromage, voire les cuirs, les fourrures, les textiles. Pour couronner le tout, ses poils sont des allergènes désagréables, bien que non dangereux, pour les personnes sensibles. 

Mais avant d’avoir rejoint nos habitations et de ne penser qu’à nuire, le dermeste était d’abord un mangeur de cadavres. Et c’est là que son statut passe de nuisible à utile. 

De l'utilité du dermeste

L’anatomiste du Muséum l’apprécie. En effet, pourquoi s’échinerait-il à décharner un cadavre de petit vertébré ? S’il est un peu patient, il laissera la carcasse séchée aux dermestes dans une enceinte bien close. Même si le squelette est fin et délicat, comme celui d’un oiseau, d’une chauve-souris ou d’un rongeur, les larves et les adultes de dermestes laisseront un beau squelette tout blanc, ne cassant aucun os. 

Il n’y a pas que dans les musées qu’on emploie les dermestes. La médecine médico-légale les utilise aussi. En absence de tout autre indice probant, la justice fait appel aux entomologistes pour dater un décès. Dermestes lardarius fait partie des vagues d’insectes qui consomment les cadavres. Mais pas n’importe quand. Ils interviennent à deux stades précis, entre diverses escouades de mouches. Ce sont d’authentiques pièces à conviction. 

Pour finir on pourrait dire, en parodiant Brassens : 

« Au village, sans prétention, le dermeste a mauvaise réputation, 

Mais au musée comme chez les policiers, il est de bon aloi. »

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