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Aujourd'hui, le dauphin est apprécié et on vante son caractère social.

Le grand dauphin mélomane

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Le mammifère marin n’a pas toujours joui de la popularité qu’il connaît aujourd’hui. Son sonar, ses capacités auditives et son caractère social en font un chasseur d’une grande efficacité, et donc un concurrent pour les pêcheurs.

Aujourd'hui, le dauphin est apprécié et on vante son caractère social.
Aujourd'hui, le dauphin est apprécié et on vante son caractère social. Crédits : Stephen Frink - Getty

Les dauphins apprécieraient-ils la musique ? Si l'on en croit une légende du VIIe siècle avant J.-C., certainement. Le poète et musicien grec Arion, abandonné en pleine mer par des pirates fut en effet ramené au rivage par un dauphin mélomane charmé par le son de sa lyre. Pas si étonnant tant les mythes de diverses sociétés à travers le monde, de la Polynésie à la Méditerranée, convergent pour conter des sauvetages de naufragés par des dauphins.

Il faut dire que les dauphins, ont un air bien sympathique avec cette façon de surgir le long de l'étrave des bateaux comme pour les guider. Cette image positive a franchi les siècles pour se décliner au XXe siècle sous d'autres formes, notamment à la télévision avec Flipper le Dauphin ou bien Oum le Dauphin blanc. Mais la palme revient au film Le Grand Bleu qui illustre une relation quasi fusionnelle entre des hommes et des dauphins.

Néanmoins, cette image positive dont jouit le dauphin enjambe des siècles où l'animal était peu apprécié, voire détesté. Au Moyen Âge, le dauphin est considéré comme maléfique ; il est représenté à mi-chemin entre poisson et monstre marin. En 1596, une troupe de dauphins s'installe dans le port de Marseille, provoquant de nombreux dégâts. On alerte le cardinal légat d'Avignon. Celui-ci délègue à l’évêque de Cavaillon, le soin d'exorciser les dauphins, leur ordonnant de ne pas rester sur place. L’histoire dit que les cétacés « se le tinrent pour dit et ne reparurent plus. »

Plus tard au XVIIIe siècle, les communautés de pêcheurs marseillais préconisent la chasse aux cétacés, tout en demandant aux autorités religieuses de poursuivre les exorcismes afin de chasser les démons du corps des dauphins. Le public presse même les autorités ecclésiastiques de prononcer des excommunications. Une punition sévère, mais peu appropriée car, pour paraphraser Voltaire : pourquoi interdire l'entrée de l'église aux dauphins, attendu qu'ils n'y vont jamais ?

Un chasseur hors pair

Il faut dire que le dauphin est quelque peu gourmand. Sa musculature puissante autorisant une nage rapide est une grande consommatrice d'énergie. Et un dauphin avale sans broncher ses quinze kilos de poissons par jour. Sa technique de chasse est remarquable. Les dauphins détectent les poissons grâce à leur sonar. Ils s'organisent alors en groupe pour rabattre et concentrer les poissons en un banc dense. Ils n'ont plus alors qu'à le traverser à vive allure en avalant anchois, sardines et merlus qui sont sur leur trajectoire. Une concurrence qui a de quoi inquiéter les pêcheurs.

Sous la IIIe République, les dauphins qui ne sont plus considérés habités par le Malin, sont déclarés nuisibles. L'État instaure des primes d'abattage. En 1894, on équipe des sardines d’aiguilles perforatrices d'intestin afin d'éradiquer le « nuisible ». Mais comme les dauphins se méfient des poissons morts, le procédé n’a que peu d’effet. En plus les dauphins se sont peut-être passé le message car ils communiquent fort bien.

Il faut dire que leurs capacités auditives sont fantastiques. Ils perçoivent des fréquences de 160 000 hertz là où l'homme se contente de 20 000. Alors, pourquoi pas mélomanes les dauphins ?

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