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Ce pommier est infesté de gui... Joli, oui, mais parasite...

Le gui, une imposture végétale

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Le gui a bonne réputation, et ce au moins depuis que les druides gaulois lui prêtaient différentes vertus. Et pourtant : c’est un vrai parasite.

Ce pommier est infesté de gui... Joli, oui, mais parasite...
Ce pommier est infesté de gui... Joli, oui, mais parasite... Crédits : Picture alliance - Getty

Mais ce type est une vraie sangsue ! Tout cela pour signifier que le type en question cherche à nous soutirer de l’argent, ou plus généralement qu’il nous colle de trop près sans que l’on arrive à s’en débarrasser. Bref un parasite. 

Contrairement aux apparences, cette chronique n’est pas consacrée à la sangsue, mais à un autre parasite au comportement tout aussi désagréable pour son hôte, qui lui jouit d’une bonne réputation, le gui ! 

C’est curieux, personne n’a pensé à qualifier un profiteur de « gui ». Pourtant, le phénomène est le même. Tout le monde a aperçu ces boules bizarres qui se révèlent en hiver à la cime des peupliers lorsque leurs feuilles sont tombées. 

Le gui blanc, Viscum album, est une plante parasite qui ne présente pas de racines, mais absorbe la sève de son hôte par des organes qu’on appelle des suçoirs. Le gui est bien une « sangsue », au sens figuré bien entendu. 

Les suçoirs se ramifient sous l’écorce, sans tuer les cellules de l’hôte, et l’accroissement du bois en épaisseur finit par les englober. Les cernes du bois permettent alors d’estimer l’âge de la présence de gui, qui peut atteindre 35 ans. 

En réalité, le gui est qualifié d’hémiparasite, parce que s’il profite d’eau et de sels minéraux issus de la sève de l’hôte, il est tout de même capable de faire sa photosynthèse, ses feuilles étant fonctionnelles. 

Ses feuilles, justement, persistent jusqu’à deux ans, ce qui fait qu’un buisson de gui est vert toute l’année. Cette permanence de vert alors que son hôte semble mort durant l’hiver a valu au gui le symbole de vie perpétuelle chez les druides gaulois. 

Des Gaulois fans de gui 

Le gui blanc parasite environ 120 espèces d’arbres et d’arbrisseaux, mais jamais sur les hêtres ni les platanes et exceptionnellement sur les chênes. C’est sans doute pour cela que les druides accordaient une grande importance au gui des chênes qui, récolté à l’aide d’une serpe en or le sixième jour du mois lunaire, constituait un gage d’immortalité. Goscinny et Uderzo ont immortalisé cette légende dans l’album La Serpe d’or où le druide Panoramix a cassé sa serpe. Événement gravissime car le gui, pour détenir un pouvoir magique, doit être cueilli à l’aide d’une serpe en or. Le village allait manquer de potion magique. 

On constate que, loin d’avoir la connotation négative du parasite, le gui était paré de vertus médicinales et miraculeuses par les Gaulois : il neutralisait les poisons, assurait la fécondité des troupeaux, guérissait tout. 

Plus près de nous, en Europe, lors des fêtes du jour de l’an, la tradition est de s’embrasser sous le gui. Au XVIIIe siècle, les jeunes filles anglaises devaient faire très attention à qui elles accordaient leurs baisers, mais surtout où elles les accordaient. Car si c’était sous le kissing ball, la boule à baisers, il était dit qu’elles seraient mariées dans l’année ! 

Les analogies sont parfois impropres, mais elles sont surtout injustes et la pauvre sangsue peut, à juste titre, se sentir flouée par le gui qui accumule les signes de bonne réputation. Un vrai paradoxe car, en plus, les feuilles, l’écorce et les baies du gui sont toxiques.

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